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Louis Bilodeau
Classica, September 2019

DONIZETTI, G.: Elisabetta al castello di Kenilworth [Opera] (Fondazione Teatro Donizetti, 2018) (NTSC) DYN-37834
DONIZETTI, G.: Elisabetta al castello di Kenilworth [Opera] (Fondazione Teatro Donizetti, 2018) (Blu-ray, HD) DYN-57834
DONIZETTI, G.: Elisabetta al castello di Kenilworth [Opera] (Pratt, Remigio, Anduaga, Pop, Donizetti Opera Choir and Orchestra, Frizza) CDS7834.02

Avant d’entamer sa « trilogie Tudor », Donizetti avait fait apparaître la reine Élisabeth Ire dans un premier opéra de 1829. C’est cette oeuvre, révisée l’année suivante sous le titre Elisabetta al castello di Kenilworth, que nous propose en grande première vidéographique le Teatro Sociale de Bergame. Pari gagné pour les artisans de cette reprise : le drame prend vie grâce à une interprétation haletante dirigée par Riccardo Frizza et, en dépit de chanteurs parfois mis à mal par les périls de la partition, suscite un intérêt constant. Carmela Remigio se coule avec délectation dans le chant très orné de Donizetti et inspire la plus grande commisération en épouse sacrifiée par son mari sur l’autel de l’ambition politique. Celui-ci est campé par un Xabier Anduaga inégal vocalement, mais très crédible dans ses doutes et sa veulerie. Le traître Warney est campé par le ténor Stefan Pop, qui fait oublier un chant un peu fruste par ses talents d’acteur. Royale, l’Elisabetta de Jessica Pratt nous ravit par une virtuosité ébouriffante dans les notes suraiguës données pianissimo. Sur un plateau presque dénudé où se détachent de magnifiques costumes de style élisabéthain, Maria Pilar Pérez Aspa se contente d’une mise en place assez rudimentaire. © 2019 Classica




Chantal Cazaux
Avant Scène Opéra, May 2019

Huit ans avant Roberto Devereux (Naples, 1837, livret de Salvatore Cammarano), Donizetti mettait une première fois en musique l’inclination d’Elisabetta pour son favori Leicester, sur un livret d’Andrea Leone Tottola d’après Kenilworth de Walter Scott (1821, qui avait entre-temps inspiré Auber). Il castello di Kenilworth est créé à Naples, déjà, en 1829 (Donizetti est alors directeur des théâtres lyriques de la ville) et, contrairement à Roberto Devereux, fait la part belle à Leicester tandis qu’Elisabetta y apparaît tardivement (à partir du finale primo) : son ambition politique (gagner le trône en se conciliant la reine), son secret familial (il est marié à Amelia qu’il cache de son mieux), son faux ami Warney (qui veut tuer Amelia à défaut de la posséder) sont au centre du propos. Le happy end final témoigne d’une époque où le melodramma italien est encore tributaire de conventions classiques. Donizetti reverra sa partition en 1830 sous le titre Elisabetta al castello di Kenilworth (avec un Warney désormais baryton).

C’est la version originale de 1829 qu’a choisi de monter le Festival Donizetti 2018 de Bergamo, celle qui affiche le plus clairement sa filiation rossinienne grâce à l’utilisation « rivale » des deux ténors Leicester et Warney. Le premier avait été créé par Giovanni David ; Xavier Anduaga s’y montre très (trop) juvénile de timbre et d’allure (ce qui pourrait servir une facette du personnage mais crée ici un déséquilibre réel), d’un idiomatisme pour le moins fluctuant (accent audible), et assez extérieur théâtralement. Il contraint par ailleurs Riccardo Frizza, pourtant tout à son affaire (chœurs et orchestre sonnent très honnêtement), à des tempi de cabalette particulièrement prudents. Le second fait plus d’effet : un Stefan Pop qui, s’il manque de grave, possède la noirceur propre à son rôle de « méchant » et une indéniable autorité d’intention et de présence. Face à ces deux ténors, Donizetti aménage une confrontation de sopranos comme il les aimera désormais souvent : Carmela Remigio, théâtralement investie, ne remplit pour autant pas toute la dimension de bravoure effrénée de son premier air, tant son fiorito paraît efforcé ; son air du III (avec harmonica de verre) est mieux assumé. Mais elle doit s’incliner devant le panache jusqu’au-boutiste (y compris vocalement) de Jessica Pratt, Elisabetta très construite (tour à tour féminine et dévorante, tendre et vengeresse) qui prend des risques dans les passages les plus dramatiques (grave bramé, au risque d’affaiblir un médium qui paraît bien fragilisé parfois) et se lâche dans une furia d’aigus et suraigus ravageurs.

Si la direction d’acteurs de Pérez Aspa est bien relâchée (les chœurs ne savent où concentrer leur regard, les protagonistes sont un peu en roue libre), Pratt à elle seule fait surgir de l’électricité en scène—et c’est bien là que pose problème la transparence de son Leicester du moment. Mais dans la scénographie lisible et efficace d’Angelo Sala et Ursula Patzak (croisant sans prétention la Renaissance et le contemporain sur un plateau-échiquier qui concentre intelligemment l’espace et les rapports de pouvoir), élégante même, il passe parfois un souffle que reconnaîtront les amoureux des reines Tudor donizettiennes. © 2019 Avant Scène Opéra





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