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Album Reviews



 
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Jean-Charles Hoffelé
ARTAMAG’, December 2017

MAHLER, G.: Symphony No. 5 (Bavarian Radio Symphony, Jansons) 900150
MAHLER, G.: Symphony No. 9 (Bavarian Radio Symphony, Jansons) 900151

Mariss Jansons vint tardivement à Gustav Mahler, approchant la cinquantaine, gravant à Oslo une Résurrection qui fit date, puis malgré cela s’en abstint. Il attendait son heure, la synchronisation de son art avec cette musique qu’il aura longtemps retenue en lui. C’est qu’à Leningrad, on ne jouait quasiment pas Mahler, sinon lorsque Kirill Kondrachine vint y enregistrer les 6e et 7e Symphonies, pourtant Kurt Sanderling savait les neuf symphonies et Le Chant de la Terre par cœur, Mariss Jansons hérita en quelque sorte de son intimité avec ces musiques quasi interdites alors.

Finalement, c’est à l’Ouest qu’il retrouvera les chemins de Mahler, à Oslo d’abord, puis comme inspiré par les sonorités du Concertgebouw, voyant enfin le chemin lyrique qu’il pouvait y emprunter. Première étape que le CD et le DVD documentent progressivement. Il s’y cherche encore, le discours ne s’y serre pas assez, malgré un chant comme infini qui distille d’époustouflantes beautés.

L’accord parfait se fera avec les Bavarois, autre formation de grande tradition mahlérienne, où Rafael Kubelik imposa tout à la fois un style cursif et un orchestre profond. C’est très exactement dans les pas de Kubelik, pour le tempo, l’expression, les couleurs, les accents, que sa 5e Symphonie se place, évidente, très noire, funèbre et pourtant comme élevée au dessus de ses fureurs par des phrasés d’une noblesse soufflante qui refusent l’image d’un Mahler vulgaire, faisant crier son orchestre, contresens dans lequel tant sont entrés en fanfaronnant.

Même dans la 5e, Mariss Jansons met une élévation spirituelle, quelque chose d’ardent mais d’abord de noble. C’est de bout en bout magnifique, culmine dans un Adagietto pudique et d’autant plus émouvant qu’il évite tout geste esthétisant. Moment stupéfiant, à la coda du Rondo-Finale, Jansons ordonne un élargissement soudain du tempo qui distend la mesure et l’harmonie : littéralement, le ciel s’ouvre devant un soleil en pleine gloire. Scotchant.

La Neuvième Symphonie, captée la même année (2016) résonne comme un étreignant chant nocturne, sans une once de pathos, et unit les grands mouvements externes en une seule grande ligne de musique qui distille une enivrante symphonie de timbres que je n’ai jamais perçue si près de la Seconde École de Vienne : la langue d’un nouveau monde s’y forme, que le Scherzo et le Rondo, implacables mais sans aucun débraillés, exposent à nu.

Puis l’Adagio peut paraître, chemin dans la nuit d’une beauté presque tendre, qui va chercher le silence en ses dernières pages, Mariss Jansons rappelant le ralentissement ultime qu’y tenait aux limites du presque rien Claudio Abbado. Est-ce un hommage ? Certainement. Et maintenant, espérons ces deux symphonies avec le Concertgebouw. © 2017 ARTAMAG’




Christophe Huss
Le Devoir, August 2017

Il y a pléthore de versions de la 5e Symphonie de Mahler, mais seulement deux grands interprètes vivants : Riccardo Chailly et Mariss Jansons, chacun avec deux versions. Chailly a enregistré un CD à Amsterdam en 1997 pour Decca et un DVD à Leipzig en 2013. Jansons a vu paraître un SACD sur étiquette RCO Live à partir de concerts donnés à Amsterdam en 2007 et en 2008 et nous revient aujourd’hui avec un CD tiré de concerts donnés en mars 2016. Ce disque rejoint les légendes discographiques : Bernstein-Vienne 1987, Solti 1970 et Neumann-Leipzig 1967. Ce qui est frappant ici, c’est le poids dramatique, accru par rapport à 2008, qui ne relâche jamais. Si les orchestres d’Amsterdam et de Munich font jeu égal, les concerts d’Amsterdam sont plus immédiatement brillants et accrocheurs. Mais l’expérience munichoise de cette oppression musicale dans une lecture orchestrale d’une transparence fabuleuse est fascinante et référentielle. © 2017 Le Devoir





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