Classical Music Home

Welcome to Naxos Records

 
Keyword Search
 
 Classical Music Home > Naxos Album Reviews

Album Reviews



 
See latest reviews of other albums...

Jean-Marie André
Crescendo (France), February 2018

Si, interrogé sur le nom d’un compositeur estonien, on cite facilement Arvo Pärt, Jaan Rääts nous est, par contre, parfaitement inconnu. C’est donc l’intérêt de ce CD de nous faire découvrir, en première mondiale, six des dix courtes—elles dépassent rarement la dizaine de minutes—sonates pour piano de ce musicien de 85 ans. Il est difficile de définir le style de cet auteur prolifique. On lui doit entre autres une dizaine de symphonies, plus d’une vingtaine de concertos, un important corpus de musique de chambre et de nombreuses musiques de film ; compositeur néoclassique, on pourrait le qualifier de chaînon manquant entre un Chostakovitch énervé et un Steve Reich immergé dans un minimalisme pimenté d’influence jazzy.

Le livret bref mais très bien conçu résume en quelques lignes les caractéristiques de chaque sonate qu’il est inutile de reproduire ici. Disons simplement qu’elles couvrent la période créatrice du compositeur, les trois premières datant de 1959, la neuvième de 1985 et la dixième de 2000.

Le pianiste français, Nicolas Horvath, est un spécialiste des marathons musicaux ; il a donné un premier concert marathon de 24 heures à la maison de la radio en 2015, un autre de 11 heures avec l’intégrale de l’œuvre pour piano de Philip Glass à la Philharmonique de Paris en octobre 2016. C’est donc une nouvelle gageure pour lui d’envisager l’intégrale de ces sonates pour piano de Jaan Rääts malgré l’avantage certain de ne rencontrer aucune concurrence sur le marché du disque.

On peut regretter une sonorité quelque peu acidulée ; est-elle due au Yamaha CFIII ou à la technique du pianiste ? Quoiqu’il en soit, un enregistrement qui fera plaisir aux spécialistes de la musique estonienne et aux amateurs en quête de nouvelles découvertes plutôt originales sinon singulières. © 2018 Crescendo (France)



LEXNEWS, October 2017

GLASS, P.: Glassworlds, Vol. 5 - Mad Rush / Metamorphosis II / 600 Lines (Enlightenment) (Horvath) GP745
RÄÄTS, J.: Piano Sonatas (Complete), Vol. 1 - Nos. 1-4, 9-10 (Horvath) GP765
SATIE, E.: Piano Works (Complete), Vol. 1 (New Salabert Edition) (Horvath) GP761

Nicolas Horvath est un pianiste talentueux de renommée internationale et que ne rebutent ni le travail, ni l’audace et le courage, pour preuve ces trois parutions discographiques qui témoignent non seulement de ce courage éditorial, mais également de l’excellence des interprétations proposées.

Le premier CD est consacré à Éric Satie, et si le mélomane pense avancer en terrain connu avec ce premier volume des œuvres complètes pour piano d’Érik Satie, il devra s’attendre à quelques heureuses et agréables surprises. Pour cet enregistrement, Nicolas Horvath a en effet travaillé avec Robert Orledge, grand spécialiste de la musique de la fin du XIX et début XXe s. C’est un véritable travail titanesque de fond qui a été entrepris sur les manuscrits d’Érik Satie et qui a conduit à une nouvelle édition révisée de ses œuvres pour piano publiée à Milan par Salabert. Curieusement, il s’avère que depuis un siècle un certain nombre d’erreurs – certaines dues à Satie lui-même comme dans la deuxième Sarabande – entachaient les œuvres du musicien et avaient été reprises sans correction depuis. Le musicologue a ainsi plongé au cœur de l’œuvre du compositeur révolutionnant la musique du début du XXe afin de retrouver cette pureté de l’inspiration que Nicolas Horvath illustre avec cet enregistrement réalisé sur le piano Érard de Cosima Wagner (modèle 55613, année 1881) ! Toute l’esthétique du compositeur se trouve magnifiée avec des harmonies nouvelles pour l’époque, qui s’éloigne de la virtuosité pour préférer un nouveau dialogue, plus intime, annonciateur des révolutions artistiques à venir. Nombreuses seront les découvertes dans ce disque telle cette pièce sans titre datant de 1891 et faisant référence au fameux courant Rose + Croix dont le musicien fit partie, il fut même quelque temps le « maître de chapelle » de l’Ordre de la Rose-Croix aux côtés de Joséphin Péladan.

