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Olivier Rouvière
Avant Scène Opéra, October 2017

Toutes les grandes œuvres de Dvořák semblent relever de la légende, du conte, et il n’est dès lors guère étonnant que ses (neuf) symphonies et ses (dix) opéras tendent à se rejoindre dans ces formes intermédiaires où il a excellé : le poème symphonique, l’oratorio (sacré ou profane), la rhapsodie avec chant.

La Fiancée du spectre, op. 69—aussi sous-titrée Les Chemises de noces, comme la ballade de Jaromir Erben dont elle est tirée -, relève de tous ces genres, même si on la classe parmi les cantates. Commandée en 1884 par la Grande-Bretagne, peu après le succès remporté par le Stabat Mater et au même moment que la 7e Symphonie, l’œuvre, peu connue chez nous, continue à jouir d’une grande considération dans les pays anglo-saxons, à l’exemple des pièces de facture comparable de Mendelssohn, Berlioz ou Elgar. L’importance qu’y revêt le rôle du chœur n’est sans doute pas étrangère à ce succès outre-Manche, mais on peut imaginer que c’est la tonalité même de l’ouvrage, mêlant imagination gothique et ferveur chrétienne, qui la fait particulièrement résonner chez nos voisins. L’argument ? Une jeune femme prie, de nuit, pour le retour de son époux perdu ; on frappe à la porte—c’est lui ! L’époux entraîne sa bien-aimée dans une folle chevauchée, au cours de laquelle il la contraint à se débarrasser de son missel, de son chapelet et de sa croix. Leur course les guide jusqu’à un cimetière, où la jeune femme comprend enfin quelle est la proie d’un spectre—dont la sauvera, in extremis, le chant du coq. Evoquant à la fois Le Roi des aulnes de Schubert et les quatre poèmes symphoniques composés par Dvořák sur d’autres récits d’Erben, la partition, à l’orchestration scintillante, regorge de mélodies envoûtantes, aux saveurs parfois populaires (la dernière aria de basse, proche de celle de la Sorcière dans Rusalka), les magiques duos des deux « amoureux » contrastant avec les descriptions plus sarcastiques du chœur et du Narrateur.

La discographie était jusqu’ici dominée par les lectures de Jaroslav Krombholc (Supraphon, 1961) et de Gerd Albrecht (Orfeo, 1991). Face à ces imposants rivaux, Meister ne démérite guère, s’éloignant du mysticisme privilégié par le premier au profit d’une vision plus « mahlérienne », jouant, sur le vif, des contrastes dramatiques (ses tempi sont généralement vifs) aussi bien que des textures (l’orchestre et le chœur viennois se signalant par leur transparence et leur alacrité rythmique). La distribution, entièrement tchèque, brille par sa musicalité et son éloquence, mais seul le ténor Pavol Breslik apporte une véritable chaleur à son incarnation, les timbres de la soprano et du baryton manquant un peu de chair et de profondeur. Il faut dire que, si l’on attend encore une Jeune Femme idéale (le rôle, parfois bien grave, est malaisé), le Narrateur semble avoir trouvé un interprète définitif en la personne du fabuleux Ladislav Mràz, grâce à qui la version Supraphon conserve la tête de la discographie. © 2017 Avant-Scène Opéra



Jean-Charles Hoffelé
ARTAMAG’, September 2017

Dvořák écrivit sa cantate fantastique pour Birmingham, sombre poème d’Erben où une jeune fille espérant le retour de son amant est abusée par un spectre qui au long d’une balade nocturne lui ravit tous ses atours jusqu’à sa chemise de noces, avant de la conduire au cimetière.

L’œuvre est noire, d’un ton épique, d’une couleur très Moyen-Âge qui n’est pas sans évoquer le Klagende Lied de Gustav Mahler, le disque l’a déjà documentée cinq fois, mais jusqu’ici aucune version n’était parvenue à égaler celle, historique, de Jaroslav Krombholc avec le spectre infernal de Beno Blachut et la jeune fille que Drahomíra Tikalová transformait en héroïne d’un opéra de bel canto romantique.

