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Jean-Charles Hoffelé
Classica, April 2018

LE FRANÇAIS D’AMÉRIQUE

Le pianiste Robert Casadesus, dont la carrière et la vie furent liées aux États-Unis, a les honneurs d’une intégrale admirable chez Sony. En parallèle, ICA publie deux de ses concertos beethoveniens inédits.

Au milieu des années 1930, Robert Casadesus (1899-1972) conquit les mélomanes de New York avec sa sonorité lumineuse, son geste preste, la santé radieuse de son piano. Toscanini s’était reconnu dans le style impeccable de ce jeune artiste et l’avait confronté à une sorte de défi : ni Mozart ni Beethoven, mais le Concerto n° 2 de Brahms, manière d’éclairer de ce clavier ardent la pastorale d’un compositeur chichement présent dans la discographie du pianiste : avec Casadesus, les polyphonies les plus enchevêtrées rayonnaient et Toscanini jubilait.

RAVEL ET MOZART

La guerre venue, New York puis Cleveland et Boston seront sa seconde patrie. À compter de 1940, ses séjours américains le lieront à vie à CBS. Le disque, tournant encore en 78 tours par minute, saisit l’élégance de ce clavier parvenu à sa maturité : Robert Casadesus raffinait sa sonorité évidemment belle sur des Steinway somptueux, que son toucher précis et sonore allégeait. Quelques Ravel et quelques Mozart d’abord, l’évidence même de leur classicisme scellant d’emblée un modèle, puis, avec son épouse Gaby, un Bal martiniquais de Milhaud, une Petite Suite de Debussy, et avec l’ami Francescatti un premier Mozart, prélude à leurs Sonates pour violon et piano de Beethoven ensoleillées. Mais aussi les Scènes de la forêt de Schumann, où une folie s’empare du Chasseur. Ce piano, décidément, était tout sauf sage.

Entre la France et l’Allemagne, un répertoire se dessinait et faisait contraster l’élégance et la tempérance avec une urgence, un geste lancé, les deux pôles magnétiques d’un style qui inventait son propre classicisme. Casadesus se souvenait-il de Louis Diémer et de ses clavecins lorsqu’il faisait danser des sonates de Scarlatti aventureuses, ou lorsqu’il enchantait Rameau d’une symphonie de timbres égale à celle de Marcelle Meyer ? Ses Fauré éloquents rappellent qu’il aura entendu ceux de Francis Planté, ses Beethoven appassionato à force de perfection, toujours en sonorités claires, auront eu Édouard Risler pour modèle. Mais Maurice Ravel dira tout de son art, Ravel, qui l’avait deviné compositeur en l’écoutant jouer son Gibet, affaire de tempo. Son secret : ne jamais traîner. En janvier 1947, avec Ormandy, il embrase le Concerto pour la main gauche. Tout Ravel suivra, lignes claires qui avivent encore sa poésie inquiète.

COLLABORATION EXPLOSIVE

L’autre affinité élective sera pour les concertos de Mozart, tentés avec Barbirolli ou Munch, mais trouvés avec Szell, pianiste lui aussi et partageant la même esthétique : l’anthologie demeure immaculée. Cherchez aussi les quelques sonates, la Fantaisie en ré mineur, cette simplicité qui laisse mieux transparaître l’émotion. Écoutez également ses Schumann, si inventifs, si poétiques, si brillants, ses Chopin où le texte – et seul le texte – rayonne, les Bach qui dansent (la Suite française n° 6), écoutez surtout sa collaboration explosive avec cet autre Méditerranéen, Dimitri Mitropoulos, pour de sauvages Nuits dans les jardins d’Espagne de Manuel de Falla et un Concerto « L’Empereur » de Beethoven éclatant.

Nous n’espérions plus que cette somme courant sur trois décennies soit réunie, mieux, ressuscitée avec un tel luxe. Robert Russ signe une fois de plus une édition parfaite, agrémentée d’une iconographie soignée, d’une discographie exhaustive et d’un index par compositeur. Tout ce qui devait être remastérisé l’est, et le gain sonore par rapport aux précédentes éditions (incomplètes) en CD rappelle la présence immédiate que les microsillons donnaient à ce piano si alerte, aux registres contrastés : dès les premiers 78 tours, l’instrument est dans la pièce, la stéréo phonie sans apprêt lui donnera cette profondeur des timbres où un cantabile naturel s’exalte. L’éditeur ajoute non seulement le fameux récital au Concertgebouw d’Amsterdam de 1964, avec quelques Debussy qui surclassent ceux en studio, mais aussi les albums dédiés à Casadesus compositeur, et les disques de son fils Jean, tragiquement fauché à l’âge de 44 ans dans un accident de voiture au Canada. Son père ne lui survivra que sept mois. Bonheur supplémentaire, ICA publie deux concertos de Beethoven, avec les cadences du pianiste, restés inédits : à Édim bourg, Thomas Beecham met une touche mozartienne au Quatrième, que Casadesus joue vif argent, pour mieux murmurer l’Andante. À Londres, Malcolm Sargent cabre l’orchestre, le pianiste déployant une seule grande ligne, refusant tout effet jusque dans un finale inondé de lumière. © 2018 Classica





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