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Jean-Marie Marchal
Crescendo (France), October 2018

Comme Richard Strauss et Hans Pfitzner, Gustav Mahler assume le double rôle de chef d’orchestre et de compositeur, la notoriété du premier étant sensée faire vivre le second. C’est en fonction des libertés que sa carrière de chef lui laisse que ses ambitions de compositeur s’affirment progressivement. Incontestable expert de l’opéra, domaine dans lequel il excelle en faisant preuve d’un tempérament de feu, Mahler aurait pu orienter son énergie créatrice vers ce genre majeur de la vie musicale de son époque. Il n’en est rien pourtant, et c’est bien le monde symphonique qui l’accapare bientôt, en tant que réceptacle idéal de sa conception musicale cosmique (écrire une symphonie, c’est pour lui « créer un monde ») qui doit se réaliser dans un espace immatériel, au-dessus du domaine vulgaire des coulisses, hors de la salle toujours encombrée d’apparat mondain, loin de cette foire aux vanités qui peut s’installer même dans le meilleur des théâtres. Apôtre de la nature qu’il ambitionne de peindre en véritable démiurge, Mahler bouscule le nombre des mouvements, en déplace le centre de gravité vers un final grandiose, élargit l’instrumentation en une large palette de couleurs qui s’étend du détail le plus subtil au tutti le plus tellurique. « La symphonie doit être comme le monde, elle doit tout embrasser » dit-il un jour à son collègue Jean Sibelius.

Aborder aujourd’hui ce massif musical d’exception représente donc toujours un défi, même si quelques funambules ont déjà balisé le terrain, de Bruno Walter à Leonard Bernstein en passant par Rafael Kubelik, Erich Leinsdorf, Zubin Mehta ou Claudio Abbado.

Riccardo Chailly a lui aussi fait preuve de réelles affinités avec l’univers mahlérien. Son intégrale des symphonies, menée de main de maître dans les années 1990 à la tête du Concertgebouw d’Amsterdam, reste une référence discographique de première importance.

Cette nouvelle intégrale se matérialise sous la forme d’une série de captations télévisées publiées en DVD. A l’orchestre amstellodamois qui connaît son Mahler sur le bout des doigts succède son homologue du Gewandhaus de Leipzig, excellente phalange certes, mais qui ne possède sans doute pas le même bagage. La prise de son, assez précise et détaillée, met ci et là en lumière des sonorités globalement moins homogènes et moins flatteuses. La chose se ressent essentiellement dans le premier mouvement que Chailly aborde avec une sorte de réserve un rien cérémonieuse.

Fort heureusement, les choses s’arrangent avec le temps, comme si chaque page tournée permettait tant au chef qu’à son orchestre de pénétrer plus avant dans la magie mahlérienne et d’en révéler toutes les subtilités avec un goût très sûr. Les contrastes s’affirment avec force, les timbres révèlent de belles couleurs, bois et cordes se mêlant avec une joie gourmande. Ce beau parcours trouve enfin sa pleine résolution dans un mouvement final abordé avec un élan réellement irrésistible.

L’émotion atteint son comble, de manière puissamment symbolique quand on sait que la version initiale (en deux parties et en cinq mouvements) de cette œuvre admirable a été conçue alors que Gustav Mahler était en poste précisément à Leipzig.

L’œuvre elle-même et l’incontestable puissance expressive qu’elle dispense s’accommodent d’une prise de vue passablement conventionnelle. Les nombreuses plongées au cœur de l’orchestre concourent à renforcer la perception du génie particulier, de la profonde originalité du compositeur, de la formidable richesse organique de son écriture.

Cette belle réalisation est accompagnée d’une très intéressante interview du maestro, dont on sort plus convaincu que jamais de la rare capacité de ce dernier à nous faire partager la substantifique moelle de l’âme mahlérienne, si riche et si complexe. Un grand moment de musique et d’humanité. © 2018 Crescendo (France)



Jean-Charles Hoffelé
ARTAMAG’, August 2018

En quittant à regret le visionnage de cette Première Symphonie, une interrogation me saisit. Henry-Louis de La Grange a-t-il pu entendre ce que Riccardo Chailly faisait de la Première Symphonie lorsqu’il la remit sur le métier avec l’Orchestre du Gewandhaus de Leipzig ? Je l’espère, car cette captation d’un concert donné en janvier 2015 correspond si exactement à ce qu’il me disait entendre dans cette œuvre : tout un nouveau monde sonore né ex-nihilo de toute autre musique sinon de celle de l’univers : « Naturlaut ».

Peu se sont penchés avec une telle intensité sur le silence que Gustav Mahler met en musique dans tout le début de sa symphonie (d’ailleurs c’est en cherchant le même silence musical qu’il refermera la Neuvième Symphonie), auront su le former et en laisser émaner tout un nouvel univers dont Schoenberg et ses amis feront leur miel. Horenstein hier, Chailly aujourd’hui.

Ce modernisme naturaliste veut un orchestre virtuose, Riccardo Chailly l’a ici, et dans des couleurs, des alliages très différents de ceux du Concertgebouw : entre le très sombre et le très clair, et toujours dans une sorte de légèreté, des transparences, une lumière immanente.

Le Scherzo est une ivresse, la “marche funèbre” une vignette pleine de caractère et le Finale jupitérien, élancé, plus solaire que martial, montre à quel point Chailly a repensé son Mahler. D’ailleurs, il explique tout cela dans un éclairant entretien en complément du concert. Indispensable. © 2018 ARTAMAG’





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