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Florent Coudeyrat
ConcertoNet.com, August 2015

Particulièrement reconnue à l’étranger pour son originalité, la musique d’Alfred Schnittke (1934–1998) reste encore assez méconnue dans notre pays en raison du mépris constant affiché, notamment, par le courant boulézien mais aussi de la suspicion longtemps entretenue envers un compositeur possiblement perçu comme un soutien au régime soviétique. Pour autant, ce compositeur russe issu de la minorité juive lettone ne cesse de surprendre par ses jeux constants sur la dissonance et la consonance, ses allers-retours entre atmosphères élégiaque et satirique, tout comme le mélange savoureux de citations et d’ironie si caractéristique de son œuvre.

A côté de ses nombreuses partitions sérieuses, dont les célèbres Concerti grossi, Schnittke s’est particulièrement illustré dans la musique de film avec plus de soixante-dix partitions, composées de 1963 jusqu’à sa mort, se partageant entre courts et longs métrages, ainsi que des documentaires. On retrouve la veine mélodique immédiatement accessible du compositeur, richement colorée autour de son talent d’orchestrateur, en un choix de dix musiques sélectionnées par le chef allemand Frank Strobel. Si les deux grands noms du cinéma de cette période, Andreï Tarkovski et Alexandre Sokourov, sont absents de la longue liste des personnalités avec lesquelles Schnittke a travaillé, on retrouve tout de même les noms d’Elem Klimow, ici doublement représenté sur un disque entier consacré au film Les Aventures du dentiste (1965) et au documentaire Sport, sport, sport (1970).

On décèle précisément dans ces deux œuvres tout le goût pour le coloris orchestral propre au natif d’Engels, faisant appel à des instruments inattendus, tels le tam-tam et l’accordéon autour d’une surprenante citation de Tchaïkovski dans Sport, sport, sport, avant de basculer vers un tango à la Piazzolla – lui-même rapidement bousculé par l’irruption de la guitare électrique... Ces surprises ne confinent pas à l’effet permanent tant Schnittke sait varier son inspiration, trouvant davantage de légèreté avec Les Aventures du dentiste, où flûte et guitare apportent un éclairage évanescent – à la limite du maniérisme avec l’apparition du clavecin. On décèle là l’influence d’un Stravinski néobaroque en un mouvement lent qui évoque aussi Pachelbel.

Si certaines musiques de film apparaissent plus faciles d’accès avec leur souffle épique teinté de lyrisme, tels les deux films réunis sur le troisième disque, Rikki-Tikki-Tavi (1976) d’Alexander Sguridi et Le Conte de fées des errances (1982–1983) d’Alexander Mitta, elles montrent aussi l’apparition d’instruments typiques de leur époque – la batterie ou le synthétiseur. Œuvres de commandes, ces partitions ont aussi eu la particularité d’être réutilisées de très nombreuses fois par Schnittke pour ses «œuvres sérieuses». Un véritable laboratoire musical d’où l’on pourra percevoir les thèmes présents dans la Deuxième Sonate pour violon ou le Premier Concerto grosso.

Parmi les influences marquantes, celle de Chostakovitch se décèle dans le film d’Alexander Askoldow La Commissaire (1967), Ours d’argent à Berlin en 1988 suite à sa sortie sur les écrans occidentaux. La parodie grotesque de la danse de mariage apparaît ainsi percutante, tandis que les passages suivants, plus verticaux aux percussions, contrastent avec l’inspiration folklorique. La danse apparaît également omniprésente dans Clowns et enfants (1976) d’Alexander Mitta et le bien nommé La Valse (1969) de Viktor Titow, mais c’est surtout L’Harmonica de verre (1968) d’Andrei Khrzhanovsky qui permet à Schnittke de surprendre par sa capacité à créer des ambiances curieuses, proches de Varèse ou du bruitage. Ce climat fantastique se retrouve également dans L’Ascension (1976) de la regrettée Larissa Schepitko, où le superbe crescendo initial, sombre et inquiétant, évoque le Sibelius de la Septième symphonie tout en annonçant le John Adams de Harmonielehre par son minimalisme enivrant.

Ce coffret comblera autant les amateurs de musiques de film que les curieux d’un compositeur à l’inspiration aussi riche que protéiforme, porté par le geste attentif et précis d’un Frank Strobel remarquable. Une belle découverte. © 2015 ConcertoNet.com





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