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Album Reviews



 
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Jean-Charles Hoffelé
ARTAMAG’, August 2017

Strauss: Eine Alpensinfonie 900148
STRAUSS: EINE ALPENSINFONIE Alto ALCD-1346

Mariss Jansons s’était déjà risqué à l’escalade de la Symphonie Alpestre, grimpant aux étoffes un rien trop enivrantes des musiciens du Concertgebouw. Il en avait perdu dans la profusion des couleurs ce dessin si ferme mais aussi parfois impondérable, que Richard Strauss avait exigé de son orchestre. Dans l’idéal, seul le compositeur avait su le susciter puis la Staatskapelle de Dresde, avec Böhm, Kempe et même Luisi. Cette obscure clarté des sommets.

Mais Mariss Jansons n’est pas une des baguettes de Dresde. Finalement, c’est à Munich, avec la phalange de la Radio Bavaroise, autre formation absolument straussienne, qu’il refait l’ascension et cette fois, c’est merveille dès la première note. Il libère l’orchestre, le laisse s’enivrer de lui-même, les pupitres jouent entre eux, glissandos complices de tout le quatuor qui s’y tuile dans un plaisir sonore contagieux.

Cela respire, tonne, chasse, éclate, s’exalte, les vaches ébrouent leurs cloches, clin d’œil à Mahler, la foudre se dessine, stylée et tonnante (à l’exacte seconde), le soleil, Zeus coquin, se lève et se couche mais derrière la description merveilleuse, c’est un itinéraire spirituel que caresse la baguette de Jansons, d’ailleurs, il couple son Alpestre au plus parfait Tod und Verklärung que j’ai entendu depuis ceux de Böhm et de Karajan, c’est dire.

En face de tant d’inspiration, James Judd et son orchestre de « scholars » semblent disqualifiés. Sur le papier seulement, car le geste est d’une précision diabolique, le jeu souvent risqué toujours exaltant, la narration palpitante. Mais la perle du ce disque marginal, hélas moins bien captée que l’Alpestre, reste un des plus étreignants Adagio de la 10e Symphonie de Mahler que je connaisse, véritable nuit transfigurée qui devrait rappeler à tous quel musicien inspiré peut-être James Judd. © 2017 ARTAMAG’



Bruno Peeters
Crescendo (France), February 2017

En 1965, la Symphonie alpestre, créée en 1915,apparaît « insupportable » à Antoine Goléa, éminent biographe du compositeur. Il en fustige le « comble d’artifice », et « l’inspiration thématique creuse, vulgaire, banale ». Vingt ans plus tard, François-René Tranchefort, dans son fameux « Guide de la musique symphonique » (1986), déclare que « souvent calomniée, elle n’est pas inécoutable » : la considération a évolué. Qu’apercevons-nous trente après ? Loin d’être tombée dans l’oubli total que lui destinait Goléa, l’oeuvre est devenue l’une des plus populaires de Strauss, souvent jouée, et l’on en compte au moins 70 enregistrements. Ecrite par un virtuose pour faire briller le grand orchestre symphonique de tous ses feux, elle ne peut manquer d’impressionner par la description minutieuse des divers événements rencontrés par le randonneur de cette journée alpestre. Le plageage précis du CD (21 morceaux) aide à l’accompagnement enthousiaste de l’auditeur. Mais il n’est pas interdit d’aller plus loin, et de se trouver ému à l’écoute de la Nature et de ses oeuvres, vues par le bavarois Strauss. La promenade dans le sous-bois (4–5), l’apparition (7)—de qui ? une nymphe ?, la vision au sommet (14), l’élégie dans le brouillard (17), ou le coucher de soleil tant attendu après une journée harassante (20), ne sont que quelques exemples de ces instants captivants dont regorge la partition. L’Orchestre symphonique de la Radio Bavaroise avait déjà enregistré cette symphonie, en 2014, sous la baguette spectaculaire de Franz Welser-Möst. Deux ans après, Mariss Janssons tente une approche plus douce, plus poétique, plus détaillée surtout. L’attente avant la tempête (18) témoigne ainsi de l’extraordinaire raffinement sonore de l’écriture de Strauss, tout comme, bien sûr, l’orage qui suit, dont on ne peut qu’admirer l’agencement. Mais déjà dans l’apparition, puis la montée aux alpages (9), le chef porte une attention constante à la beauté instrumentale, et met ses musiciens en valeur : flûte, hautbois, cors, mais aussi les deux harpes, le glockenspiel ou l’orgue. Précisons que cette oeuvre a été enregistrée live à la Philharmonie am Gasteig de Munich, et l’autre à l’Herkulessaal. Beaucoup plus court, et bien antérieur (1888), le poème symphonique « Mort et Transfiguration » compte aussi parmi les oeuvres les plus courues de son auteur. L’on peut se passer de l’argument (les derniers moments d’un moribond et son entrée dans un monde meilleur) ou au contraire en vouloir suivre les détails tels qu’ajoutés après la composition : il en reste une belle page orchestrale, composée avec la plus grande rigueur, dans la tradition lisztienne. Dès la mystérieuse introduction, qui sourd du silence, Jansons impose un climat oppressant, que dépeignent admirablement flûtes, harpes ou violon solo. Le chef fera ensuite étinceler les timbres de son orchestre dans le flamboyant allegro, qui développe les thèmes de la Vie et de l’Idéal. Comme le pitoyable mourant, l’auditeur percevra les souvenirs de la vie passée, souriant soudain à l’évocation d’amours anciens (l’envolée amoureuse des cordes à 11′ 10 », semble annoncer le climat du Chevalier à la rose !). Mais les timbales scandent la Mort, et un long crescendo ouvre la voie à la Transfiguration finale : la coda plane dans la lumière dorée de l’éternité. Une version splendide, qui clôture un CD d’une richesse somptueuse, et devrait plaire à tous les amateurs de grand orchestre sans doute, mais aussi à tous les admirateurs de Richard Strauss, ce compositeur « à qui l’on doit parmi les plus merveilleux plaisirs de la musique » (Claude Rostand). © 2017 Crescendo (France)




