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Gilles d’Heyres
ConcertoNet.com, January 2015

MAHLER, G.: Symphony No. 9 (Chailly) (NTSC) ACC-20299
MAHLER, G.: Symphony No. 9 (Chailly) (Blu-ray, Full-HD) ACC-10299
MAHLER, G.: Symphony No. 5 (Chailly) (NTSC) ACC-20284
MAHLER, G.: Symphony No. 5 (Chailly) (Blu-ray, Full-HD) ACC-10284
MAHLER, G.: Symphony No. 6 (Chailly) (NTSC) ACC-20268
MAHLER, G.: Symphony No. 6 (Chailly) (Blu-ray, Full-HD) ACC-10268

Riccardo Chailly (né en 1953) a entrepris de livrer une intégrale des Symphonies de Gustav Mahler (1960-1911)—la seconde pour lui mais la première en vidéo—avec la formation (éminemment mahlérienne) dont il est le directeur musical depuis 2005: l’Orchestre du Gewandhaus de Leipzig. Les trois volumes commentés reflètent une entreprise d’une qualité technique et musicale exceptionnelle.

On savait Chailly grand mahlérien—notamment depuis son intégrale avec le Concertgebouw d’Amsterdam (Decca), marquée par une Cinquième qui avait fait grand bruit. Vingt ans plus tard, l’approche du chef italien a pourtant mûri, éclairée par une étude plus approfondie encore des partitions (et des témoignages laissés par Willem Mengelberg et Bruno Walter) et désormais guidée par le souci de l’authenticité dans les tempos—qui le conduit à retenir souvent une battue plus rapide et des gestes plus décapants. Evoquant l’«objectivité structurante» de ce Chailly «nouvelle manière», Peter Korfmacher souligne, dans l’une des notices, la nécessité pour tous les interprètes de respecter à la lettre les nombreuses indications du compositeur: «à cette condition seulement, le tempo folâtre, les contrastes abrupts, les effets décapants, les sanglots des cantilènes, les éléments d’airs de valse et de ländler vite étranglés déploient toute leur force explosive et ne sont jamais une fin en soi. En revanche, cette esthétique de l’autonomie architecturale requiert une perfection absolue sur le plan technique, telle que Riccardo Chailly et son Orchestre du Gewandhaus ont pu la développer ensemble au cours de ces dernières années, esthétique qui, de surcroît, exige une discipline absolue».

La Neuvième Symphonie (1909) est à marquer d’une pierre blanche. En soixante-dix-sept minutes, elle prend aux tripes de bout en bout. La perfection formelle du premier mouvement (Andante comodo) prend également à la gorge, alors que la battue très dynamique du deuxième mouvement (Im tempo eines gemächlichen Ländler)—une des plus rapides qu’on ait jamais entendu dans ce morceau (quatorze minutes!)—plonge l’auditeur dans un maelstrom sonore fait de rebondissements et de sauvagerie grinçante. Autant dire que le troisième mouvement (Rondo-Burleske) casse la baraque: la densité des cordes—par instants, inouïe—met ces dernières à égalité avec des cuivres pourtant dominateurs et infaillibles. Il s’achève sur un fortissimo d’une sécheresse d’autant plus terrifiante que sa résonnance est amputée d’un coup par la baguette du chef, auquel les musiciens semblent obéir avec foi. Le dernier mouvement (Adagio. Sehr langsam und noch zurückhaltend) est ponctué de moments surréels (marqués notamment par les interventions lunaires et statiques des vents et des bois), secoué comme lors du bigbang par la houle des cordes, conclu par des traits d’une immobilité bouleversante. Et pourtant pleine de vie.

La Cinquième Symphonie est un grand bonheur elle aussi. A couper le souffle, les deux premiers mouvements n’en forment qu’un seul, concentré et presque étouffant de densité. Les cuivres ont la clarté de l’eau douce et la puissance de la lave en fusion. Les cordes réagissent au quart de tour à la battue du Gewandhauskapellmeister—notamment dans le Stürmisch bewegt. Mit grösster Vehemenz—pour livrer une interprétation sans temps mort. Riche en contrastes, le Scherzo (Kräftig, nicht zu schnell) expose un grinçant exacerbé. En huit minutes et demi, l’Adagietto trouble par sa sobriété mais revient à la volonté première du compositeur de ne pas s’alanguir dans ce mouvement, ici traité à la fois comme un poème d’amour et un prélude au Rondo-Finale, qui, emporté dans un tourbillon instrumental scrupuleusement fidèle à la partition, déborde de bonheur et d’action. L’ensemble impressionne par la majesté de l’étagement des plans sonores et la luminosité d’une architecture aux dimensions cathédralesques.

La Sixième Symphonie atteint des sommets: un Allegro energico, ma non troppo. Heftig, aber markig intensément tendu et d’une couleur très sombre, un Andante moderato au rendu impeccable et à l’intimidante beauté formelle, un Scherzo (Wuchtig) au pas de charge, haletant et terrifiant, compact comme jamais, et, enfin, un Finale qui hurle à la mort et à la désolation, mué par un inexorable rouleau compresseur soulignant chaque détail pour mieux le mettre en pièces. On ressort de ce voyage au bord de l’anéantissement.

Les musiciens du Gewandhaus impressionnent d’autant plus par leur engagement physique et leur concentration qu’il s’agit d’enregistrements de concert (montés à partir de plusieurs représentations en 2012 et 2013) et que la caméra nous donne à voir le principal comme le particulier. Une édition soignée où chaque volume est enrichi de bonus substantiels—sur le fond comme dans leur durée (plus d’une heure et quart au total des trois albums)—donnant notamment à voir les répétitions de la Cinquième Symphonie (commentée dans son bureau par le maestro) et de la Sixième (commentée lors d’une conférence-débat avec Reinhold Kubik). Plus émouvant encore, un bonus (dans l’album consacré à la Neuvième Symphonie) permet d’assister à un long et passionnant échange entre Henry-Louis de La Grange et Riccardo Chailly, débutant sur une critique des annotations manuscrites apportées par Willem Mengelberg à la partition et aboutissant à une analyse de la signification de l’œuvre et des erreurs souvent commises par les excès de recherche d’une compréhension autobiographique. © 2015 ConcertoNet.com





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