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Bernard Postiau
Crescendo (France), March 2017

Dans un premier temps, le choeur d’entrée impressionne: de l’ampleur, une véritable hauteur de vue et des couleurs magnifiques, tout cela sans que rien ne pèse. Malheureusement, au fur et à mesure qu’il s’écoule, une impression de statisme s’installe, comme si l’oeuvre se figeait progressivement dans une sorte de cathédrale de cristal, belle et transparente mais immobile et froide. La raison en incombe sans doute à la direction de Peter Dijkstra: il trouve d’emblée l’esprit de Bach, imagine des solutions d’une parfaite élégance et tout à fait judicieuses; il passionne à tout moment mais semble parfois hésiter quant à l’ampleur qu’il veut donner au côté solennel de l’ouvrage. Les deux autres parties du Kyrie procurent les mêmes sensations: on est conquis, indubitablement, par tant de beautés mais on reste un peu coi, comme tenu à distance devant un chef-d’oeuvre inapprochable. Les choses s’arrangent, forcément, avec l’exubérance du début du Gloria: aucun excès, beaucoup de vie mais dans la retenue. Chaque épisode est soigné et conserve intacte l’âme qui anime ce monument que la plupart des interprètes de ces quarante dernières années ont voulu ramener à des dimensions plus humaines, ce qui est louable mais n’est peut-être pas, après tout, le but poursuivi par Bach. D’ailleurs, se serait-il donné la peine d’écrire un Kyrie aussi long et complexe s’il n’avait voulu donner un caractère hors du commun, hors du monde, à son ouvrage? Je ne serais pas surpris que ce débat ait été au coeur de la réflexion de Peter Dijkstra et ne serais pas autrement étonné s’il avouait un jour admirer secrètement Otto Klemperer dans ces pages. Sans bien sûr utiliser les mêmes moyens, il renoue en effet avec cette élévation vers les cimes et cette « lumière de l’intérieur » qui transcendaient le geste du glorieux aîné. Les choeurs sont parfaitement homogènes, d’une grande souplesse, et constituent ici un personnage à part entière de cette grande fresque. Aucun numéro de star n’est à craindre dans les interventions des solistes: on ne peut que louer leur sobriété et leur justesse de ton et on épinglera des moments proches de la magie tels que le Domine Deus, en état d’apesanteur. Mention spéciale enfin pour l’admirable mezzo de Anke Vondung dont le souffle semble infini (quand respire-t-elle?) dans un Agnus Dei qui rappelle à bien des égards le légendaire Alfred Deller. L’illustration du boîtier représente, sauf erreur de notre part, une galaxie s’enroulant autour d’un soleil éblouissant. Nulle image ne convient mieux, à notre avis, à ces fort beaux disques. Un troisième cd nous propose d’approfondir notre connaissance de l’oeuvre en nous faisant voyager au travers de sa genèse et de son analyse grâce à un commentaire audio entrecoupé d’extraits de la messe: une très bonne idée, malheureusement réservée aux seuls germanophones. En résumé, un enregistrement qui frôle le joker, avec des moments de grâce infinie mais qui, à d’autres endroits, semble hésiter dans ses choix interprétatifs. A recommander comme une version récente majeure malgré tout. © 2017 Crescendo (France)





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