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Jérémie Bigorie
ConcertoNet.com, May 2017

Comme souvent avec Alfred Schnittke (1934–1998), les époques se télescopent; ainsi de la Suite dans le style ancien: celle de la composition (1972), celle de l’arrangement pour orchestre de chambre, dû à Vladimir Spivakov et Vladimir Milman (1991), et celle du style dit «ancien», qui nous renvoie en réalité au début du XXe siècle. La «Pastorale» laisse la part belle aux bois tandis que le «Ballet» s’approche davantage de l’esprit de la Symphonie «Classique» de Prokofiev auquel le clavecin, très apprécié du compositeur, apporte sa touche d’incongruité. Le solo du hautbois («Menuet») se souvient des concertos élégiaques de Cimarosa et Bellini avant la «Pantomime» finale, délibérément décalée par rapport aux autres mouvements.

Œuvre de transition, la Sonate pour violon de 1963 montre Schnittke aux prises avec ses illustres aînés (Bartók et Chostakovitch surtout). Dans sa version élargie pour orchestre de chambre (1968), elle témoigne de sa technique polystylistique qui sera sa marque de fabrique au tournant des années 1970, telle l’intrusion du clavecin dans la trame orchestrale, d’un rythme de valse, voire des scansions rythmiques verticales à la Stravinsky.

Des quatre concertos pour piano du compositeur, celui désigné comme Concerto pour piano et orchestre à cordes (1979) demeure le plus célèbre. Il commence par une longue introduction lente, à laquelle succède une espèce de choral liturgique orthodoxe contrarié par des motifs rythmiques narquois—à la manière de Prokofiev—avant le tonitruant climax. On compte aujourd’hui de nombreux enregistrements de l’œuvre, dominés par les versions de Denys Proshayev (Piano Classics), Roland Pöntinen (Bis) et Viktoria Postnikova (Apex). Alexander Ghindin et Vladimir Spivakov en livrent une interprétation puissamment charpentée, fidèle en cela aux desiderata de Schnittke, qui n’hésite pas à demander un son rond et voluptueux jusque dans des harmonies particulièrement dissonantes.

Dédiés à Vladimir Spivakov, les Fragments d’après des peintures de Jérôme Bosch (1994), l’une des dernières œuvres d’un Schnittke hanté par la mort, sont écrits pour ténor, violon, trombone, percussion, clavecin et cordes. On ne peut s’empêcher de dresser un parallèle avec la Suite sur des paroles de Michel-Ange Buonarotti (1975) de Chostakovitch. Introverti, dépressif, le climat ménage toutefois quelques bribes mélodiques au ténor et d’énigmatiques cadences pour trombone.

Comptant parmi les compositeurs vivants les plus joués en son temps, Schnittke semble connaître aujourd’hui sa traversée du purgatoire. Il est vrai que son héritage se révèle avec le recul plus problématique à appréhender: sa faculté à jongler avec les époques et les styles, pour habile qu’elle soit, pèche parfois par la gratuité des collages. Ce programme publié dans la collection économique («Encore») de Capriccio et défendu avec conviction par un proche du compositeur en offre en tout cas un pertinent aperçu. © 2017 ConcertoNet.com





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