Plus de proche de nous, le deuxième enregistrement est consacré au compositeur Philip Glass ; Philip Glass égrène les notes de ses compositions comme autant de rappel à nos sens engourdis. Cloches, battements, chapelets sonores défilent dans des mélodies épurées que Nicolas Horvath parvient à saisir avec une acuité étonnante dans ce cinquième et dernier volume qu’il a consacré au compositeur. Mad Rush envoute, hypnotise pour ouvrir à de nouveaux paysages, tour à tour suggérés, rapprochés ou simplement entraperçus. 600 lines étonne et ravit par son ascétisme hypnotique, Philip Glass ayant pour cette œuvre travaillée avec Ravi Shankar. Véritable haïku sonore, l’épure fait paradoxalement naître une profusion d’images et de sensations quasi corporelles, mantra acoustique des temps modernes… Dernier clin d’œil de cet enregistrement Philip Glass, la transcription pour piano du compositeur du fameux « The sound of Silence » de Paul Simon…

Découverte enfin avec le troisième enregistrement constituant le premier volume de l’œuvre complète des sonates pour piano de Jaan Rääts, compositeur estonien, élève de Nikolaï Rimski-Korsakov, aux réminiscences de Prokofiev… Nicolas Horvath a travaillé avec cet artiste à l’inspiration puissante qui irradie ses œuvres. Accords plaqués et arpèges vertigineux confèrent à cette musique une dissonance postmoderne. Tout est convoqué dans la musique de Jaan Rääts, l’oreille pourra discerner en filigrane de discrètes évocations folkloriques, le compositeur poussera même la curiosité jusqu’à étudier le style de Philip Glass.

Le talent de Nicolas Horvath se joue des difficultés dans cette musique qu’il affectionne manifestement, les ponts entre Satie et Glass avec Rääts transparaissant ici de manière saisissante, et on se laisse volontiers emporter… © 2017 LEXNEWS




Jean-Luc Caron
ResMusica.com, September 2017

Dans les années 1960 un groupe de compositeurs estoniens s’est hissé à un haut degré de créativité. On connaît les noms de Veljo Tormis, Eino Tamberg et Arvo Pärt, beaucoup moins celui de Jaan Rääts.

Cet élève des conservatoires de Tartu et Tallinn fut aussi un étudiant de l’excellent Heino Eller avant de devenir ingénieur du son à la Radio estonienne, responsable des programmes musicaux et enfin directeur de la musique à la Télévision de son pays. Rääts, président de l’Union des compositeurs estoniens et professeur à l’Académie de musique d’Estonie, n’a pas négligé la composition montrant une préférence certaine pour la musique instrumentale où se côtoient deux symphonies, vingt-quatre concertos, de la musique de chambre et des partitions pour le cinéma.

Parmi ses œuvres consacrées au piano seul se détachent dix sonates, peu courtisées, que le pianiste français Nicolas Horvath défend avec fougue, enthousiasme et brio. La présente livraison nous permet d’en découvrir six, écrites entre 1959 et 2014, révisions incluses. Toutes profitent de l’acquisition d’une multiplicité de sources au profit d’une écriture, sinon foncièrement originale, du moins singulière et personnelle. La Sonate n° 9 (1985, rév. 2014) fait usage dans son premier mouvement de répétitions de blocs d’accords et de brefs motifs enrichis de douces dissonances ; le second mouvement apaisé repose sur des salves d’arpèges souples tandis que le troisième et dernier propose une accélération dynamique urgente. La Sonate n° 10 en un seul mouvement (2000, rév. 2014) organise une série de confrontations de notes pointées et d’accords dissonants où s’expriment des sections élégantes et d’autres davantage rugueuses. Si ces deux dernières sonates s’appuient sur une sophistication certaine de la pensée et de l’écriture, elles doivent encore beaucoup au climat de la Sonate n° 1 (1959) d’où émerge une ligne mélodique unique discernable (Allegro), puis un climat nostalgique orgueilleux (Grave) et enfin un flux sonore rapide, râpeux et martelé (Allegro final). Des rapports discrets mais certains à plusieurs chansons des Beatles rendent compte du sous-titre de la Sonate n° 4 de 1969.

