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Chantal Cazaux
Avant Scène Opéra, April 2018

OVMI (Objet Vidéographique Mal Identifié) que cette réédition (qui ne dit pas son nom) de la série documentaire réalisée à la fin des années 1990 par Jan Schmidt-Garre, jadis diffusée en VHS puis DVD, et projetée notamment dans la série Classique en images au Musée du Louvre.

Intitulé Belcanto, le coffret illustre quasi exclusivement un répertoire bien plus tardif – mais la notice nous expliquera qu’il faut comprendre le terme en son sens le plus large : l’art de bien chanter, avec souplesse, nuance et longueur de souffle. Pourquoi pas – mais que les amateurs d’opéra baroque ou rossinien sachent qu’ils n’entendront ici pas une miette de l’autre impératif belcantiste : la colorature – à part un court extrait de chant liturgique hébraïque. Sous-titré Les Ténors de l’époque du 78 tours, il offre en plage 2 de son premier CD un extrait de… Alessandro Moreschi : faut-il en conclure que castrat = ténor, ou que Moreschi = belcanto (les deux suppositions étant fort douteuses) ? Accompagné d’un livret de 127 pages densément imprimées et regroupant un luxe d’études au long cours, il paraît destiné aux spécialistes ; or chaque texte s’avère soit sans lien avec ce que l’on entend ou voit, soit sans claire articulation interne et noyant l’information sous une glose floue. L’article sur Porpora renvoie ainsi à l’art des castrats quand Stefan Zucker (7 textes à lui seul… sans compter ses apparitions à l’écran, un rien illuminées) prétend tour à tour expliciter la technique vocale, raconter l’ut de poitrine (17 pages sur une seule note), reconstituer la technique des castrats (on dira pudiquement de sa démonstration vocale qu’elle se situe à la frontière ténue entre sublime et ridicule), brosser les portraits de David ou Rubini et analyser l’ornementation rossinienne (à ce stade, il ne paraît pas inutile de rappeler que ce coffret concerne Melchior, Caruso ou Thill, donc plutôt Wagner, Verdi ou Massenet…), tout en s’appuyant sur les écrits de Michotte ou Scudo comme s’ils étaient fiables. Et en laissant passer d’étranges « head(ou chestresonance » – or distinguer résonance et vibration serait bien le moins s’il on prétend à quelque expertise technique ; les sous-titres ne sont d’ailleurs pas en reste (un « registre de tête » affecté à Melchior !), tout comme certains des artistes qui témoignent ici : on vérifie bien l’adage selon lequel les cordonniers ne sont pas les mieux chaussés – ni des podologues en puissance. Enfin, assumant la position du « c’était mieux avant », l’ensemble glorifie un Âge d’or tout en le trahissant, d'un certain point de vue, à l’image ; car le 78 tours supportait ce que le DVD révèle : derrière le chant radieux et habité, la scène ou le film exposent des corps et des regards de chanteurs en démonstration avant que de personnages en incarnation. C’est peut-être ce paradoxe qu’il aurait fallu explorer ; car à ce compte-là, les sentences du type « les chanteurs d’aujourd’hui ne savent plus chanter comme cela » sont à double tranchant.

Alors ? Alors, précipitez-vous pourtant sur ces documentaires : treize fois trente minutes magistralement montées (mêlant archives d’époque, témoignages affectueux de fans, membres de la famille ou anciens collègues, et interventions de spécialistes – on préfère de loin celles de Jürgen Kesting : précises, sûres et éclairantes, par exemple quand le critique allemand analyse à mots soigneusement choisis le rapport trouble entre déclamation wagnérienne et harangue politique) et magiquement étalonnées (un même noir et blanc légèrement granuleux fusionne le tout, rapprochant les époques de façon troublante et parfois même émouvante). Au milieu, « Dialogue with Eternity », étrange moment conceptuel où l’on tente de nous expliquer technique et esthétique vocales sous forme de schémas géométriques au tableau noir ; la chose se prend au sérieux, on recommandera de la prendre au second degré – fou rire garanti. Et puis… comment résister à tant de talents réunis et parfaitement singuliers : l’énergie d’un Caruso, radiant ; la mezza voce de McCormack, divin Ottavio ; Slezak le bifrons, entre héroïsme et humour bavarois ; le fil di voce de Schipa et son charme melliflu ; la parfaite musicalité de Tauber ; Melchior, autre bifrons, tenant sans effort des « Wälse ! » impensables et faisant le clown au cinéma ; la dolcezza de Gigli et sa grâce absolue ; le français idéal de Thill, dégageant un horizon net et clair ; et encore l’art déclamatoire de Rosvaenge, les pianissimi hypnotiques de Kozlovsky, le panache naturel de Schmidt, l’élégance classique de Björling… Sans oublier les extraits audio, complétant ce florilège parfait pour prendre toute la mesure de ce que le mot « ténor » peut recouper de couleurs, de matières, d’ombres et de lumières.

On osera en conclusion deux questions. L’une, gourmande : à quand un volume 2 consacré aux sopranos ? L’autre, un brin provocatrice (belcanto, quand tu nous tiens…) : qui, de tous ces ténors, aurait pu passer le « Cessa di più resistere » d’Almaviva ou le « D’instabile fortuna » de Berengario (Haendel, Lotario) ? © 2018 Avant Scène Opéra





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