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Didier Van Moere
Diapason, October 2017

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Jean Cabourg
Avant Scène Opéra, July 2017

En marge de son riche menu Rossini / Bad Wildbad, Naxos propose ce sorbet que nous ne saurions refuser. Accueilli sans enthousiasme par le public vénitien quatre mois après la première du Turc en Italie, ce dramma per musica en deux actes regorge d’idées dramatico-mélodiques et instrumentales au point que bon nombre de ses trouvailles seront reprises par le compositeur, tant dans Elisabetta que dans Le Barbier, pour ne citer que ces deux opéras à venir. Le librettiste Foppa y recycle quant à lui des éléments de son Inganno felice de 1812, une farce dont les ingrédients se retrouvent métamorphosés par le génie de Rossini en pilotis d’un tragique à lieto fine, selon sa pratique habituelle. L’histoire est celle d’une reine condamnée à mort pour adultère sur dénonciation calomnieuse d’un féal jadis éconduit - condamnation non exécutée, l’infortunée recouvrant au final son honneur et son trône au terme d’une succession de quiproquos et de jeux de rôles. En s’inspirant de la légende médiévale de Geneviève de Brabant plus tard acclimatée à la scène lyrique par Schumann dans sa Genoveva puis par Offenbach, voire Erik Satie avec son « opéra » pour théâtre de marionnettes, on ouvre grand le champ des possibles! L’œuvre y perd de son unité mais la richesse foisonnante de la partition comme le constant bonheur de l’écriture vocale font que l’auditeur y prend un indéniable plaisir.

Tout irait donc bien si cette production ne venait à pâlir devant celle captée en 2010 à Pesaro (DVD ArtHaus) et qui, en alignant Barcellona, Peretyatko et Siracusa sous la férule de Mariotti, frôlait le sans-faute. Ici il faudra se contenter du fruité instrumental d’une formation moins heureuse en ses cordes, quoique dirigée avec spumante, et complice de chœurs policés, mais surtout d’un cast vocal très inférieur. Le Sigismond en travesti de la mezzo russe Gritskova surexpose l’injuste courroux du souverain prétendument trompé, à force d’accents exogènes posés sur un vibrato incontrôlé, confinant à un expressionnisme hors de propos. Son épouse, incarnée par la Cubaine Maria Aleida, ne nous convainc guère davantage. Ni les master-classes de Freni et Caballé ni l’Aureliano in Palmira de Martina Franca ne font que cette voix légère et trémulante, portée à confondre échelles belcantistes et cocottes, ne nous paraisse répondre aux canons du chant d’école ou à la dignité d’une souveraine outragée. Idem pour les sons ouverts du ténor Tarver, nonobstant son agilité véhémente, ou encore les limites du baryton-basse Radoski aux deux extrêmes de sa tessiture, pourtant stylé. Avouons pour finir une tendresse particulière sinon pour l’intrigante Analgisa, aimantée par la couronne vacillante de cette improbable cour polonaise, du moins à l’endroit du soprano fruité de la jeune Paula Sànchez-Valverde, respectueuse des principes de Manuel García et dont le rondo « Sognava contenti »restera notre consolation. © 2017 Avant-Scène Opéra





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