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Album Reviews



 
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Bénédicte Palaux-Simonnet
Crescendo (France), April 2017

Christof Loy s’est manifestement égaré en croyant mettre en scène Bellini. Le prisme déformant du réalisme freudo-marxiste aussi cohérent soit-il avec son inévitable lavabo, ses postures névrotiques ou mafieuses, sa rigidité—chœurs figés enfermés dans d’étroites surfaces devant des murs jaune sale, sanglés dans des smokings ou en bretelles—casquettes « populo » volontairement antipoétiques, se révèle ici meurtrier pour l’œuvre du compositeur italien. Tout autant pour le drame de Shakespeare car le thème éternel de la haine entre familles précède et dépasse tout de même les idéologies contingentes. Il faut rappeler que c’est un triomphe que cet opéra connut à sa création, le 11 mars 1830 à La Fenice de Venise. Cette œuvre magique d’un compositeur trentenaire qui trouve son élan dans l’histoire des amants légendaires déploie des trésors d’expressivité belcantiste. Les plus grandes cantatrices ne s’y sont pas trompées de Maria Malibran à Agnès Balsta, Marilyn Horne, Elina Garança ou… Joyce di Donato que l’on peut retrouver dans d’autres versions DVD avec Anna Netrebko notamment. Déjà Berlioz s’étonnait que Bellini confie le rôle de Roméo à une mezzo. C’était trahir à quel point il était resté hermétique à l’art belcantiste. Où l’apparence doit être constamment dépassée, chaque métamorphose enclenchant une aspiration renouvelée. Et l’ultime vérité de l’amour, chez les amants de Vérone, ne transcende-t-elle pas l’identité sexuée ? C’est ce dont nous instruit l’art baroque : le travestissement, la métamorphose, la surprise sont les ressorts d’un merveilleux qui éveille sans cesse. Le merveilleux étant banni par principe de la présente vidéo, il réapparaît malgré tout en une autre dimension, musicale, grâce aux interprètes et à l’excellente formation zurichoise sous la baguette vivante et contrastée de Fabio Luisi. Tous se dépensent généreusement mettant en valeur les soli instrumentaux, l’émotion des duos et la sensibilité à fleur de peau des airs les plus célèbres depuis « O quante volte » jusqu’à la déchirante scène de « La tomba ». A l’image, les physionomies et les plans sont très travaillés voire trop. Quant à l’ange de la mort, acteur androgyne au profil camus complaisamment filmé, son omniprésence muette s’avère anti musicale au possible. Tout est bien fait. Rien ne va. Bellini—et Shakespeare encore plus !—se sont évaporés. Il reste Christof Loy. © 2017 Crescendo (France)



Sébastien Foucart
ConcertoNet.com, January 2017

BELLINI, V.: Capuleti e i Montecchi (I) (Zürich Opera, 2015) (NTSC) ACC-20353
BELLINI, V.: Capuleti e i Montecchi (I) (Zürich Opera, 2015) (Blu-ray, Full-HD) ACC-10353

De ces Capulets et Montaigus (1830) à Zurich en 2015, retenons surtout la Juliette d’Olga Kulchynska et le Roméo de Joyce DiDonato. Séduisante par le timbre, le style et la justesse de la composition, la jeune soprano ukrainienne s’impose aisément face à la mezzo-soprano à la voix magnétique et à la virtuosité phénoménale, et ce n’est pas un mince compliment, compte tenu de la stature de la chanteuse américaine. Les autres chanteurs se montrent moins impressionnants mais ils ne déparent pas le plateau. Fabio Luisi prend la mesure de la partition, lyrique, élégante et tendue sous sa direction. Christof Loy déplace le conflit au milieu du XXe siècle, dans des intérieurs décrépits, vastes et vides. Le recours au flash-back suggérant que Juliette a été victime d’actes incestueux, la présence d’un double, personnage androgyne à la signification obscure, et le plateau tournant sans cesse constituent les principales idées de cette mise en scène plus intéressante que véritablement marquante. © 2017 ConcertoNet.com