Cornelius Meister dresse des paysages fantasques, anime l’orchestre de Dvořák en le parant de teintes expressionnistes annonçant Mahler, lecture fascinante qui enfin se hausse au niveau de celle de Krombholc pour la vision, mais aussi pour la poésie.

Simona Šaturová est admirable de ligne, de sentiment, le baryton, qui ne fait que commenter l’action avec le renfort des chœurs, fulgurant, mais la palme revient au spectre séducteur de Pavol Breslik, plus amant que fantôme. Peu importe, sa voix de miel et sa ligne mozartienne sont irrésistibles, on le suivrait jusqu’au bout de l’enfer.

Sortant de cette version magnifique, je m’aperçois justement que le prochain projet à paraître de Cornelius Meister sera justement le Klagende Lied … tout s’explique ! © 2017 ARTAMAG’




Laurent Bury
Forum Opera (France), July 2017

Le succès international du Stabat Mater valut à Dvořák de nombreuses commandes à honorer à l’étranger, et notamment en Angleterre. Dès 1883, Leeds lui réclama un oratorio et Birmingham eut droit en 1885 à la première hors Autriche-Hongrie d’une œuvre rebaptisée The Specter’s Bride dans sa version en anglais, mais pour laquelle le compositeur avait initialement choisi un poème en tchèque dû à Karel Jaromír Erben, intitulé Svatební Košile, autrement dit « Les chemises de la fiancée ». L’intrigue de ce conte fantastique rappelle beaucoup la Lenore de Gottfried August Bürger, ballade gothique qui fut en 1774 un des premiers grands succès du préromantisme, traduite dans de nombreuses langues et mises en musique par maint compositeur. Variante par rapport à la chevauchée de l’infortunée Lenore que son fiancé devenu spectre conduit au cimetière, l’héroïne imaginée par Erben est sommée par le cavalier de se défaire en cours de route de tout son bagage : son livre de prières, la croix de sa mère, jusqu’aux fameuses chemises qu’elle a cousues pour son trousseau. Une prière finalement prononcée lui permettra d’échapper à un séjour prolongé au royaume des défunts.

Bien que sa carrière ait Prague pour centre, Simona Šaturová est régulièrement invitée à Bruxelles : elle y a participé à plusieurs productions mozartiennes et fut en 2012 l’héroïne de la surfureuse Traviata montée par Andrea Breth. Dans sa première intervention, l’aigu forte paraît très tendu, et le vibrato semble déjà un peu trop prononcé ici et là. Cette mauvaise impression initiale se dissipe heureusement par la suite, et l’expressivité de l’artiste l’emporte, jusque dans sa prière qui permet le renversement final. Pavol Breslik est, lui, un spectre juvénile et tendre, extrêmement séduisant, à qui l’on donnerait le bon dieu sans confession. Ces qualités compensent la relative légèreté de la voix, pour un personnage où l’on peut imaginer des ténors plus lourds. Adam Plachetka complète harmonieusement cette distribution : la basse n’est ici que le narrateur de l’action et ne participe en rien. Alors que la soprano et le ténor dialoguent, il lui revient de commenter les incidents, avec le soutien du chœur. Il a néanmoins sa part des onomatopées et effets sonores dont le poème est émaillé, et c’est ici le diseur qui s’impose, autant que le chanteur.

Evidemment, même si l’œuvre est relativement peu familière hors de Tchécoslovaquie, elle est loin d’en être à son premier enregistrement. Plusieurs générations de grands chanteurs tchèques s’y sont illustrées : Eva Urbanová, Josef Protschka, ou Beno Blachut pour remonter aux gravures historiques. Sous la baguette experte du jeune chef allemand Cornelius Meister, l’Orchestre symphonique de la radio de Vienne distille des sonorités luxuriantes, et les choristes de la Wiener Singadkademie sont les protagonistes actifs qu’appelle la partition.

A noter que Martinů a lui-même composé en 1933 une Fiancée du spectre, pour le même effectif vocal et instrumental et d’après le même poème, mais qui ne dure qu’une petite demi-heure (c’était initialement la troisième partie de Spalícek). © 2017 Forum Opera (France)





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