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Pierre Jean Tribot
Crescendo (France), May 2016

Ancien clarinettiste solo du Berliner Philharmoniker, le chef Karl-Heinz Steffens s’affirme comme une baguette aux choix discographiques exemplaires. Au pupitre de sa Deutsche Staatsphilharmonie Rheinland-Pfalz, il mène, pour le label Capriccio, un travail intitulé « Moderntimes » et centré sur l’exploration de compositeurs du XXe siècle. Après Bernd Alois Zimmermann, Luigi Dallapiccola et Henri Dutilleux, voilà le temps d’Alberto Ginastera dont on célèbre, en 2016, le Centenaire de la naissance.

Le chef offre ainsi un panorama fidèle de l’évolution symphonique du compositeur : de la courte Ouverture pour le Faust créole à la suite tirée de l’opéra Bomarzo dont c’est ici le premier enregistrement mondial.

Les trois premières œuvres du disque témoignent du symphonisme brillant du compositeur, en particulier dans les Variations concertantes, sorte de concerto pour orchestre affûté et séduisant. Dans ces partitions, Karl-Heinz Steffens met en avant une modernité orchestrale expurgée de toutes références pittoresques ou naturalistes. Le triptyque Ollantay, inspiré des légendes précolombiennes, impose une radicalité des timbres que l’on ne lui connaissait pas. Quant à l’interprétation des Variations concertantes, elle rivalise presque avec l’enregistrement légendaire d’Antal Dorati (Mercury) par sa rigueur et sa précision.

D’une durée d’une demi-heure, la suite tirée de Bomarzo occupe la plus large part du disque. Composé sur un livret de l’écrivain argentin Manuel Mujica Lainez, cet opéra narre la vie de Pier Francesco Orsini, duc de Bomarzo en insistant sur ses nombreuses débauches. L’œuvre devait être créée en 1967 au Teatro Colon de Buenos Aires, mais le Président argentin Juan Carlos Ongania fit barrage au projet, choqué par les allusions sexuelles de la partition. Bomarzo fut finalement donné, en 1967, à Washington. Ginastera en tira, en 1970, une suite pour soprano et orchestre. Cette œuvre témoigne du néo-expressionisme du compositeur : utilisant le dodécaphonisme, la micro-tonalité et la musique aléatoire, la partition présente également des mélodies écrites dans un style tonal simple. Très dense et touffue, cette oeuvre sollicite l’auditeur par sa force dramatique et musicale assez difficile à cerner. Il faut particulièrement saluer la prestation de la soprano Maria Isabel Segarra et de l’orchestre allemand.

Si l’on apprécie l’intelligence éditoriale et la qualité interprétative des artistes, ce disque est plutôt à réserver aux explorateurs du XXe siècle musical ou aux fans de l’œuvre de Ginastera. © 2016 Crescendo (France)



Christine Labroche
ConcertoNet.com, April 2016

A la suite de trois volumes de la collection «moderntimes» consacrés à Bernd Alois Zimmermann, à Luigi Dallapiccola et à Henri Dutilleux, Karl-Heinz Steffens destine un quatrième à Alberto Ginastera (1916–1983) dont la parution à point nommé en novembre 2015 fournit un excellent moyen de célébrer le centenaire du compositeur argentin, né en avril 1916, bien que le chef allemand n’ait pas exprimé cette intention. Les œuvres de son programme assez original touchent aux trois grandes périodes de la production de Ginastera. Son «nationalisme objectif», période des célèbres ballets Panambi et Estancia, est associé ici à l’Ouverture pour un Faust créole (1943) et Ollantay (1947), son «nationalisme subjectif» illustré par les Variations concertantes (1953) et son «néo-expressionnisme» par la Musique de Bomarzo (1967–1970). Les termes sont du compositeur. A la tête de la Philharmonie d’Etat allemande de Rhénanie-Palatinat, Steffens, attentif à l’expressivité dramatique, travaille les dynamiques et le relief orchestral avec beaucoup de soin et tient la cadence diabolique des rythmes pulsés tout comme il maintient l’intensité des passages plus statiques.

Le Faust créole est un conte satirique d’Estanislao del Campo qui «écoute» un gaucho racontant le Faust de Gounod. Ginastera, dans, son Ouverture, satirique à son tour, manie l’irrévérence tout autant envers Faust qu’envers le gaucho. Le résultat, c’est une alternance aux transitions savoureuses entre des passages de style européen aux cordes dominantes, dignement, pesante et saupoudrés de citations de Faust, et des passages fringants hauts en couleur aux rythmes argentins directement populaires, où dominent les vents et la percussion. Le sentiment national est carrément ancestral pour Ollantay, poème symphonique épique en trois parties qui s’inspire du texte maya, le Popul Vuh, pour tracer le conflit guerrier entre Ollantay et Inka, héros légendaires. Ginastera s’imprègne de modes anciens et de rythmes trépidants mayas et latins pour créer le statisme inquiet et les élans en avant irrépressibles qui tracent les péripéties du poème. Les trois volets sous tension proposent des textures orchestrales de plus en plus denses, les cordes nobles, vitales, inquiétantes, les bois délicats, les cuivres puissants, sonnant à l’occasion comme des carnyx, et la percussion, sourde ou orageuse, toujours péremptoire.

