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Jean Lacroix
Crescendo (France), September 2020

En juin 1991, la Croatie se sépare de la Yougoslavie pour devenir un état indépendant, reconnu par la communauté internationale dès l’année suivante. Mais un conflit armé surgit très vite, la région est à feu et à sang. Cette tragédie de la fin du XXe siècle va durer près de quatre ans, engendrant de multiples atrocités. Le 27 juillet 1996 a lieu à Zadar, sous la direction du compositeur, la création du Requiem glagolitique d’Igor Kuljerić , dramatique mise en musique des souffrances endurées par le peuple croate. L’œuvre devient vite populaire, au point d’être programmée à plusieurs reprises. 

Igor Kuljerić  naît à Sibenik, sur la mer Adriatique. Il étudie la composition à Zagreb avant de poursuivre sa formation en Italie grâce à une bourse. Il fréquente la Scala de Milan et les studios de la RAI et est influencé par Luigi Nono, puis par Igor Markevitch. De retour dans son pays, il devient membre des Solistes de Zagreb, puis chef d’orchestre et directeur de la radio et de la télévision croates de 1968 à 1980. Il dirige aussi le Festival de Dubrovnik et occupe une place centrale dans la vie artistique croate. Ses oeuvres sont régulièrement programmées : orchestre, musique de chambre, musiques de films… Tenté par l’avant-garde avant 1980, il revient à une écriture traditionnelle marquée par le folklore et la tradition croates. Son style devient plus accessible, il tente même une certaine forme de retour au baroque. De plus en plus ancré dans les racines culturelles de sa région, il s’intéresse au patrimoine glagolitique et à l’ancienne langue slave qui le caractérise ; c’est un héritage du Moyen Âge, utilisé pour la célébration des offices religieux. Igor Kuljerić  va saisir l’idiome slavon dans plusieurs créations, la plus vaste d’entre elles étant ce Requiem en six parties.

La partition est puissante et d’une grande force émotionnelle. L’utilisation des cloches et des chœurs, mais aussi de la percussion, de la harpe ou du vibraphone, renforce un climat qui relève autant de la prière, de l’exaltation et de la gratitude pour le Seigneur que du rappel d’un contexte récent et douloureux. C’est un cri de remerciement qui jaillit dès l’Introït, au cours duquel on pense vite et (trop) souvent aux pulsations que l’on peut trouver chez Carl Orff. On les retrouvera encore dans la Séquence, avec des visions dramatiques du Jugement dernier au cours desquelles des pleureuses sont en recherche de salut éternel. Avec des lignes mélodiques qui mélangent le chant des solistes et des chœurs, et aussi des cantilènes expressives. Les interventions du ténor-magnifique Eric Laporte- sont d’une beauté plastique éloquente, comme le sont celles de ses partenaires vocaux, tant dans la densité, suffocante, que dans la projection des mots et de la tension qui ne cesse de se construire au fil du temps. L’Offertoire répand des invocations pour épargner aux âmes les affres de l’enfer (allusion aux massacres perpétrés ?), tandis que le Sanctus invite à l’allégresse. La Communion conclusive invoque le Seigneur pour la délivrance des âmes et l’accès à la lumière, qui est celle de la paix éternelle. 

Dans le contexte d’un concert public à la Herz-Jesu-Kirche de Munich en février de cette année, prestation où l’exaltation, la grandiloquence, l’effervescence et la célébration dominent. Le chef croate Ivan Repušić arrive à maintenir un équilibre nécessaire entre les accents symboliques de la foule, incarnée par les chœurs, un orchestre aux instincts parfois paroxystiques et des solistes du chant qui naviguent de l’imploration au cri, de l’effet planant à l’attitude démonstrative.  Ivan Repušić évite l’exagération et la démesure. Au fil du parcours, on pense aussi à la spontanéité de la Messe glagolitique de Leoš Janáček dont Igor Kuljerić  n’a pas oublié la question sur le sens de la vie, ni la force idiomatique des mots.

Le terme de « portique » semble le plus approprié pour cette partition ambitieuse qui salue un peuple dont l’histoire remonte à des siècles de lente construction face à un avenir espéré, enfin heureux. On salue la ferveur avec laquelle tous les participants à cette aventure, magnifiée par la langue slavonne qui ajoute à la musique un poids textuel d’authenticité intemporelle, s’investissent pour porter la partition.

En complément de programme, on trouve un bref et pompeux Hymne à la liberté pour chœurs et orchestre de Jakov Gotovac, qui fut pendant trente-cinq ans (1923-1958) chef d’orchestre à l’Opéra National croate de Zagreb. Sur un texte du poète baroque Ivan Gundulic (1589-1638) représentatif de la contre-réforme catholique, cette pièce d’un l’intérêt relatif, enregistrée en studio au début de 2019 dans un son saturé, prolonge l’idée exprimée dans le Requiem de Igor Kuljerić , celle de l’espoir d’un avenir dégagé pour la construction d’une nation nouvelle. © 2020 Crescendo (France)




Christophe Huss
Le Devoir, July 2020

Très puissante œuvre, que ce Requiem glagolitique (1996) du Croate Igor Kuljeric (1938-2006) après la guerre des Balkans. Comment un traumatisme récent de l’histoire a-t-il pu marquer la création artistique ? Les plus éminentes incidences du 11 septembre 2001 en musique ne se dessinent guère. Là, au moins, la question ne se pose pas : la terre et les racines culturelles s’accrochent à ce qu’il y a de plus ancien et de plus rassembleur chez les peuples slaves : l’alphabet glagolitique de Cyrille et Méthode dans une liturgie. Janácek avait composé une messe, Kuljeric en fait un requiem. Musicalement, la même ferveur (sans orgue) dans une œuvre qui convoque l’héritage de Carl Orff, notamment dans la vaste Séquence (Poslidnica) de Janácek (Svet), mais aussi des Noces de Stravinski dans la 2e et la 3e section de l’offertoire et de l’opéra russe. La foule a une importance capitale et rarement premiers mots d’une notice n’ont été si justes : « vieux peuple, nouvelle nation » ! Superbe satisfaction : l’excellente prestation du Québécois Éric Laporte dans cette œuvre fervente complétée par un court mais remarquable hymne de Gotovac. © 2020 Le Devoir





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