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Olivier Brunel
ConcertoNet.com, February 2017

MACMILLAN, K.: Histoire de Manon (L') (Paris Opera Ballet, 2015) (NTSC) BAC135
MACMILLAN, K.: Histoire de Manon (L`) (Paris Opera Ballet, 2015) (Blu-ray, Full-HD) BAC435

L’Histoire de Manon racontée par Kenneth MacMillan a été le choix de rôle de départ à la retraite de la danseuse étoile Aurélie Dupont, aujourd’hui directrice de la danse du Ballet de l’Opéra national de Paris (BOP). Elle avait choisi comme partenaire le danseur étoile italien Roberto Bolle et c’est le cinéaste Cédric Klapisch qui a immortalisé cette soirée historique du 18 mai 2015 retransmise en direct dans les cinémas du monde entier et diffusée le 30 mai 2015 sur France 3.

On a commenté ici la soirée du 8 mai 2015 dansée par la même luxueuse distribution, des danseurs étoiles pour tous les rôles principaux, de L’Histoire de Manon, chef-d’œuvre de Sir Kenneth MacMillan d’après l’œuvre de l’Abbé Prévost, créée pour le Royal Ballet à Covent Garden en 1974, sommet d’esthétique et de raffinement dans la magnifique production de Nicholas Georgiadis aujourd’hui devenue un classique. Avec un formidable substrat musical, Leighton Lucas ayant réalisé une orchestration de musiques de Jules Massenet provenant de l’ensemble de son œuvre… sauf de l’opéra Manon!, Martin Yates, responsable des nouveaux arrangements et de l’orchestration en 2011, dirigeant cette magnifique partition à la tête de l’Orchestre de l’Opéra national de Paris.

Qu’apporte à cette captation le fait qu’elle soit réalisée par le cinéaste Cédric Klapisch? L’allure d’un vrai film d’abord, avec un générique sophistiqué, des intertitres explicatifs entre les nombreux tableaux et à chaque fois le rappel de la distribution. Mais surtout disparaît le travers historique des captations de danse (qui s’efface au fur et à mesure que ce procédé se généralise): l’alternance de plans fixes où l’on voit les danseurs de trop loin et de gros plans sur lesquels certains défauts explosent. Ici, et pour cette chorégraphie particulièrement théâtrale où se mêle une action de figurants à une ébouriffante virtuosité dont il a truffé les pas de deux, les solos, les ensembles, on savoure absolument la moindre parcelle de la pièce et on apprécie en détail chacun des somptueux costumes de Georgiadis.

Les deux protagonistes, si bien entourés pour cette représentation exceptionnelle, éclatent littéralement à l’écran. On a vu danser sur la même scène les Manon de Sylvie Guillem, Isabelle Guérin, Fanny Gaïda, chacune apportant au rôle une étincelle de leur personnalité. Aurélie Dupont, qui avait abordé le rôle avant même d’être nommée danseuse étoile en 1996, y a gagné en intensité: tendre et séductrice d’emblée puis très aguichante au deuxième acte, pathétique dans sa scène avec le geôlier et encore plus dans celle de sa mort, elle passe en trois heures par tout le spectre des émotions féminines sans ne jamais rien sacrifier à la virtuosité, qui est transcendée au point qu’elle ne se voit pas. De l’étoile milanaise Roberto Bolle, le Chevalier Des Grieux, rôle pour lequel MacMillan a accumulé les difficultés avec des pas de deux périlleux, acrobatiques parfois, avec ses glissades au sol et ses portés si peu classiques, on avait toujours gardé l’impression d’une certaine inexpressivité du visage. Ce film dément cette expression et on découvre un partenaire tendre, passionné et souffrant.

Tous les seconds rôles sont tenus à la perfection: Lescaut, le frère de Manon, par Stéphane Bullion brillant de spontanéité et d’humour, Alice Renavand, dans celui de sa maîtresse, éclate par sa technique superlative, Benjamin Pech, cynique Monsieur Guillot de Morfontaine, un rôle de maturité dont il se sort avec beaucoup de panache, Viviane Descoutures en Madame, Karl Paquette en Geôlier.

Le film s’achève mais sans trop insister, car cela peut être pesant, sur les ovations réservées à Aurélie Dupont. Visiblement très émue sous la traditionnelle pluie d’étoiles dorées, elle a été très chaleureusement et longuement applaudie par des spectateurs debout et très enthousiastes. A la demande du directeur de la danse, Benjamin Millepied, elle est ensuite restée dans la maison comme maître de ballet, avant de lui succéder comme directrice de la danse à la suite de son départ prématuré. Le bonus consiste en une interview d’elle par Cédric Klapisch (qui n’apparaît pas) dans laquelle, interrogée sur son parcours de danseuse et ses motivations artistiques, elle rayonne de simplicité et d’intelligence. © 2017 ConcertoNet.com





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