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Album Reviews



 
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Emilie Munera
En pistes !, April 2016

On vient de recevoir la suite d’une intégrale signée Nicolas Horvath dont on vous avait dit beaucoup de bien l’année dernière et vous allez vois que ce nouvel opus ne déçoit pas dans l’interprétation, on peut discuter de la musique mais pas de l’interprétation, et ce sont les études que l on entend ici, 20 études au total reparti en deux livres.

Et c’est toute la difficulté quand on écoute les 20 études, elles sont écrite dans la même veine, il y a un socle commun, mais avec toujours des différences, et j’imagine que pour les identifier ou en tout cas donner une personnalité une identité, ça doit être très difficil.

Nicolas Horvath, c’est le deuxième volume qu’il consacre à l œuvre pour piano de Philip Glass, et c’est certainement une intégrale de sa musique qui va devenir une référence. © 2015 En pistes !



Loïc.P
Silent City, October 2015

Paru sous le label Grand Piano début septembre, Glassworlds 2 vient nous plonger dans les études complètes de Philip Glass, interprétées par Nicolas Horvath. Si le nom vous est familier, c’est que j’avais déja fait un article sur lui, juste ici, avec notamment les études en live et Glassworlds 1. Alors pourquoi faire deux articles si proches me demanderez vous…Parce que quand un album est excellent, je me dois d’en parler.

Suis-je totalement objectif ? Peut être pas, étant emerveillé pas la musique de Glass depuis longtemps et comprenant la manière de jouer de Nicolas Horvath, il est assez difficile de juger de manière totalement impartiale.

“Maintenant, si on les écoute toutes ensembles, elles constituent presque une sorte d’autoportrait” nous indiquait Glass. Et c’est exactement ce que l’on ressent : un condensé de sa musique, de son histoire, de son talent. Tout cela raconté par un interprète qui connait parfaitement sa musique. Nicolas Horvath nous raconte Philip Glass à sa manière, loin, très loin des interpretations sages que l’on connait.

Il s’en défend d’ailleurs dans son livret, conscient que son jeu si vif pourrait en déranger certains, en citant le compositeur: “Je ne peux imposer à personne la façon de les jouer [la musique des Études], et il est évident qu’ils ne les joueront pas à cent pour cent. J’ai veillé à indiquer les tempos que j’utilise, mais cela m’étonnerait que quelqu’un s’y tienne rigoureusement. Ce n’est pas comme ça que les pianistes abordent la musique, et dans un certain sens, ils ont raison”.

Nicolas Horvath ne dénature pas les études, il leur en donne une nouvelle dimension. Habitué à être dans une bulle envoutante, presque un cocon, en écoutant du Glass, cela est complétement balayé pour laisser place à un ensemble impétueux. Comme si N.H. voulait nous sortir de l’image monotone et simpliste que peuvent avoir les détracteurs du compositeur.

Je ne vais pas m’étendre sur les études une par une car chacun ressentira quelque chose de différent. Il y en a évidemment certaines incontournables, comme la 1, très virtuose; la 6 d’un dramatique sans équivalence ou encore la 17, à l’allure d’épopée…

C’est un album puissant, qu’il vaut mieux écouter dans l’ordre, pour observer l’évolution du compositeur au fil du temps (le livre I et II ayant des années d’écart). On y retrouve du romantisme, de la mélancolie, du drame, de la passion…Un panel d’émotions changeant toutes les 4 minutes. Si je devais résumer grossièrement, le Livre I est plus tourné vers l’émotion, le II étant plus fougueux.

