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Album Reviews



 
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Sébastien Gauthier
ConcertoNet.com, June 2016

Commençons cette critique par…la fin! Car, originalité de ce coffret, la dernière partie allie savamment récit en allemand (trois personnes se succédant à cet effet) et extraits musicaux, sur le thème de la Passion selon saint-Jean (1724) de Johann Sebastian Bach (1685–1750), sorte d’introduction et d’installation du décor de la composition de ce chef-d’œuvre. Intéressant mais, en fin de compte, plutôt anecdotique.

Ensuite, n’hésitons pas à l’écrire: la première écoute de cette version de la Passion selon saint Jean (et celles qui suivirent) fut un véritable choc en raison d’un chœur d’entrée tout à fait bouleversant. On connaissait la houle d’Harnoncourt, le grandiose de Gardiner ou la sobriété de Rilling ou de Herreweghe: il faudra désormais compter avec le drame de Peter Dijkstra. Ce chœur nous prend d’emblée aux tripes en raison d’un orchestre (les hautbois, extraordinaires!) qui avance de manière inexorable, marquant la pulsation de manière obsédante, et peut-être un peu trop démonstrative diront certains, mais qui traduit comme jamais le drame qui va nous être conté. Bénéficiant d’un orchestre et d’un chœur superbes (et ce tout au long de ce concert), Dijkstra sait également relancer à bon escient: écoutez par exemple ce passage joué piano à 3’20, qui semble subitement faire un léger sur-place avant, d’un coup, d’être relancé avec une réussite qui nous laisse pantois.

Globalement, la distribution est excellente mais ce sont surtout les solistes masculins qui nous enthousiasment, à commencer par l’irréprochable Evangéliste de Julian Prégardien. Son attention portée au texte, la théâtralité (un fil conducteur de la présente interprétation) dont il fait preuve sont autant d’atouts pour incarner celui qui est bien sûr le personnage central du récit. Dans le rôle de Jésus, la basse Tareq Nazmi est également excellente. Dans les airs célèbres «Eilt, ihr angefochtnen Seelen» et «Mein teurer Heiland» (ce dernier avec un violoncelle solo de toute beauté), il impose sans peine la grandeur de son personnage avec à la fois l’autorité et toute la bienveillance requises.

Dans ce cadre, difficile pour les autres solistes de se faire une place aux côtés de ces deux figures tutélaires! Ne négligeons pourtant pas Christina Landshamer dans le très attendu «Ich folge dir gleichfalls», accompagné là aussi de solistes instrumentaux (flûtes et basse continue) à la présence à la fois discrète et essentielle. De même, la mezzo Ulrike Malotta s’avère très convaincante dans l’air «Von den Strikken meiner Sünden».

On y a déjà fait allusion mais le Chœur de la Radio bavaroise est idéal. Sachant varier les atmosphères (la grandeur de «O grosse Lieb», la tristesse de «Wer hat dich so geschlagen?», la théâtralité de sa brève accélération dans le passage «Weg, weg mit dem»), il contribue pour beaucoup à la réussite de ce disque et, quelles que soient les qualités d’autres versions qui se veulent plus authentiques, avouons qu’entendre un chœur fourni et puissant s’avère des plus plaisant à l’heure où certains préfèrent au contraire cultiver le minimalisme des effectifs. Dirigé avec un engagement palpable par Peter Dijkstra, le Concerto Köln embellit pour sa part l’œuvre des sonorités qu’on lui connaît et qui, une fois de plus, le classent parmi les orchestres baroques exceptionnels du moment.

Pour l’ensemble mais surtout, insistons là-dessus, pour le chœur introductif, une version qui s’impose sinon au sommet de la discographie du moins parmi les plus belles réussites de cette œuvre dans les dernières années! © 2016 ConcertoNet.com



Le Parnasse Musical, March 2016

La St-Jean a toujours été considérée de moindre importance que la grande Passion selon Matthieu. Pourtant, au moment de la première exécution du Vendredi Saint 1724, cette oeuvre magnifique devait être perçue comme le chef-d’oeuvre de son temps. Un an après sa nomination comme cantor de Leipzig, Bach a bouleversé les convenances de l’époque. Ce que les fidèles ont entendu dépassait largement le simple office de la prière et du chant luthérien traditionnel. Selon John Eliot Gardiner, le choc fut si grand que Bach dû modifier par la suite son oeuvre pour l’alléger…

Pour en avoir écouté quelques versions remaniées, celle de 1724 est la plus percutante. Et cet enregistrement est l’un des plus étonnants que j’ai entendu. Le chef néerlandais Peter Dijkstra a choisi un plein choeur, s’écartant du minimalisme moins convaincant des petits ensembles. Celui de la Radio Bavaroise est renversant! Il est comme une masse compacte en fusion, véritable témoin d’un drame que nous connaissons tous, mais qui nous prend à la gorge. Dijkstra semble avoir misé sur le côté théâtral de la St-Jean. Dès l’introduction, le ton général est donné. Le tempo est pris à vive allure, les rythmes saccadés et bien marqués préfigurent les souffrances du Christ. Les chanteurs, tous excellents, racontent et vivent l’action avec conviction. Les récitatifs sont parfois très intenses, à la limite du chant-parlé. Peter Dijkstra, comme un metteur en scène, met en place les différents personnages et les poussent encore plus loin dans la recherche de l’expression de chaque mot prononcé, chaque inflexion émotionnelle qu’impose le texte.

Cette Passion selon St-Jean semble transmettre un message universel qui a toujours sa pertinence au 21e siècle. Cet homme-dieu, ambassadeur de la paix, fut rejeté par les siens et crucifié. En fait, ça ressemble beaucoup à tous ces martyrs qui ont tenté de changer le cours des choses par la non-violence… Et tout comme la musique adoucit les moeurs, l’oeuvre de Bach, débutée pourtant dans les tourments, s’achève par la rédemption et la paix. Dona bis pacem. © 2016 Le Parnasse Musical





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