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Album Reviews



 
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Pianiste Magazin, July 2015

Fastes et éclats rutilants d’un postimpressionnisme tirant sur le fauvisme, acrobaties transcendantes et lisztiennes (un Liszt revisité par Skarbo) ou eau-forte à la pointe sèche d’une svelte polyphonie (Suite, Inventions) : ces musiques admirablement écrites pour l’instrument sont de grand piano au plein sens du terme. Elles exigent puissance, virtuosité, couleur et subtilité de timbre ainsi qu’une précision rom pue à toutes les embûches de la grande vélocité. Olivier Chauzu joint à ces qualités une belle et instinctive musicalité et un sens poétique que l’on mesurera à l’aune de l’admirable Chant de la mer. Ce vaste triptyque est un sommet du piano français digne de Gaspard de la nuit. Olivier Chauzu sait en effet faire chanter les réverbérations d’accords du prélude avec une largeur qui ouvre des perspectives sur le grand large restées insoupçonnées de ses deux prédécesseurs Marie-Catherine Girod et Stéphane Lemelin. Dans Clair de lune au large, il resserre imperceptiblement le tempo, conférant ainsi aux tristanesques effusions de ce nocturne l;indispensable cohérence mélodique sans en sacrifier pour autant l’oppulence harmonique. Dans le finale (Tempéte et lever du jour sur les flots, considéré par Cortot comme le sommet absolu du piano français avec Skarbo), il triomphe du maelström sonore submergeant l’ivoire de colossales montagnes écumantes, avant de laisser s’épanouie, une fois le calme revenu, l’immense hymne au soleil, resplendissant des éclats d’une étincelante virtuosité qui laisse l’auditeur aveuglé, le cœur battant. Ainsi l’emporte-t-il sans peine sur ses deux excellents prédécesseurs, par son panache, son impeturbable sang froid au milieu des éléments déchaînés et un engagement total par instant voisin de l’héroïsme. Ces qualités magnifient l’ardent Nocturne à la texture tout orchestrale (c’est la transcription par l’auteur du poème symphonique Nuit, qui connut son heure de gloire avant de tomber scandaleusement dans l’oubli). Olivier Chauzu le clame avec force dans cette remarquable réalisation : il est urgent de réhabiliter notre belle musique française ! © 2015 Pianiste Magazin




Fran├žois Laurent
Diapason, June 2015

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Michel Fleury
Classica, May 2015

Olivier Chauzu le clame fort dans cette réalisation de l’œuvre pour piano de Samazeuil : il est urgent de réhabiliter la musique française ! © 2015 Classica



Christophe Huss
Le Devoir, April 2015

Le nom de Gustave Samazeuilh n’est pas tout à fait inconnu ici, puisque Stéphane Lemelin s’est intéressé à ce compositeur en 2000 pour Atma. Olivier Chauzu grave une intégrale complète, ajoutant Chanson à ma poupée et un très substantiel Nocturne de 1938, qui ouvre le disque. Samazeuilh est une sorte d’épigone de Claude Debussy. En tant qu’ami de Ravel, il est réputé avoir été le premier à entendre le thème du Boléro ! Le disque, superbe, d’Olivier Chauzu est passionnant pour qui s’intéresse à la musique française de la première moitié du XXe siècle. © 2015 Le Devoir




Sylviane Falcinelli
www.falcinelli.org, April 2015

Gustave Samazeuilh (1877–1967) compta comme l’un des critiques musicaux et musicographes français les plus estimés au XXème siècle. Sa fréquentation précoce des compositeurs majeurs, étayée par une attentive compréhension et une savante perspicacité, lui valut d’établir avec eux des liens de confiance et de les servir par sa plume d’écrivain mais aussi de transcripteur. La dimension créatrice de sa vie musicale reflua néanmoins vers l’ombre, et seuls quelques courageux artistes habitués à défendre les oubliés de l’histoire redonnaient de loin en loin telle de ses œuvres (Marie-Catherine Girod, Stéphane Lemelin), mais une intégrale de son corpus pianistique manquait à la discographie. Confiée à un musicien au tempérament passionné, qui donne corps et sang à tout ce qu’il touche, celle-ci révèle une identité, certes influencée par les grands courants de la musique française, mais dotée d’une fibre évocatrice qui enchantera les auditeurs. On lit ici ou là les supputations des commentateurs cherchant plus ou moins vainement à rattacher Samazeuilh, qui au mouvement scholiste dont il retira certes une efficace maîtrise de son artisanat, qui au courant franckiste dont sa fréquentation de Chausson le rendit familier, qui à Debussy et Ravel dont il fut proche. Mais cette manie de la catégorisation n’aboutit qu’à lui nier une individualité pourtant bien réelle. La vérité serait plutôt que Samazeuilh sut effectuer une intéressante synthèse, butinant à diverses esthétiques de son temps qu’il analysait finement, à l’instar de tous les compositeurs ne se rangeant pas dans la catégorie des « inventeurs » mais dans celle des « assimilateurs », pour reprendre la classification établie par Norbert Dufourcq (celui-ci, qui détestait Wagner et idolâtrait J.S. Bach, rangeait le premier au nombre des « inventeurs » et le second dans la catégorie des « assimilateurs de génie », ce qui dit bien que sa distinction, fort pertinente, n’engageait aucune hiérarchie des valeurs).