Les Variations concertantes mettent en valeur tour à tour les pupitres solistes de l’orchestre avec deux interludes en deuxième et en dixième position qui sont confiés aux deux grands groupes instrumentaux, cordes et vents respectivement, la percussion, partout très présente, réduite aux seules timbales, sans la «couleur locale» évidente d’instruments de type latino-américain. L’interprétation rhénane, peut-être légèrement distanciée, a beaucoup de tenue, Steffens ne cherchant nullement à accentuer les fragrances argentines qui sous-tendent subtilement l’ensemble, toujours sans emprunt direct bien que le rythme de malambo, le véloce ostinato trépidant de notes répétées que Ginastera affectionne particulièrement, revive à sa manière dans les volets plus vifs. Le violoncelle et la harpe énoncent le beau thème nostalgique qui, avant le finale, sera repris, comme en ombre projetée, par la contrebasse et la harpe. Les variations lentes sont confiées à un alto dramatique, au clair-obscur mélancolique d’un hautbois et d’un basson en duo et à un cor «pastoral» qui évoque l’Arcadie. Tout autant soutenues d’un orchestre délicat ou exubérant, riche ou discret, les variations vives reviennent aux envolées de la flûte, aux souples arabesques d’une clarinette allègre, aux sonorités étonnantes d’une trompette en duo avec un trombone, au mouvement perpétuel d’un violon ensorcelant et aux rythmes obsédants du tutti pour la sémillante variation finale.

La subjectivité argentine du compositeur encore indirectement perceptible dans le Premier Concerto pour piano de la même époque, n’a plus cours lors de la saisissante Musique de Bomarzo, suite expressionniste tirée de l’opéra éponyme (1966–1967) qui dessine par flash-back successifs la vie noire, violente et angoissée du Duc de Bomarzo (c. 1523–1585), bossu, chétif, cruel et mal aimé. Sans jamais perdre de vue une expressivité brûlante et directe, la partition microtonale met en œuvre une atonalité libre, des techniques sérielles, des rythmes aléatoires et des clusters sous forme de nébulosités orchestrales ou de fracassants éclats. C’est une œuvre extraordinaire, originale, et innovatrice aux sonorités recherchées. L’orchestre se suspend et s’agite dans l’aigu ou avance inexorablement telle une lave rougeoyante et noire ou déferle avec force, sans concession ni compassion, la percussion transformant les passages plus hésitants et angoissés en agitation cauchemardesque. Le seul bref moment de quiétude revient à la soprano et la douce voix satinée de María Isabel Degarra.

La phalange rhénane, puissante et efficace, semble se sentir ici sur un terrain plus familier et leur prestation met en œuvre avec succès les qualités nécessaires à une exécution de la Lulu-Suite de Berg, par exemple, et tout à fait appropriées à la Musique de Ginastera. L’ensemble du programme révèle des aspects peut-être moins connus de l’œuvre du compositeur argentin et ne peut que capter l’attention des mélomanes convaincus ou à convaincre. © 2016 ConcertoNet.com




Luc Nevers
Classica, April 2016

GINASTERA, A.: Orchestral Works, Vol. 1 (Osterc, BBC Philharmonic, Mena) - Pampeana No. 3 / Ollantay / Estancia CHAN10884
GINASTERA, A.: Obertura para el Fausto criollo / Variaciones concertantes / Ollantay / Bomarzo Suite (Rheinland-Pfalz State Philharmonic, Steffens) C5244

Chandos se lance dans une intégrale Ginastera prometteuse et enthousiasmante. On pourra ainsi mieux connaître le compositeur d’Estancia et des Variations concertantes, ses deux seules partitions qui semblent avoir les faveurs des orchestres européens. Juanjo Mena mène parfaitement son orchestre dans les méandres d’une pièce telle que la troisième Pampaena (1947), symphonie pastorale en trois mouvements, dont le lyrisme évoque Casella et Korngold. Les trois autres mouvements symphoniques d’Ollantay (1947) évoquent la culture précolombienne. A nouveau, les contrastes considérables (un Los Guerreros stravinski en) sont restituées avec souplesse, comme dans l’intégrale du ballet Estancia (1941) dont l’écriture expérimentale utilise le matériau des danses folkloriques. Les interprètes restituent non seulement la finesse, mais aussi l’humour, la légèreté vigoureuse de cette musique qui ne supporte ni la lourdeur ni l’assoupissement. Voici une des plus belles lectures de la discographie.

Il est intéressant de comparer la version d’Ollantayde Juanjo Mena avec celle de Karl-Heinz Steffens. Autant le premier joue du caractère félin de l’écriture, autant le second affirme une modernité plus rude) européenne. Les couleurs de l’orchestre sont plus indifférenciées) souvent métalliques. Cette lecture froide se prête davantage à l’Obertura para Fausto Criollo, s’inspirant du Faust de l’auteur argentin Estanislao del Camo, lui-même inspiré par une représentation du Faust de Gounod au Teatro Colon de Buenos Aires. Ouverture grandiose, tragique, disons-le, massive, avec des accords traités à la manière de clusters. Les Variations concertantes sont précises, mais froides, d’une plastique expressionniste à l’instar de l’excellente flûte solo. Première mondiale au disque Bomarzo est la suite de l’opéra éponyme. Il s’agit de J’histoire sordide du Duc de Bomarzo (xw siècle), qui fut censurée en Argentine. Composée en 1967, la partition d’une violence éruptive fait appel au dodécaphonisme, à la microtonalité, mais aussi à la musique aléatoire. Interprétation cinglante et des plus efficaces de l’orchestre allemand. © 2016 Classica





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