Je pourrais vous en faire l’éloge encore longtemps, seul le fait que vous l’écoutiez me rendra heureux. Heureux d’avoir pu vous faire découvrir le talent de deux grands artistes réunis le temps d’une collection, les Glassworlds. © 2015 Silent City



Dionys
Inactuelles, musiques singulières, September 2015

Pour le deuxième volume de son intégrale des œuvres du compositeur américain Philip Glass, le pianiste Nicolas Horvath a choisi de présenter l’intégralité des vingt études pour piano, composées entre 1991 et 2012, réparties en deux livres de dix études, le second plus long de quelques minutes. C’est l’occasion pour l’amateur de découvrir Philip Glass tel qu’en lui-même, par -delà une certaine image qu’il a lui-même contribué à forger, celle d’une complaisante facilité. Pour avoir moi-même, voici quelques mois à peine, écouté en concert Philip Glass interpréter en concert quelques-unes d’entre elles, j’étais “préparé” à ce choc qu’est l’écoute de ces vingt pièces, mais je ne m’attendais pas à l’ampleur de la révélation. J’avais constaté déjà l’inventivité du cycle, également goûté l’humour, l’humanité de Glass, sa simplicité lorsqu’il parlait de lui-même, de ses œuvres. Je découvre ici ce qu’il convient d’appeler un poète visionnaire du piano, son instrument de prédilection qu’il approfondit en France avec Nadia Boulanger après avoir étudié aux États-Unis notamment sous la férule de Darius Milhaud. Il faut mentionnner aussi, bien sûr, la rencontre déterminante avec Ravi Shankar, qui donne à sa musique cette dimension de chant lyrique débordant. C’est une musique qui emporte, qui touche, sans se soucier des étiquettes : minimaliste, romantique, classique, elle jaillit avec une naïveté et une force que rend à merveille son interprète. Nicolas Horvath porte cette musique de toute sa fougue, de tout son amour pour le compositeur, et cela s’entend. Il est ce qu’il joue, passionnément, entièrement.

La première étude sonne comme du pur Glass, à la fois par la mélodie et le flux. On reconnaît sa marque de fabrique, mais on est séduit par la variété mélodique, la complexité du contrepoint. Menée allègrement, c’est une étude virtuose, presque étourdissante, dansante. La deux m’a surpris : les premières mesures m’ont rappelé irrésistiblement l’une des plus belles pièces pour piano du vingtième siècle, “In a landscape” de John Cage. Hasard ? Réminiscence ? Je ne sais. Elle réussit à concilier la veine mélancolique avec la force de sa partie centrale. La trois est travaillée par des répétitions insistantes, des grondements graves. Pièce orageuse, sombre, fracturée, d’un dynamisme quasiment rageur, éclairée d’une envolée dans les médiums. La quatre est plus noire encore au début, mais l’amoncellement de nuages est touché par des éclairs de grâce, des enroulements magiques ébouriffants avant une coda d’une brièveté sévère. La mélancolie revient avec la langoureuse étude cinq, d’une immense douceur pour décliner les accords glassiens les plus reconnaissables. Autoportrait sans fioritures en homme sensible, c’est une pièce bouleversante, une halte dans ce premier cycle souvent agité, tumultueux. La six renoue avec une virtuosité étourdissante, chantante, orchestrale, puissamment découpée par des attaques vigoureuses, tandis que la sept, tout aussi vigoureuse par moments, semble plus inquiète, tirée vers une intériorité qu’elle masque par des fanfaronnades mais qui s’affirme sur la fin de la pièce tout en demi-teintes, prélude à la belle numéro huit, aux mélodies si naïves, que Nicolas Horvath détaille avec une grande sensibilité et dont il souligne les passages les plus complexes d’un phrasé clair, limpide. La fin élégiaque en est superbe.

