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Jean-Charles Hoffelé
ARTAMAG’, December 2015

DEBUSSY, C.: Children's Corner / Images, Book 2 / Préludes, Book 2 (Dalberto) AP111
DEBUSSY, C.: Piano Music, Vol. 4 (Korstick) CD93.337

Michel Dalberto s’élance dans Children’s Corner tel un danseur, une arabesques de sons en pleins et en déliés jouant avec la mesure, colorant les apartés, rêvant et racontant, tout un livre d’images qui s’ouvre soudain, vibrant au grand air.

Le pianiste parisien a fêté le 2 juin dernier ses soixante ans. L’âge de raison ? L’âge de la liberté qui le porte loin du répertoire où il s’était majoritairement illustré jusque là au disque—ses premières Sonates de Beethoven chez Erato, jamais rééditées, ses Schubert chez Denon surtout sont demeurés inaltérés. Le voilà lancé dans un cycle français enregistré live.

Premier volet chez Debussy—Children’s Corner, seconde série d’Images, deuxième Livre de Préludes. Dalberto fait écho à un disque publié en 1998 par RCA et passé relativement inaperçu où déjà, il osait dans les premiers Livres des Images et des Préludes des accents, des phrasés d’une invention péremptoire surprenante. Ce Debussy dérangeait, il n’a rien cédé de son incroyable aspect improvisé où se cache une maîtrise pianistique insensée.

Les années passant, ce piano clair où tout s’entend (dans les deux acceptations du verbe) s’est paré de couleurs supplémentaires, où bien est-ce l’acoustique élégante et lumineuse du Teatro Bibiena de Mantoue où s’épand la vaste sonorité de ce très vivace Fazioli ? Quoi qu’il en soit, la franchise du ton, le grand son, les accents si affirmés, tout cela m’évoque la manière sans fard, allant droit dans le texte debussyste qu’y mettait Aldo Ciccolini dans ses dernières années : on leur trouvera bien des affinités en comparant leur Deuxième Livre de Préludes respectif, en cherchant pour Ciccolini l’enregistrement en concert au Sumida Triphoni Hall de Tokyo le 12 octobre 2003 publié par Camerata où il joue également un Fazioli.

Si Children’s Corner est désarmant par ses audaces mêmes, si le second Livre des Images fait entendre des évidences dans les contrechants et les délitements de l’harmonie que peu de pianistes ont su montrer, le sommet du concert reste le Deuxième Livre de Préludes : cette plénitude dorée, ce ton ample, ces phrasés tellement assumés, comme sculptés, cette pâte d’orchestre—écoutez seulement la habanera de La Puerta del vino—tournent le dos à un Debussy de la suggestion.

Tout le cycle est un voyage alternant des paysages et des impressions, passant du concret au secret pour finir par trois abstractions sidérantes—le poème de Canope, avec sa question de sphinx, le mouvement perpétuel des Tierces alternées jouées « modérément animé » comme le demande le compositeur, ce qui permet à l’épisode central de faire rayonner ses formules énigmatiques, et Feux d’artifice, un Seurat, une description pointilliste d’une précision sonore bluffante. La série annonce Franck, Fauré et Ravel, un disque par compositeur. Espérons qu’on aura les Miroirs selon Dalberto. Et qu’il reviendra à Debussy !

Michael Korstick quant à lui en est au quatrième volume de son intégrale—un cinquième suivra avec les Etudes et des pièces rares. Il articule son programme autour des deux suites : son Children’s Corner fluide et rêveur, de pure tradition, baignée d’une pointe de romantisme, sonne comme le contraire absolu de celui de Dalberto, mais si bien fait, si ductile, si poétique que j’en redemande.

La Suite bergamasque, vrai trésor du piano debussyste dont on ne donne que l’admirable Clair de lune, le trouve désarmant d’attentions, d’apartés tendres, il la joue dans l’esprit des clavecinistes français, très en lumière, très dansée, c’est un Watteau, cela me fait fondre.

Les Estampes sans aucun sfumato, cela est si rare qu’on ne peut-être que surpris. Les exposer sous une telle lumière me laisse incertain. Mais évidemment Pour le piano traité de cette manière résonne comme un manifeste.

Beaucoup de licence dans les Arabesques, et de délicatesse aussi, comme un exact portrait du jeune Debussy, clavier caressé comme pour la Rêverie. Une Danse bohémienne très pièce de caractère vous a un coté canaille soudain, des coups de croupe à la Chabrier, simplement irrésistible. Itou pour la Mazurka et la Valse romantique.

Que d’esprit, il faudrait bien qu’il nous croque les Pièces pittoresques ! Ah mais ça c’est une idée ! Monsieur Korstick, à votre Chabrier, s’il vous plaît ! © 2015 ARTAMAG’





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