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Album Reviews



 
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Jean-Charles Hoffelé
ARTAMAG’, October 2016

ENESCU, G.: Piano Works (Complete), Vol. 1 (Solaun) GP705
ENESCU, G.: Piano Works (Complete), Vol. 2 (Solaun) GP706
ENESCU, G.: Piano Works (Complete), Vol. 3 (Solaun) GP707

En 1916, Enesco assemblait sept pièces qu’on pourrait croire éparses mais qui forment une suite d’images musicales où tout son art de la suggestion sonore parait : les Pièces Impromptues, Op. 18. Impromptues elles le sont, comme jaillies du piano au gré d’une fantaisie hardie, croquis saisis sur l’instant et pourtant d’un trait si sûr.

Elles se referment sur un énigmatique Carillon nocturne, volées de cloches notées sur le motif, prétexte à une écriture en accords où l’harmonie se fend, étreignant de sérénité et de nostalgie. Quel jeu d’échos, quel paysage de sons, que Josu de Solaun laisse résonner à loisir. Le temps s’arrête littéralement.

Le pianiste espagnol—trente cinq ans ce 27 octobre—a remporté le Douzième Concours George Enesco côté clavier ; pour ses premiers sillons, c’était justice de rendre hommage au compositeur qui lui aura porté chance.

D’aucuns auraient gravé sur un disque récital une Suite, une Sonate. Il lui en dédie trois, signant une nouvelle intégrale de l’œuvre pianistique du compositeur d’Œdipe qui décidément a bien de la chance. Après le parcours complet et brillantissime de Raluca Stirbat, cette nouvelle somme devra rejoindre dans votre discothèque celle de la concertiste roumaine. Il ajoute en sus trois pièces inédites au disque datant des années 1890 alors qu’Enesco passait de l’enfance à l’adolescence, un Scherzo, une Ballade, et une pièce brève notée Modérément : le catalogue du Roumain n’en finit pas de s’augmenter, les manuscrits ne nous ont pas encore tout dit.

Au long de cette somme, le grand son d’orchestre qu’y déploie De Solaun va très loin dans la manière altière dont Enesco se saisit du piano. L’intégrale s’ouvre avec l’incroyable Nocturne écrit pour Marie Cantacuzène qui en son centre laisse éclater un orage dévastateur : on songe à la vague du naufrage de Vox Maris tant le pianiste ouvre large l’espace sonore de la grande caisse de son Yamaha. Puis le calme revient, soleil sur la mer et sur les cœurs. Magique, inépuisable musique !

Tout dans ces trois disques est de la même eau, éloquence et poésie, virtuosité et sens de la suggestion, maîtrise de la forme et surtout compréhension intime du langage divagant, libre, complexe de rythmes et d’harmonies qui fait le génie d’Enesco. Autre sommet, la Suite Op. 10, cinq mouvements issus des danses célébrées par les clavecinistes mais emportées par une écriture jaillissante où résonnent des carillons fulgurants, merveille dont le pianiste soigne le brio comme la fantaisie : écoutez seulement la variété de ses trilles dans la Pavane !

Herborisant dans ses trois disques, l’interrogation lancinante qui me poursuit depuis tant d’années revient, plus impérieuse : comment cette œuvre de clavier n’est toujours pas inscrite au Panthéon du piano du début du XXe siècle, aux côtéx de celles de Busoni, Rachmaninov, en regard des opus d’Albéniz, de Debussy et Ravel. Mystère. © 2016 ARTAMAG’



Christine Labroche
ConcertoNet.com, September 2016

ENESCU, G.: Piano Music (Complete) (Stirbat) CD98.060
ENESCU, G.: Piano Works (Complete), Vol. 1 (Solaun) GP705
ENESCU, G.: Piano Works (Complete), Vol. 2 (Solaun) GP706
ENESCU, G.: Piano Works (Complete), Vol. 3 (Solaun) GP707

Georges Enesco (1881–1955) fut un être d’exception, musicien complet, compositeur, chef d’orchestre et instrumentiste qui excellait au violon mais aussi au violoncelle et au piano. Le compositeur, occulté, fut un temps, par son grand talent d’instrumentiste, frappe de plus en plus les esprits. Convaincus de son génie, deux pianistes ont souhaité le célébrer en se consacrant à une intégrale de sa musique pour piano seul. Raluca Stirbat (née en 1974) commença ses études en Roumanie pour les poursuivre en Autriche où elle fonda l’Association internationale «Georges Enesco». Elle chante le compatriote qui fut l’objet de ses études musicologiques menées en parallèle, avec un programme qui suit l’ordre chronologique des compositions à une exception près. José de Solaun (né en 1981) conçoit deux premiers programmes équilibrés consacrés aux œuvres maîtresses, laissant les pages du jeune âge du compositeur pour le troisième. Lauréat du concours international «Georges Enesco» en 2014, Solaun commença ses études en Espagne pour les poursuivre aux Etats-Unis. Son admiration du génie d’Enesco est telle qu’il le met au niveau de celui de Bach, de Mozart ou de Beethoven.

