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Jean-Charles Hoffelé
Avant Scène Opéra, January 2016

Le 30 novembre 1920, la création de Die Vögel à l’Opéra de Munich sous la direction de Bruno Walter—avec, excusez du peu, Maria Ivogün et Karl Erb—imposa un nouveau nom sur la scène lyrique allemande : Walter Braunfels. Le compositeur rhénan poursuivra avec succès dans la veine de l’opéra, mais en détournant progressivement ses ouvrages du théâtre. Si Verkündigung, son adaptation en musique de L’Annonce faite à Marie de Paul Claudel, est encore sous-titré « opéra », la partition s’apparente en fait à un vaste oratorio ; d’ailleurs, ses rares résurrections après sa création tardive en 1948 se feront toujours au concert. Après que les nazis l’aient chassé de la direction du Conservatoire de Cologne, Braunfels commença à mettre en musique le poème de Claudel—une première version de l’œuvre fut écrite sur le texte français, comme l’a révélé en 2013 une restitution proposée par Martin Wettges d’après le manuscrit ; puis rapidement le compositeur mena de front une double rédaction en français et en allemand, sur la traduction de Jakob Hegner.

Entré dans ce qu’il nomma son « exil intérieur », tenu en marge de la société du IIIe Reich par ses origines en partie juives, Braunfels se donnait peu d’années à vivre : Verkündigung devait donc être son testament musical. Il résonne comme tel, œuvre sombre et prenante où les âmes chantent et parlent, où l’orchestre nocturne et profond accompagne ce miracle d’une seconde nativité : Violaine, aveugle après avoir contracté la lèpre en donnant le baiser de la foi à Pierre, l’architecte de la Cathédrale de Spire, recueille la dépouille du fils de sa sœur Mara. A son sein, il recouvre la vie, arborant non plus les yeux sombres de sa mère mais ceux de Violaine, d’un bleu éclatant, attisant alors la haine de Mara. Le miracle a eu lieu la nuit de Nöel : Violaine est enfin délivrée de son existence terrestre de douleurs après que sa sœur a tenté de l’assassiner. Réfugié sur les rives du lac de Constance, Braunfels composa Verkündigung comme une action de grâce, alors qu’il se convertissait au catholicisme. Son œuvre possède une forte connotation mariale, non seulement par le thème qu’il emprunte à Claudel, mais également dans la musique d’une douceur, d’une profondeur, d’un recueillement qui forcent l’émotion. Sommet de l’ouvrage : la résurrection de l’enfant de Mara tandis que se déroule la messe de Noël.

Ce théâtre des âmes avait déjà connu une version au disque, écho d’un concert donné sous la direction de Dennis Russel Davies à Cologne en 1992, dominé par l’Andreas Gradherz de Siegmund Nimsgern (EMI). Ulf Schirmer va plus loin dans cette partition majeure d’un compositeur dont il connaît l’œuvre mieux que quiconque—il est l’un des fondateur de la Walter Braunfels Gesellschaft. Il dispose en outre d’une équipe de chanteurs superlative : Juliane Banse et Janina Baechle, sœurs irréconciliables, le Jakobäus si touchant d’Adrian Eröd, la basse si percutante de Robert Holl pour Andrea Gradherz, tous rendent justice à ce chef-d’œuvre retrouvé. © 2016 Avant-Scène Opéra





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