Erna Metdepenninghen
Crescendo (France), November 2016

Enregistré ‘live’ à l’Opéra de Zurich en juin 2015 cette version de « I Capuleti e i Montecchi » offre surtout l’incarnation de Roméo par Joyce Di Donato, sans doute sans rivale dans ce rôle pour le moment. Ardent jeune homme et émouvant amant elle chante le rôle merveilleusement avec son mezzo-soprano souple et combien expressif, ses vocalises pleines d’aplomb et ses pianissimi divins. La jeune soprano Olga Kulchynska est sa Giulietta, un être vulnérable et fille obéissante, qui chante avec une voix fraîche et un beau phrasé. Tebaldo a le ténor clair et l’émission franche de Benjamin Bernheim et Roberto Lorenzi campe un Lorenzo de confiance avec une voix sonore. Le Capellio peu sympathique de Alexei Botnarciuc a des problèmes d’intonation. Fabio Luisi dirige d’une main ferme mais pas trop subtile un orchestre qui n’excelle pas dans les cantilènes de Bellini. Le metteur en scène Christof Loy a transposé l’action dans une Italie fasciste avec une famille Capuletti qui a des allures de mafia. Tout l’opéra se passe dans la maison des Capuletti, une demeure peu accueillante située dans un décor constamment tournant (Christian Schmidt). Loy suggère une intimité plutôt coupable entre Capellio et sa fille et ajoute une figure mystérieuse de « compagnon » à l’action qui épie les amants et leur tend le poison fatal. Tout cela est superflu et surtout peu convaincant et ne s’accorde pas du tout avec la merveilleuse partition de Bellini. © 2016 Crescendo (France)



Jean Cabourg
Avant Scène Opéra, October 2016

En matière de mise en scène d’opéra, les partisans des relectures “tendance” ne prêtent pas qu’aux riches. Le présent spectacle conçu par Christof Loy, star du Regietheater présenté comme créateur “conceptuel”, régulièrement hué par le public helvétique pour lequel il conceptualise en effet ces derniers temps, est d’une vacuité si affligeante qu’on admire ceux encore capables de lui accorder quelque crédit. En deux mots : la tragédie se déroule dans les pièces à l’abandon d’une maison dévastée, sans doute dans les années quarante (suivez mon regard ), où des choristes en smoking remâchent leur haine. Un tourniquet exhibe ces espaces dénudés l’un après l’autre, de manière répétitive et désolante. Juliette semble avoir été naguère violentée par son père auquel l’attache un indéfectible lien oedipien qui l’empêche de céder aux appels de Roméo. En signe de purification, on la verra rejoindre ce fameux lavabo de porcelaine blanche (évidemment) dont le ridicule nous avait déjà réjoui dans la régie de Vincent Boussard à San Francisco en 2012 (lire ici). Concept clé de ce cérémonial totalement étranger à la poétique de l’œuvre comme à ses ressorts dramatiques : de bout en bout, un jeune androgyne tout de noir vêtu hante les lieux—double du héros amoureux ? remords vivant incarné ? ange maléfique ? Ad libitum.

Le Roméo de l’impeccable Di Donato est sans doute le meilleur qui se puisse applaudir aujourd’hui, par l’engagement théâtral comme par l’aplomb vocal; l’école néo-belcantiste, au meilleur dans ses da capo à variations, magnifie une voix malléable et suprêmement éloquente. Seule réserve—déjà exprimée à propos de la soirée américaine susdite : ce mezzo, qui tend à s’éclaircir singulièrement à présent, flirte avec les couleurs du soprano sfogato et semble parfois plus haut placé que le soprano de sa partenaire. Surtout si cette dernière, l’Ukrainienne disciplinée et ardente Olga Kulchynska, lui en remontre sur le plan de l’intensité de la couleur et du bas-médium, avec toutefois moins de brio dans la colorature. Le jeune ténor maison, Benjamin Bernheim, soutient son chant de belle manière et conquiert aisément ses aigus, plus sûrement que ses graves ou que les fioritures dont on aimerait qu’il orne ses reprises. Luisi fouette ses accelerandi, laisse couler ses accompagnements mais respecte les tempi et les canons du romantisme, auquel le metteur en scène préfère dans doute les canons sans romantisme. © 2016 Avant-Scène Opéra





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