Les deux musiciens se consacrent avec une égale conviction à la musique pour piano d’Enesco. Parfois aux dépens d’une certaine fluidité, Josu de Solaun souligne les contrastes et les dessins rythmiques dans une interprétation d’esprit à la fois romantique et nouvelle. L’interprétation de Raluca Stirbat, fluide à travers l’irisation des strates, les voix secondaires claires et les résonances bien en place, semble davantage d’esprit classique sans pour autant en négliger les élans romantiques. Si l’un des deux profite des appels du compositeur vers une certaine liberté par de fréquents senza rigore, un poco rubato ou des termes d’expression tel lusingando, c’est Solaun, sans doute dans le souci de mieux révéler les caractéristiques particulières, les traits originaux et la modernité absolue de l’écriture enescienne. Il accentue le relief. Stirbat s’attache à la variété de timbres et à la cohésion des mille détails de ce riche foisonnement d’idées, à la verticale comme à l’horizontale. Un certain relief naît de lui-même. Le Prélude et Fugue de 1903 marque bien la différence entre les prises de position des deux musiciens. Stirbat accentue la souplesse nacrée du style néo-classique en menant le Prélude à vive allure alors que Solaun le lance tout doucement dans une demi-teinte romantique pour amener petit à petit des crescendos organistiques. La première recherche un équilibre entre le thème mélodique qui domine la Fugue et les voix secondaires, le second met le thème en relief en créant des micro-silences à chaque césure là où Stirbat laisse mourir la résonance. Les phrases conclusives du pianiste espagnol empruntent le souffle des grandes orgues, celles de Stirbat la riche ampleur d’un clavier classique.

L’œuvre pianistique d’Enesco peut se diviser en trois périodes, son univers rythmique et harmonique sensible dès 1896, savamment développé et travaillé entre 1903 et 1916 et à son apothéose pour les Sonates de 1924 et de 1935. Solaun a découvert trois brefs morceaux composés en 1894 alors qu’Enesco, qui n’avait que treize ans, étudiait encore à Vienne, la plus remarquable étant sans doute une Ballade tout à fait brahmsienne qui contraste avec les petites pièces de genre plus «françaises» écrites entre 1897 et 1900. Les deux pianistes prêtent tout leur talent à une Barcarolle d’une ampleur étonnante, à l’ostinato de «rouet» d’une vive Fileuse, au drame expressif de Regrets et à deux Impromptus en la bémol majeur et en ut majeur qui affichent, cependant, non seulement une forme mais une tonalité libres. Avant ces petites pièces de genre, vint en 1896 un Prélude et Scherzo—immature, peut-être, mais brillant, le scherzo lisztien—et en 1897, la Première Suite, première pièce pour piano à laquelle Enesco accorda un numéro d’opus. «Dans le style ancien», la Suite sonne comme un exercice de style en quatre volets parfaitement réussis sur les modèles de Bach et des clavecinistes français. Les riches textures, l’agilité digitale et la profondeur expressive formulent une belle promesse d’avenir.

Contemporains du Prélude et Fugue (1903), les quatre volets de la Seconde Suite portent encore des titres baroques, à l’image de Debussy, peut-être: une Toccata carillonnante, une Sarabande aux phrases délicatement arpégées, une Pavane d’une grande fluidité rythmique et une Bourrée affirmée et alerte, jouant sur la résonance. Comme son titre le laisse deviner, la Suite «Des cloches sonores» marque une nette progression du langage harmonique du compositeur et de ses recherches de fusion, qui ne cesseront de s’enrichir, entre les styles néo-classique et romantique et l’hétérophonie complexe de la tradition roumaine, la tonalité teintée d’une modalité fluctuante et les variations rythmiques impressionnantes. Les Pièces impromptues (1913-1916), au nombre de sept, confirment la forte présence intégrée du caractère populaire roumain qui irrigue les thèmes et les techniques à la manière d’un Bartók ou d’un Szymanowski. Les trois pièces conclusives, liées par leurs thèmes, sont les plus novatrices par la polyrythmie acrobatique de l’«Appassionato», par la nature des doux accords expressifs de «Choral», et par le jeu extraordinaire sur les timbres du «Carillon nocturne» final qui évoque les résonances poétiques de cloches de monastères orthodoxes au cœur de la montagne.

Les œuvres maîtresses pour le piano restent sans aucun doute les Sonates de l’Opus 24, qui bénéficient du langage expérimenté de la haute maturité du compositeur. Groupées sous un seul numéro d’opus, l’audacieuse Première date de 1924, et la Troisième, limpide et plus néo-classique, de 1935. Une Deuxième en mi bémol mineur, achevée dans la prodigieuse mémoire d’Enesco, ne fut jamais pleinement rédigée. C’est à noter que Raluca Stirbat présente en premier enregistrement mondial un impressionnant Mouvement de sonate de 1912, jamais édité, qui prête son matériau thématique au vaste Allegro de la Première, officiellement en fa dièse mineur, comme le Mouvement de sonate, nonobstant sa forte ambiguïté tonale et sa richesse harmonique. Comme l’écrit le compositeur Cornel Táranu, la grande Première métaphysique représente «à la fois une cristallisation des aspirations les plus pures et une nécessité de libération par un retour aux formes et à la substance du chant ancestral». Enesco voulait la Troisième «toute de gaîté en contraste complet avec l’atmosphère qui l’entoure» mais, si sa grande clarté exprime effectivement une allégresse insouciante, la lumière ne va pas sans ombre.

Les deux prestations convainquent grâce à la maîtrise technique, à l’expressivité et à l’implication des exécutants, et à leur motivation claire. L’un peut convaincre plus que l’autre selon les sensibilités mais les deux interprétations sont largement dignes d’intérêt. Ce double apport à la discographie enescienne ne peut être qu’apprécié, car, si celle de Luiza Borac (AVIE) s’impose encore, aux trois «intégrales» antérieures, il manque, l’étonnant Mouvement de sonate redécouvert en 1993 et les onze pièces de jeunesse, dont six étaient encore inédites au disque. © 2016 ConcertoNet.com





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