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Jean Lacroix
Crescendo (France), April 2020

Après plusieurs CD consacrés à sa musique symphonique, concertante ou religieuse, ainsi qu’à un récital de lieder, le label Capriccio poursuit ses publications consacrées à Walter Braunfels, cette fois par des pages pianistiques. Né à Francfort-sur-le-Main, ce compositeur a grandi dans un milieu artistique et musical. Son père, journaliste, poète et traducteur, notamment de Don Quichotte, s’était converti au judaïsme. Le jeune Walter se lance très jeune à la conquête du piano pour lequel il écrit des morceaux dès l’âge de sept ans, faisant l’admiration d’un camarade de classe, le futur chef d’orchestre Hermann Abendroth. Bientôt, il sera le compagnon de jeu et de clavier de Percy Grainger dont la mère est venue s’installer dans la cité natale de Goethe. Braunfels est aux côtés de Hans Pfitzner, son aîné de treize ans, pour suivre les cours de James Kwast, pédagogue hollandais. En 1902, on le retrouve à Vienne où il étudie la composition avec Karl Nawratil et le piano avec Theodor Leschetitzky. Ce sera ensuite Munich avec Ludwig Thuille et Felix Mottl.

Nommé codirecteur de la Hochschule für Musik de Cologne, Braunfels est forcé de quitter l’enseignement en sa qualité de « demi-juif », lorsque le régime nazi prend le pouvoir. Il part s’installer d’abord à Godesberg, puis à Überlingen, sur une rive du lac de Constance, où il attend la fin de la seconde Guerre Mondiale, échappant à l’arrestation et mettant à profit cette période pour travailler. En 1947, il retrouve son poste au Conservatoire de Cologne où ses hautes qualités de pédagogue seront reconnues, jusqu’à son décès en 1954. Braunfels, qui fait partie de ces compositeurs classés sous la dénomination de « musique dégénérée », laisse une œuvre lyrique abondante, d’où émerge l’opéra Les Oiseaux, représenté avec succès à Munich en 1920, mais aussi de la musique symphonique, des concertos, des pièces sacrées, des lieder et des pièces pour piano, dont on trouve des exemples sur le présent CD Capriccio. Son esthétique est empreinte de classicisme à la viennoise et de romantisme wagnérien, mais elle est aussi proche de Richard Strauss et même, par certains côtés impressionnistes, de Claude Debussy.

Les partitions regroupées sur ce disque forment des ensembles de petites pièces disséminées au long de la carrière de Braunfels. Les Bagatelles pour piano seul datent de 1905 ; au nombre de neuf, elles ont un caractère ludique et sont caractéristiques du goût du compositeur pour le fantastique et l’humour grotesque. On y relève des emprunts à Beethoven et à Brahms, mais aussi de lointains échos de Bach et, plus proches, de Max Reger. Leur côté brillant et lyrique tout à la fois est servi de façon quelque peu tapageuse par Tatjana Blome, qui ne fait pas ici la démonstration d’un doigt léger. Capté de très près, le piano semble grossir maints traits, mettant plus l’accent sur la technique que sur le côté évocateur. La pianiste allemande, qui a pourtant gravé un programme convaincant de plusieurs œuvres avec orchestre du même Braunfels (Capriccio C5345), semble ne pas appréhender le côté divertissant qui se cache derrière les notes.

On la sent beaucoup plus à l’aise dans les cinq Petites Pièces pour piano à quatre mains des années 1920 ; le charme de ces études est bien rendu par les partenaires, le Berlinois Holger Groschopp apportant sa part d’équilibre à ces moments légers. Quant aux Variations sur un vieil air français pour deux pianos, parachevées lors de la période du lac de Constance, elles ont été ébauchées dès 1919 et terminées au milieu des années 1940. On reconnaît d’emblée le thème d’Au clair de la lune, qui va se développer au cours d’une vingtaine de séquences enlevées, modérées ou subtiles. Les deux pianistes ne donnent pas à ces pièces le poids qu’elles n’ont de toute façon pas et en dessinent les contours avec un dosage de nuances qui leur conviennent. Ce programme agréable et sans prise de tête vient compléter le portrait d’un compositeur dont l’intérêt essentiel se trouve ailleurs, dans le domaine lyrique et dans les compositions symphoniques. L’enregistrement a été réalisé à Berlin, mais en deux fois : en décembre 2016 pour les œuvres en duo, dans l’Ölbergkirche, et en février 2019 pour les Bagatelles dans la Jesus-Christus-Kirche. © 2020 Crescendo (France)





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