Les Sonates pour piano de Rääts méritent notre attention et s’éloignent, non sans réussite, des schémas traditionnels, créant un monde sonore propre et attractif. A découvrir. © 2017 ResMusica.com



Qobuz, August 2017

Avec Tormis et Pärt, le compositeur estonien Jaan Rääts (*1932) fait partie d’un groupe d’artistes qui émergea dans les années 1960 et avec lesquels la musique estonienne trouva sa place au centre du répertoire moderne, embrassant les styles, les philosophies et les techniques développées parmi les compositeurs occidentaux de l’après-guerre. Les sonates de Rääts présentent une fusion organique sophistiquée de contraires. On y trouve une simplicité enjouée à la Satie, d’âpres dissonances post-modernes, une obsession minimaliste, des rythmes durs et énergiques, et des gestes d’un lyrisme poignant. Des références à plusieurs styles—y compris Les Beatles dans la Quatrième Sonate de 1969, même si Rääts ne reprend aucune mélodie des « Fab Four » mais se saisit plutôt de leur modèle d’écriture –, des citations et des motifs se succèdent rapidement ou se bousculent mutuellement. Superficiellement, on pourrait hasarder une analogie avec le style typique de Schnittke, ou avancer non sans raison que Rääts serait le chaînon manquant entre Chostakovitch et Steve Reich. Le pianiste Nicolas Horvath qui, malgré son nom à consonance hongroise, est monégasque de naissance, nous offre ici le premier volume des dix sonates de ce compositeur dont il s’est fait l’enthousiaste champion, en première discographique mondiale. © 2017 Qobuz



Inactuelles, musiques singulières, July 2017

Vous avez dit l’Estonie ? On vous répond au mieux Talinn... et Arvo Pärt dans le domaine musical. Les mélomanes avisés mentionneront peut-être Erkki-Sven Tüür. Mais qui, en France, prononcerait le nom de Jaan Rääts ? Pourtant, ce compositeur né en 1932, longtemps professeur à l’Académie de musique, est l’auteur d’un catalogue impressionnant, essentiellement dans le domaine instrumental : musique de chambre, pour orchestre, pour piano. Aussi la rencontre entre le pianiste Nicolas Horvath, ambassadeur fougueux de cet instrument et défricheur infatigable des musiques d’aujourd’hui, et Jaan Rääts était-elle quasiment inévitable, d’autant plus que l’estonien revendique hautement sa liberté musicale : « Je n’aime pas les systèmes rigides, affirme-t-il. J’aime absorber le matériau musical, le filtrer, développer son potentiel émotionnel là où c’est nécessaire. Je l’utilise comme un tremplin pour mon imagination... » Je ne m’évertuerai donc pas à lui accrocher une ou plusieurs étiquettes, ce à quoi se réduit parfois la critique musicale qui en profite pour nous assener ses derniers anglicismes agressifs, manière faussement innocente de nous prouver qu’elle est à la pointe de la pointe des nouveautés. Je vous invite tout de suite à la lecture du beau livret - bilingue dont notre belle langue - qui propose une analyse musicologique abordable, très juste. Pour ma part, au lieu de prendre les sonates chronologiquement comme le fait Ed Distler, compositeur et pianiste auteur du livret, je les aborderai au fil du disque.

En effet Nicolas Horvath, qui a préparé ce premier volume avec le compositeur, a choisi de commencer son programme par la neuvième sonate. Le premier mouvement est comme un coup de tonnerre : répétitions obstinées d’accords, arpèges tourbillonnants, qui se résolvent par moments en micro séquences élégiaques vite emportées dans le déluge pianistique . Un hymne aux forces vitales qui n’exclut pas comme un éloge du mystère. Ô comme cette musique fait du bien, nouveau sacre du printemps pour le piano ! Le second mouvement reprend en mineur les thèmes du premier pour une promenade incantée par des boucles minimalistes et des afflux d’énergie : miracle d’une écriture libre, aérée, aux incroyables beautés mélodiques inattendues. Le dernier mouvement est au croisement des deux premiers, torrentueux, faillé par des staccatos puissants, des falaises de notes répétées : la puissance accouchant d’instants de grâce. Il y a du volcan chez Jaan Rääts. La musique jaillit comme un feu d’artifice sublime : quoi de mieux pour ouvrir un album ? Les six minutes de de dixième sonate, en un seul mouvement, offrent comme un condensé de l’univers de Rääts : transitions abruptes, contrastes puissants, surgissements de sources vives avec arpèges éblouissants, moments de calme et d’ironie sereine, dissonances et répétitions explosives à faire pâlir de jalousie le pulse reichien. Cette musique est aux antipodes de la musique de salon. C’est une musique sauvage, une bête indomptée, fantasque et fascinante justement par le jeu de sa libre souplesse. C’est une musique généreuse, dispensatrice d’une joie extraordinaire !

