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Album Reviews



 
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Jean-Luc Clairet
ResMusica.com, March 2020

JANÁČEK, L.: From the House of the Dead [Opera] (Bavarian State Opera, 2018) (NTSC) BAC173
JANÁČEK, L.: From the House of the Dead [Opera] (Bavarian State Opera, 2018) (Blu-ray, Full-HD) BAC573

De la maison des morts, premier DVD d’opéra pour Frank Castorf, est une épreuve pour tous.

Le dernier opéra de Leoš Janáček a connu les grandes lectures scéniques de Chéreau (DVD DG) à Aix en 2007, celle de Carsen pour l’Opéra du Rhin en 2013, parangons de lisibilité. Ce n’est absolument pas le cas de celle que le metteur en scène donna à voir à Munich en 2018, et pour laquelle il applique le régime de son Ring pour Bayreuth. Un Ring qui avait donné beaucoup de grain à moudre à ses spectateurs à cause de la manie (du style) de Castorf de surcharger la scène de pléthore de références indéchiffrables à la première vision, et même au-delà sans un conséquent travail de recherche.

La brièveté de De la maison des morts s’accommode difficilement d’un tel traitement qui donne le sentiment au spectateur d’avoir toujours un temps de retard sur une linéarité sémantique qui semble du coup ne jamais advenir. Certes le fil narratif du roman de Dostoïevski, sur lequel Janáček a lui-même bâti son livret, se distend régulièrement entre les récits de trois bagnards d’un quotidien pénitentiaire qu’éclaire la seule perspective d’un aigle blessé qui parviendra peut-être à voler (Carsen envoyait un aigle véritable survoler le public !). Retendre ce fil, comme le pouvoir des notes de Janáček a su le faire, importe comme une guigne à Castorf qui, dès le Prélude, superpose même à une narration déjà complexe la surimpression vidéographique de textes périphériques. « L’homme est malheureux parce qu’il ne sait pas qu’il est heureux », issu des Démons du même Dostoïevski, en estle plus lisible.

On retrouve dans le décor d’Aleksandar Denić le spectaculaire dispositif du Ring : une tournette qui tourne cette fois à vide, encerclée de rampes et de miradors de projecteurs braqués sur le glauque d’un goulag grouillant de violence et de turpitudes, dont on ne discerne rien (malgré une caméra embarquée qui semble capter pour capter) tant la profusion (la confusion ?) d’informations y est constante. Les lapins ont remplacé les volailles dans la cage et c’est sur ceux-là qu’on finira au cours d’un épilogue muet. Castorf ose d’intéressants parallèles : l’un entre Goryanchikov et Dostoïevski (« Je ne recueille que du matériel pour mes œuvres futures »), l’autre entre l’Aigle et Aljeja (seule voix féminine de l’oeuvre), qu’il empanache comme l’Oiseau de la forêt de son Siegfried. Mais il ne sait que faire du chœur. Quant à la providentielle Pantomime du II, vraie réussite chez Carsen, seule faiblesse chez Chéreau, son défilé de postures grotesques en guise de dramaturgie confine au grand n’importe quoi. Lorsque le rideau tombe comme il s’est ouvert, on en est encore à se demander ce qui s’est passé sous nos yeux dans cette prison-foutoir pour hommes où les femmes vont et viennent.

La direction de Simone Young, précise, tranchante et sèche, semble lutter pour sa survie face aux images dénuées d’émotion d’une production malmenant à loisir d’excellents chanteurs (d’abord le superbe Charles Workman en Skuratov, mais aussi, tous marquants, Bo Skovhus en Shishkov marqué de pustules, Peter Rose en Goryanchikov, Aleš Briscein en Filka/Luka, Christian Rieger en sadique garde-chiourme, Callum Thorpe en Don Juan, la lumineuse Evguenya Sotnikova en Aljeja). On plaint le chœur, pourtant impeccable, en persona non grata renvoyé sans ménagement après chacune de ses interventions.

