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Album Reviews



 
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Didier van Moere
Avant Scène Opéra, November 2016

Tout commence par la fin, comme si l’on revivait les événements : la production liégeoise de Stefano Mazzonis di Pralafera est conçue comme un récit rétrospectif, à l’image du roman de l’abbé Prévost. On suit l’itinéraire de Manon comme on feuilletterait un album de cartes postales ou un livre d’images, qui constituent le décor de l’opéra. Des costumes d’époques différentes donnent à l’histoire une sorte d’actualité permanente : on reste toujours plus ou moins dans le vingtième siècle, ce qui fait du « sphinx étonnant » une femme proche de nous. Rien de révolutionnaire ici ? Tel n’est pas le propos du metteur en scène, directeur de la maison, très éloigné de tout concept façon Regietheater. Cela donne une production bien faite, une direction d’acteurs traditionnelle, un premier degré assumé. Si l’on a évidemment connu plus stimulant pour l’esprit, on ne boude pas son plaisir.

Lequel vient d’abord d’Annick Massis, même si la voix s’est légèrement patinée. Trouverait-on aujourd’hui articulation meilleure, équilibre plus subtil entre le chant et la déclamation, interprétation plus juste et plus fine ? Au deux premiers actes, cette Manon en perruque blonde n’a jamais la fraîcheur mièvre, elle mûrit ensuite pour aller vers son destin : magnifique incarnation. Elle aurait mérité Chevalier mieux assorti que le Des Grieux d’Alessandro Liberatore, émission serrée, français à la napolitaine, chant également exotique : malgré la générosité du timbre et de la composition, il y a erreur sur le répertoire et cela passe mal au sein d’une distribution homogène assez bien adaptée aux canons du style français, en particulier le cousin et le père. On trouvera seulement le Lescaut de Pierre Doyen encore un peu vert et le Comte de Roger Joakim encore un peu léger et barytonnant.

Efficace, Patrick Davin a affiné sa direction depuis ses Manon genevoises de 2004. Mais si elle témoigne d’un sens certain du théâtre, elle reste souvent assez prosaïque, alors qu’on aimerait par exemple des couleurs plus subtiles. Il a choisi la version avec récitatifs chantés au lieu des dialogues, ce qui dénature un peu l’esprit de l’opéra-comique mais nous épargne peut-être ici ou là une défiguration de la langue et de la prosodie françaises. Les deux derniers actes s’enchaînent ainsi sans le dialogue entre Des Grieux et Lescaut. © 2016 Avant-Scène Opéra



Pierre Degott
ResMusica.com, September 2016

Dans un rôle qui lui va comme un gant, Annick Massis illumine de sa présence vocale une mise en scène plutôt inventive, mais malheureusement desservie par la captation vidéo.

Initialement conçue en 2012 pour June Anderson, laquelle avait fini par se désister, cette production liégeoise de la Manon de Massenet fut reprise en 2014 à l’intention d’Annick Massis. C’est incontestablement la présence de la grande soprano française qui fait tout le prix de ce DVD, dont la bande-son a également donné lieu à un album CD peut-être préférable à la version vidéo.

Si la mise en scène de Stefano Mazzonis di Pralafera ne manque pas d’idées, notamment celle qui consiste à concevoir l’opéra comme la lecture rétrospective par l’héroïne des grands moments de sa vie, la captation-vidéo de Jacques Croisier manque malheureusement de transparence et de lisibilité. Du coup le concept qui consiste à voir les scènes de l’opéra comme autant de pages d’un grand livre d’images s’en voit quelque peu affaibli. L’utilisation du gros plan, par ailleurs, n’arrange pas certains interprètes parfois affublés de costumes incongrus ou décalés : Manon revêtue d’un tablier de soubrette ou d’un manteau de fausse fourrure digne de Cruella d’Enfer dans Les 101 Dalmatiens ; Guillot de Morfontaine en chef de gang… Mais si les costumes visent à cultiver la dimension intemporelle de l’œuvre, le cadre de référence de cette dernière serait plutôt la Belle-Époque, ce qui convient tout à fait à l’esthétique générale de l’œuvre. On notera ainsi, malgré d’inévitables anachronismes—la présence de la bouche de métro lors de la scène du coche–, la réussite de plusieurs tableaux habilement mis en place, notamment la scène de Saint-Sulpice ou encore celle de l’hôtel de Transylvanie. Dans les deux cas on y retrouve sous une forme détournée la fameuse « petite table » de l’acte 2, lien iconique entre les grandes étapes du parcours de la malheureuse héroïne.

Le plateau est dans l’ensemble de qualité moyenne, et le français de certains interprètes plus qu’approximatif, notamment chez les ténors. Parmi ces derniers, Alessandro Liberatore est doté d’une voix riche et solaire, mais le style, l’élégance et la souplesse font parfois défaut. Chez les voix graves, on préfèrera le Lescaut léger et juvénile de Pierre Doyen, Roger Joakim n’ayant pas véritablement les notes graves de Des Grieux père. Souveraine en Manon, Annick Massis maîtrise tous les aspects contradictoires de son rôle. Mutine et coquette à l’acte 1, émouvante au 2, éblouissante au Cours-la-Reine et perverse comme il se doit à Saint-Sulpice, elle domine sans embûches les ensembles de l’acte 4 pour monter, amoureuse sublimée, vers de nouveaux sommets au 5. Il était temps que cette prise de rôle relativement récente (Rome en 2010) soit immortalisée pour les générations à venir. À la tête d’un orchestre un rien routinier, Patrick Davin donne vie et corps à l’instrumentation de Massenet, dont il souligne l’efficacité et la subtilité.

Une mise en scène qui ne fera pas date, donc, mais une incarnation vocale qu’il était indispensable de préserver. © 2016 Resmusica.com





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