En suivant pas à pas le parcours du disque, guidés par l’excellente notice de Gerald Hugon, on verra l’influence de Debussy nous titiller l’oreille de façon récurrente, ne serait-ce que parce que Samazeuilh aime les évocations marines, et qui dit “mer” dit Debussy, n’est-ce pas…

Seul véritable inédit au disque, Nocturne, adaptation pianistique (1938) du poème pour orchestre Nuit (1924), pose d’entrée toutes les qualités qui nous feront aimer ce qui suivra : si le miroitement poétique impressionniste doit beaucoup à Debussy et Ravel, la respiration qui emporte l’imaginaire vers la houle des passions épouse un mouvement propre à son auteur. Olivier Chauzu vibre en symbiose avec ce flux qu’il entoure d’un rubato rêveur et d’une pédalisation généreuse. Changement de décor avec une Suite à la française (1902, révisée en 1911) que l’on serait bien imprudent de raccorder à une quelconque tentation néo-classique, comme le montre un Prélude fondé sur la richesse des résonances de l’instrument ; le compositeur semble par moments jouer avec les canons des danses baroques (Française, Musette) comme on joue à la poupée (pardon ! c’est sa pièce pour enfants, l’affectueuse et délicate Chanson à ma poupée de 1904, qui m’inspire cette comparaison), mais il ne faut pas s’y fier : il pimente la Sarabande d’insolites altérations, et le bondissant Divertissement trouverait bien sa place parmi de caustiques airs d’opéras, dans la veine de certaine Chanson de la puce ! La Forlane préfigure celle de son ami Ravel (Le Tombeau de Couperin : 1914- 17), avant de conclure en brillante toccata. Olivier Chauzu se montre tendrement attentif à ciseler ces miniatures.

Ravel, précisément, reconnaissait l’antériorité d’un motif des Naïades au soir… (1910) sur un thème de Daphnis et Chloé dont la genèse l’occupa jusqu’en 1912 (une dédicace du musicien basque, citée dans le livret, le dit expressément). Certes, quelques vagues debussystes caressent aussi les corps des gracieuses divinités, mais la générosité de la texture sonore—à rapprocher du futur Nocturne—manifeste clairement la patte de Samazeuilh. Osera-t-on écrire—facilité coupable, je le reconnais—qu’Olivier Chauzu y évolue comme un poisson dans l’eau ?

Les trois brèves Inventions (vers 1904) enchaînées s’amusent astucieusement à jongler avec les règles du contrepoint classique en hommage à Bach. Tandis que les tardives Esquisses (1944) se concentrent sur des problématiques plus pianistiques : la première, d’une noble gravité, frappe par une splendeur sonore remarquable—à laquelle l’interprète prend toute sa part—prouvant que la palette debussyste a rejailli sur quelques beaux fruits ; la deuxième déroule un moto perpetuo plein d’esprit ; la troisième recourt à la seule main gauche, même si elle ne renouvelle guère le genre du point de vue pianistique, mais elle multiplie les clins d’oeil à l’Espagne ; la dernière, au contraire, échoit à la seule main droite et revient aux couleurs debussystes.

L’ultime pièce écrite par Samazeuilh pour le piano, Évocation (1947), semble reparcourir ses amours passées : un lyrisme teinté de wagnerisme débouche sur des beautés harmoniques comme en suspension, qui proviennent du legs debussyste.

Enfin, le chef-d’œuvre : un triptyque (tiens, tiens !) intitulé Le Chant de la Mer (1918–19) ; le propos est pourtant bien personnel, et distinct des peintures si suggestives laissées par Claude de France. Dès le Prélude gravement méditatif, Samazeuilh semble se livrer à une émouvante réflexion sur les drames humains que la mer peut engendrer dans la vie des marins. Le deuxième morceau, orthographié Claire de lune au large sur le sommaire du disque (hum, hum !), reste d’une expression très intériorisée malgré la richesse de l’écriture sur laquelle passent d’inévitables reflets debussystes. Le troisième et le plus long, Tempête et lever du jour sur les flots, réussit un tableau franchement impressionnant : la menace sourd des grondements graves du piano puis submerge tout le clavier (dire que le pianiste en a plein les pattes n’est pas ici une figure de style !) ; encore une fois, les drames humains chargent cette évocation d’une densité poignante, et j’ai pensé, en l’écoutant, aux salles remémorant les naufrages dans le Musée Maritime de Ramsgate ainsi que lors d’une exposition dans la maison de Charles Dickens à Broadstairs (Margate) ; puis les gerbes de glissandi qui éclairent le somptueux lever du jour—lequel s’efforce de ne point rappeler celui de Daphnis et Chloé—empruntent encore une fois aux couleurs debussystes.

Olivier Chauzu accède ici à des sommets : il nous bouleverse par son toucher pénétrant et son osmose avec les tréfonds traversés dans le premier volet, conduit le pianisme du deuxième à une envoûtante plénitude, et nous éclabousse d’éléments déchaînés dans le troisième.

Efficacement piloté par le pianiste, Luc Baiwir, cette fois, n’a pas placé ses micros “sous le capot” et, même si sa prise de son n’égale pas encore les meilleures, elle respire autrement mieux que celles si souvent sorties du studio de Tihange.

On l’aura compris, il y a là quelques trésors merveilleusement poétiques qui renouvelleraient les programmes de concert et feraient forte impression sur le public : espérons que les organisateurs sauront inviter Olivier Chauzu à chanter la mer sous tous les horizons ! © 2015 www.falcinelli.org





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