Cette épreuve pour tous n’épargne pas Andy Sommer. Dépassé en son temps par le Tristan de Py, le vidéaste est impuissant à maîtriser le tournis infligé par le Janáček de Castorf. Elle n’épargne pas non plus le spectateur du Bayerische Staatsoper et a fortiori celui du présent DVD. Rappelons tout de même combien De la maison des morts, opéra militant pour la suprématie de l’humanité sur le fumier, est un opéra magnifique. © 2020 ResMusica.com




Laurent Bury
Forum Opera (France), February 2020

JANÁČEK, L.: From the House of the Dead [Opera] (Bavarian State Opera, 2018) (NTSC) BAC173
JANÁČEK, L.: From the House of the Dead [Opera] (Bavarian State Opera, 2018) (Blu-ray, Full-HD) BAC573

Pour mettre en scène à Munich l’ultime opéra de Janáček, Frank Castorf a opté pour un curieux mélange de réalisme et d’onirisme. Quand le rideau se lève, on découvre un ensemble sur tournette à base de mirador, de barbelés et d’autres éléments constitutifs d’un univers carcéral. Difficile de situer exactement le spectacle dans l’espace ou dans le temps : le gouverneur de la prison porte bottes et breeches de cuir comme un officier nazi, mais les gardiens lisent les Izvestia ; une enseigne lumineuse rotative vante les mérites du Pepsi, tandis que l’affiche du film Amityville sorti en 2015 orne un des murs du bagne. Les forçats portent des vêtements parfaitement crasseux et arborent les traces de sang laissés par les nombreux passages à tabac qu’on leur inflige, mais si le spectacle donné au deuxième acte, « l’opéra de Kedril » qui reprend le mythe de Don Juan, voit deux prostituées et divers travestis faire irruption sur la scène, Castorf s’autorise aussi à déguiser les détenus comme s’ils participaient à la Fête des Morts au Mexique, masques et sombreros inclus. Un écran vidéo suspendu en haut de ce décor permet de diffuser du début à la fin les vidéos tournées en direct par plusieurs cameramen présents au milieu des chanteurs, et parfois des images d’archives, contrepoint ou complément offrant en gros plan ce que le spectateur peut voir ou non sur la scène. Si le jeu d’acteur est dans l’ensemble réaliste, une exception saute aux yeux, avec le personnage d’Alieïa, conçu par Janáček pour une voix féminine (même si ce vœu est rarement respecté) : la production munichoise ne cherche nullement à nous faire croire qu’il s’agit d’un jeune garçon, et l’artiste qui tient le rôle se confond aussi avec l’aigle capturé par les prisonniers, lorsqu’elle revêt une tenue de meneuse de revue digne des Folies-Bergères, bustier écarlate à paillette et gigantesques plumes multicolores.

Au déchaînement de décibels que pratiquent certains de ses collègues,Simone Young préfère avec raison les traits incisifs de l’eau-forte, les phrases finement ciselées, dirigeant l’œuvre de Janáček avec un raffinement que met d’autant plus en relief le caractère brutal et sordide de l’action scénique. Elle n’en respecte pas moins les nuances dynamiques exigées par la partition, jusqu’au forte nécessaire parfois. Si l’on peut comprendre que le metteur en scène ait décidé de combler les vides de chant par la projection de textes censément lus par les personnages, on s’étonne un peu plus de la soudaine intervention du Forçat ivrogne entre le deuxième et le troisième acte, qui déclame en espagnol (langue maternelle de l’interprète) un extrait de la Bible.

La distribution a su réunir une solide équipe de chanteurs-acteurs, sans toutefois sacrifier les exigences vocales comme cela arrive parfois. Goriantchikov n’est pas confié à un chanteur hors d’âge, Peter Rose étant au contraire une basse en pleine possession de ses moyens, comme vient de le montrer sur Gurnemanz à Toulouse. Le timbre si particulier de Charles Workman est employé à très bon escient dans le rôle de Skouratov, qu’il incarne avec une vigueur assez exceptionnelle. et Sans aucune trace de cette usure vocale qui pouvait entacher certaines de ses prestations récentes, mais affublé de hideuses protubérances sur le visage, Bo Skovhussait lui aussi prodigieusement animer le long récit de Chichkov. Silhouette d’instituteur dostoïevskien et voix déliée, Aleš Briscein n’a qu’assez peu l’occasion de s’imposer en Louka Kouzmitch. Abonnée aux rôles de jeune garçon (Oscar du Bal masqué, Jemmy de Guillaume Tell), Evgeniya Sotnikova possède un joli timbre et l’on suppose que son jeu parfois un peu limité à un registre naïf répond ici aux exigences du metteur en scène. Christian Rieger prête au gouverneur une trogne et une démarche qui achèvent de rendre le personnage parfaitement haïssable, et chacun des nombreux personnages secondaires bénéficie d’un traitement qui le rend assez mémorable (l’ivrogne de Galeano Salas, le Kedril de Matthew Grills, le Don Juan de Callum Thorpe, pour n’en citer que quelques-uns). © 2020 Forum Opera (France)





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