Classica, February 2017

Il y a dix ans, RCO Live proposait un enregistrement public de la Symphonie alpestre par Jansons à la tête du Concertgebouw d’Amsterdam. La comparaison avec la présente version s’impose. Premier constat : les tempi sont quasi identiques, et pourtant que de différences! Passer d’une lecture à l’autre offre de saisissants contrastes provoqués par la personnalité des pupitres, aux timbres et couleurs diamétralement opposés. Prenons une image: avec le Concertgebouw, l’auditeur assiste à un immense spectacle suggestif, impressionniste souvent, postromantique à coup sûr, et abstrait parfois. Quelque part entre les Symphonies n°6 et n°7 de Mahler et Daphnis et Chloé de Ravel. Il y a tant de détails d’une beauté indicible, d’ivresse dans la pâte sonore que, paradoxalement, le lyrisme en paraît fabriqué à force d’être maîtrisé et fondu dans un moule par un niveau technique sidérant, inconnu depuis Karajan (Deutsche Grammophon, 1980).

Dans l’interprétation bavaroise, l’auditeur n’est plus seulement spectateur, mais aussi acteur! Le voici au pied des pentes, au contact de l’immensité minérale, mesurant avec inquiétude l’effort démesuré à accomplir. Le grain, la dureté des cordes lorsque c’est nécessaire, le caractère organique et vivant de la masse minérale du son, l’éclat aveuglant des cuivres sont proprement fascinants. Ce Strauss, qui puise encore son énergie originelle dans le rougeoiement de L’Or du Rhin, atteint des paroxysmes d’émotions lorsque l’étagement des plans sonores offre une profondeur inouïe dans la gamme des expressions. Il faut donc—et c’est affaire de goût de chacun—choisir entre deux réalisations portées par un chef de génie. À moins, finalement, d’y renoncer, ce qui demeure encore la meilleure des solutions.

Mort et Transfiguration évoque l’agonie d’un malade, depuis sa respiration haletante jusqu’à la révolte du mourant. Une fois encore, la comparaison avec le même chef et le Concertgebouw (RCO Live, 2013) rejoint les mêmes conclusions que la partition précédente. Un disque somptueux. © 2017 Classica



Sébastien Gauthier
ConcertoNet.com, January 2017

Car, en dépit de la luxueuse affiche que nous présente Mariss Jansons dans un disque qui reflète un concert donné il y a quelques semaines seulement, voilà une interprétation qui a tout d’une beauté froide: assez logique somme toute pour une symphonie qui nous emmène notamment sur un glacier et des sommets enneigés mais on attendait davantage du chef letton. Comme on avait déjà eu l’occasion de le souligner dans son enregistrement d’Une vie de héros, l’Orchestre symphonique de la Radio bavaroise s’affirme une fois encore comme une phalange d’exception: quelles basses dans le «Lever de soleil»! Quels cuivres dans «Au sommet»! Quel hautbois solo dans «Vision»! On est véritablement soufflé par cette perfection sonore mais la mariée est trop belle. Jansons ne nous emporte pas vraiment à tel point que son «Ascension» manque et d’entrain et de solennité. De même, on ne peut que regretter cette maîtrise absolue dans Orage et tempête, descente où tout est parfaitement décortiqué mais où le foisonnement propre aux grandes fresques straussiennes fait totalement défaut. Quant à Mort et Transfiguration, qui a été enregistré au cours des mêmes concerts que ceux où fut donné Une vie de héros, on en ressort là aussi avec une vision somptueuse mais qui ne nous emporte jamais vraiment. Même si l’on rêve bien sûr d’entendre ce type de prestation lors d’un concert, l’écoute au disque laisse une impression extrêmement lisse, ce qui est malheureusement de plus en plus souvent la marque de fabrique de celui qui reste néanmoins aujourd’hui comme l’un des plus grands chefs en activité. © 2017 ConcertoNet.com





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