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Album Reviews



 
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S├ębastien Foucart
ConcertoNet.com, February 2017

Le Parsifal de Tcherniakov ne vous a pas plu ? Tentez son Rouslan et Ludmila, conçu pour la réouverture du Bolchoï, en 2011, après plusieurs années de fermeture. Ce metteur en scène est un malin. Le lever de rideau révèle un décor fastueux et d’un kitsch outrancier laissant craindre le pire, mais nous comprenons au fur et à mesure qu’il s’agit d’une fête costumée chez des oligarques. Moderne dans son approche, cette production tourne le dos à la (mauvaise) tradition, l’ouvrage de Glinka étant un grand classique en Russie. Moderne, certes, original, aussi, tellement la mise en scène regorge d’idées (danses au château de Naïna, danses orientales), mais d’une audace relative: Vladimir Poutine et l’élite du pays peuvent dormir tranquilles. Comme dans Parsifal, Tcherniakov sonde la psychologie des personnages qui parlent à l’homme d’aujourd’hui mais l’émotion ne nous submerge guère. Sous la direction d’un Vladimir Jurowski attentif aux couleurs et aux nuances, l’orchestre se montre vif et léger, affiche une grande clarté et exalte cette musique avec grâce. Les prestations vocales sont excellentes. Taillée pour le rôle de Ludmila, Albina Shagimuratova épate par son art de la coloration, l’agilité des vocalises, la puissance de l’émission et la tenue du phrasé. La soprano trouve en Mikhail Petrenko un partenaire à la hauteur: cette basse au métal somptueux compose avec intensité un Rouslan touchant de sincérité et de faiblesse. Dans cette production, le rôle de Ratmir revient logiquement à un homme, l’élégant Yuri Minenko, étonnante voix d’alto, raffinée, veloutée et capable de beaux effets. Almas Svilpa combine puissance et souplesse en Farlaf, Alexandra Pendatchanska, voix crémeuse et sûre, affiche une tenue irréprochable en Gorislava. Elena Zaremba rappelle en Naïna quelle artiste importante elle demeure, incarnation personnifiée d’un chant russe de grande école. Le nom de Charles Workman, chargé des rôles de Finn et de Bayan, détonne, évidemment, dans cette distribution, mais il surpasse ses partenaires à l’applaudimètre, et avec raison, tant le ténor séduit: timbre léger mais accrocheur, chant au legato somptueux. En revanche, Vladimir Ognovenko n’offre rien d’autre qu’une voix détimbrée et dépourvue de corps. Les chœurs, enfin, contribuent au niveau élevé de ce beau et grand spectacle, d’une intelligence et d’une sensibilité remarquables. © 2017 ConcertoNet.com



Steeve Boscardin
ResMusica.com, January 2017

Pour sa réouverture en 2011, le Bolchoï a choisi de donner Ruslan et Lyudmila de Glinka, créé in situ en 1842. En faisant appel à Dmitri Tcherniakov, le théâtre s’assurait le scandale nécessaire à une bonne couverture médiatique. Pourtant, rarement le travail de ce trublion de la mise en scène aura été aussi respectueux, cohérent et abouti. Servies par des interprètes de premier ordre et dirigées par Vladimir Jurowski, ces représentations sont parmi les meilleures qui aient pu être données de cette œuvre.

Ruslan et Lyudmila tient une place à part dans l’art lyrique russe dont il est souvent considéré comme étant le premier ouvrage national. C’est en outre l’une des œuvres les plus souvent montées au Bolchoï. A l’image de La Flute enchantée, ce parcours initiatique comporte tout ce qui peut plaire au plus grand nombre : magie avec sorcière et vieux sage, épreuves, combat du bien contre le mal …

Souvent accusé de tordre les livrets pour les adapter à sa vision de l’œuvre, Dmitri Tcherniakov choisit ici de suivre scrupuleusement la trame du livret avec lequel il joue habilement en faisant de l’acte I une réception de mariage d’oligarques russes somptueusement déguisés dans des décors grandioses. Une fois l’enlèvement de Lyudmila passé, les héros baignent dans un univers contemporain qui sera le décor de leurs errements face aux épreuves concoctées par la sorcière Naïna, confrontée au vieux sage Finn. Les superbes grands décors (oui, on peut faire de beaux décors modernes) se succèdent et les nouvelles technologies sont parfois convoquées comme par exemple lorsque la tête géante est matérialisée par des projections vidéos. D’une grande sensibilité, la mise en scène de Dmitri Tcherniakov adapte le conte de fée à notre réalité contemporaine mais avec toujours beaucoup d’intelligence et d’adéquation. Ainsi la scène des enchanteresses devant détourner les hommes de leur recherche nous transporte dans une maison close de luxe peuplée de jeunes prostituées légèrement vêtues et le jardin du mage Tchernomor devient une chambre d’hôtel aux sublimes éclairages, diaphanes et magiques. Tcherniakov a ainsi réussi à réaliser un spectacle pour les petits et les grands dont il serait d’autant plus dommage de se priver que la direction musicale et la distribution sont au sommet.

Dès la célèbre ouverture, Vladimir Jurowski imprime une grande énergie et une belle nervosité à sa direction. Les superbes sonorités de l’œuvre n’en sont pour autant pas ignorées et les lignes mélodiques jamais malmenées. De la magie, de la tension et de la douceur sont ici parfaitement réunies.

La distribution rassemble les meilleurs chanteurs russes qui irriguent aujourd’hui les scènes internationales. Avec son timbre pulpeux et lumineux, Albina Shagimuratova assume avec précision et fraîcheur la virtuosité belcantiste du rôle. Son Ruslan est campé avec une belle autorité par un Mikhail Petrenko aux beaux graves et à la ligne de chant impeccable. Elena Zaremba est une belle Naïna séductrice et perfide, typique de l’école russe, avec une voix bien timbrée, aux graves amples et au médium assuré. Face à elle le sage Finn de Charles Workman est plus exotique mais son timbre clair confère à son personnage la magie nécessaire. Le rôle travesti de Ratmir, habituellement confié à une mezzo est ici interprété par le contre-ténor Yuri Minenko dont la belle voix de velours assez sombre, permet à Tcherniakov de donner plus de crédibilité scénique au personnage. Le baryton-basse lituanien Almas Svilpa donne de sa personne dans le rôle comique du veule Farlaf qu’il assume avec une belle vaillance. Enfin, la soprano Bulgare Alexandrina Pendatchanska apporte à sa Gorislava ses aigus percutants et déchirants.

Assurément un beau travail collectif qu’il convient de saluer et d’offrir aux plus jeunes comme aux adultes. © 2017 ResMusica.com





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