La suite de l’album reprend les sonates dans l’ordre, de la première à la quatrième. et l’on s’aperçoit, à l’écoute de la numéro 1, de la fantastique liberté à l’œuvre dès l’origine. Avec son premier mouvement qui court sur une seule ligne mélodique non accompagnée, comme un équilibriste grisé par sa folie, elle bouscule pourrait-on dire tous les attendus, tandis que le second déploie une veine sombre, très lente, dramatisée par de puissants accords plaqués et une sorte d’éclatement du tissu mélodique, paradoxalement enchantée par des retours lancinants, poignants. Le trio, comme le remarque Jed Distler, évoque en effet par moment la virtuosité ébouriffante des études pour piano mécanique de Conlon Nancarrow, mais disloquée par des bouffées extatiques et des accès de douceur, une cavalcade effrénée. La seconde sonate est tumultueuse à souhait, étincelante, obstinée, rageuse, et un brin mystérieuse, à mi-chemin du ragtime et de Janàček (oui, Jed Distler !). Avec un troisième mouvement noble et grave, à l’intensité croissante, d’une confondante beauté hypnotique !! La troisième sonate commence de manière dramatique par des accords hiératiques avant de développer une langueur vite réinvestie par une marche solennelle, alors que le second mouvement est vif-argent, espiègle canon qui cède la place à un adagio fragile et mystérieux, puis un allegro étourdissant curieusement troué par quelques secondes à la Morton Feldman.

L’album se termine avec la quatrième sonate “quasi Beatles” : c’est un régal de virtuosité allègre, joyeusement dissonante parfois. Musique folle, qui martèle jusqu’à l’outrance certains motifs, en écho notamment à “A Day in the Life” de l’album Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band. Quelle jubilation ! Un orage magnétique, des gerbes éblouissantes !

Un disque magnifique à la prise de son impeccable, servi par un Nicolas Horvath que l’on sent dans son élément, inspiré, serviteur passionné de l’énergie du Balte. À écouter sur une bonne chaîne si possible, il faut le répéter dans ce monde envahi par les formats compressés. © 2017 Inactuelles, musiques singulières




Romaric Gergorin
Classica, July 2017

View PDF  


Jean-Marc Warszawski
Musicologie.org, June 2017

Enfin, belle découverte avec le premier de deux cédés consacrés aux sonates pour piano de Jaan Rääts, compositeur estonien né en 1932, qui, parallèlement à son œuvre de création, fait une brillante carrière à la radio-télévision estonienne, pour en devenir directeur des programmes musicaux, puis directeur de la musique dans les années 1970, poste qu’il quitte pour assumer la Présidence de l’Union des compositeurs. Il est par la suite professeur de composition à l’Académie nationale de musique. Ses œuvres ont été de nombreuses fois primées.

Il est sans conteste un musicien postmoderne dont les pièces intègrent un large spectre d’influences explicites, où musique répétitive et jazz dominent (jazz dès la première sonate de 1959), mais encore où se manifeste des réminiscences de Chostakovitch. On peut apprécier l’influence occidentale, mais  la concrétion est, au moins dans les premières œuvres, plutôt russe, malgré l’absence de sentiment épique,  par l’affrontement du lyrisme et de violents accords voire clusters, parfois le côté brut de décoffrage, ou art naïf qui peut faire penser à des toiles de Malévitch, une « simplification » apparente qu’on retrouve chez Arvo Pärt ou Pēteris Vasks.

Ce cédé est un première mondiale, Nicolas Horvath a eu la chance de pouvoir le préparer avec le compositeur. © 2017 Musicologie.org





Naxos Records, a member of the Naxos Music Group