Pourquoi changer de paragraphe alors que le livre I n’est pas terminé ? C’est que pour moi, l’autre Philip Glass commence ici. Dès les premières mesures de l’étude neuf, j’ai frémi, soulevé, STUPÉFAIT, par la beauté confondante de cette pièce inattendue, nettement en dehors des mélodies et motifs du compositeur. Philip Glass se laisse aller à une poésie incroyable. C’est étincelant, vigoureux, et en même temps mystérieux, intrigant. La dix, dernière du Livre I, joue des boucles jusqu’à créer des amas sombres traversés de fulgurances. Quelle puissance ! Et dire qu’on trouve parfois la musique de Philip Glass mièvre, douceâtre !! Rien de tout cela : voilà du magma brut, décoré de médiums ou aigus survoltés, ça roule, charrie jusqu’à la dernière seconde. La onze continue dans une veine grandiose, voilà du Beethoven minimaliste, déchaîné, lyrique jusqu’à la transe. Magnifique, je tombe à genoux, j’embrasse compositeur et interprète, terrassé par la beauté terrible, ombrée d’une belle fin sombre, une des plus belles du cycle, annonciatrice d’un troisième Philip Glass, qui sait ? Si la douze paraît plus glassienne sur le plan mélodique, elle multiplie les variations internes, se gonfle d’une énergie irrésistible, d’une verve opératique indéniable. Le flux des boucles serrées est d’une incroyable densité, laisse éclore des bulles mélodiques magnifiques, se charge aussi d’une émotion intense sur la fin. La treize carillonne, joyeuse, débridée, tel un cheval décidé à sauter tous les obstacles qu’on a l’impression d’entendre hennir de plaisir. La quatorze semble un flot soulevé par une houle profonde. La musique de Glass prend une dimension océanique confondante. Certains s’attendaient peut-être aux piécettes d’un vieux monsieur un peu gâteux et on découvre au fil du cycle l’univers d’un créateur en pleine possession de ses moyens, qui creuse magistralement ses sillons et élargit de surcroît nettement son cercle ! La quinze en est l’illustration flamboyante, sorte de marche triomphale à la parure somptueuse, qui se permet des pirouettes narquoises par-dessus le marché. Avec la seize, on revient à la veine élégiaque, ou plutôt contemplative : simplicité du chant, recueillement touchant, mais la musique de Glass ne s’y attarde guère, bouillonne à nouveau, d’une jeunesse pétillante qui secoue le voile mélancolique dans la partie centrale de la pièce. La dix-sept oscille entre atmosphère voilée, retenue, et grandes envolées martelées de fortes frappes. C’est l’une des plus longues du recueil, dépassant les six minutes. L’ampleur des développements est impressionnante, le sens du contraste saisissant. La suivante, qui revient autour de trois minutes, est agitée, crescendo ondulant qui reprend à peine souffle. L’avant-dernière, plus longue, s’abandonne à cette seconde veine, minoritaire dans le recueil, d’une introspection plus sombre, d’une lenteur très relative, encore parcourue de frissons mélodiques liquides et agités. À nouveau l’esquisse d’un troisième Philip Glass ? L’étude vingt, magistrale, n’en annonce-t-elle pas aussi la venue ? Accents déchirants, beauté voilée, quelque part du côté de Schumann et Scriabine, un Glass moins éblouissant, libéré de lui-même en un sens.

Précisons que Nicolas Horvath a choisi de quasiment enchaîner les vingt études, nous plongeant dans ce monde dynamique et mouvementé par une coulée pianistique ample, loin de certaines interprétations compassées, trop sages (et l’on en trouve sur la toile !! Je ne citerai personne…). Oui, Glass est un hyper lyrique, un romantique dans le meilleur sens du terme ! Que la prise de son du Steinway est formidable : on est dans le flux ! Que le livret trilingue (anglais, français, allemand) est vraiment intéressant : on y trouve notamment le parcours de Glass retracé à grands traits, les réflexions et analyses du pianiste sur ce qu’il joue et la manière dont il le joue, bref ce qu’on ne trouve plus que trop rarement.

Un second disque déterminant pour changer l’image de Philip Glass qui, à bientôt quatre-vingt ans, montre qu’on peut être à la fois populaire, voire (ô le gros mot !) commercial, et l’un des plus grands compositeurs d’aujourd’hui, en perpétuelle métamorphose, insaisissable, pour notre plus grand plaisir. © 2015 Inactuelles, musiques singulières





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