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Pierre Flinois
Classica, April 2019

BERG, A.: Wozzeck [Opera] (DNO, 2017) (NTSC) 2.110582
BERG, A.: Wozzeck [Opera] (DNO, 2017) (Blu-ray, HD) NBD0081V

Wozzeck, ou comment s’en sortir? Warlikowski se montre ici à son meilleur, à la fois radical et lyrique. Son monde reste ce qu’il est, avec ses références et ses codes, dans une machine-décor superbe et glacéc : pas de rue, pas de caserne, une salle de danse, un aquarium pour le suicide ! Mais cet univers-là est moteur, explosif autant qu’étreignant. Impossible de s’en détacher, comme on était happé par celui de Chéreau autrefois. Du très grand théâtre lyrique, où un anti-héros blondasse, schizophrène et garçon coiffeur à ses heures, cherche sa place dans un monde de façon Ken Loach, qui lui est totalement incompréhensible. Marie, pute en noir et rouge, n’est pas moins perdue, mais elle a la capacité d’analyse de sa déchéance, et le mirage de ses rêves, comme quand elle s’offre sans culpabilité au Tambour-Major. Christopher Maltman, tordu de grimaces, et Eva-Maria Westbroek, pouffe magnifique, sont prodigieux de vérité. Qualité principale d’un spectacle dont on ne se détache pas : il n’est plus théâtre, mais vérité. Marc Albrecht y fait couler la partition à son plus séduisant, et les voix s’y font miroir magique des corps. Fascinant. © 2019 Classica




Christian Merlin
Avant Scène Opéra, March 2019

BERG, A.: Wozzeck [Opera] (DNO, 2017) (NTSC) 2.110582 
BERG, A.: Wozzeck [Opera] (DNO, 2017) (Blu-ray, HD) NBD0081V

Regarder le Wozzeck de Warlikowski juste après celui de Kentridge (voir notre compte rendu) est cruel pour l’artiste sud-africain. Car tout ce qui fait défaut au spectacle de Salzbourg, on le trouve dans la production de l’Opéra d’Amsterdam. Quel metteur en scène que le Polonais ! Même quand il rate son coup ou se perd dans les méandres d’une pensée toujours en éveil, il crée comme peu d’autres un univers envoûtant. C’est ce à quoi il parvient ici dès le prologue mimé qui est devenu sa marque de fabrique. Des enfants participent à un concours de danse de salon, habillés en adultes, dans un espace ouvert qui se révèle être un salon de coiffure. L’un d’entre eux est exclu par les autres : c’est le fils du coiffeur, un homme complexé jusqu’à la névrose, cheveux gras plaqués, parcouru de tics nerveux. Il est vrai que le Woyzeck historique était coiffeur, et non soldat comme le Wozzeck de Büchner : comme souvent, là où l’on croit que Warlikowski trahit, il retourne aux sources. On assiste dès lors à une véritable dissection de la folie et de l’aliénation, à laquelle l’enfant finira par se livrer au sens propre en désossant le mannequin anatomique du docteur. C’est glaçant et saisissant tout à la fois.

Les personnages sont fortement caractérisés, du Docteur imposant de Willard White, que l’on prendrait presque pour un savant respectable s’il n’était si pervers, au Capitaine tout en ambiguïté de Marcel Beekman, dont on se souvient qu’il fut un interprète baroque au possible de Platée. Eva-Maria Westbroek est une Marie plus adulte, plus femelle que la formidable Asmik Grigorian, avec une ampleur straussienne qui accentue le lyrisme sensuel du rôle. Quant à Christopher Maltman, il renonce à l’émotion à fleur de peau qui a tenté avant lui nombre de barytons, pour se couler dans l’étude clinique que lui a confiée Warlikowski : il s’y tient avec une froideur de scalpel qui peut frustrer mais est en parfaite cohérence avec la dramaturgie. À la tête du remarquable Orchestre Philharmonique de Pays-Bas, formation en résidence à l’Opéra d’Amsterdam, Marc Albrecht confirme ses affinités avec Berg, lui qui avait porté Lulu au triomphe aussi bien à Genève (Olivier Py) qu’à Salzbourg (Vera Nemirova), avec Patricia Petibon les deux fois : moins radical que Jurowski, il cherche le juste équilibre entre romantisme et modernité qui fait de cette partition l’une des plus fascinantes du XXe siècle. © 2019 Avant Scène Opéra




Emmanuel Dupuy
Diapason, March 2019

BERG, A.: Wozzeck [Opera] (DNO, 2017) (NTSC) 2.110582
BERG, A.: Wozzeck [Opera] (DNO, 2017) (Blu-ray, HD) NBD0081V

Avant que la musique ne commence, des enfants en tenue de gala disputent un tournoi de danse de salon. L’un d’eux, en simple jogging, reste à l’écart : c’est le fils de Marie, déjà exclu. Il sera sur scène pendant quasi tout l’opéra, que Warlikowski nous montre donc à travers le regard du petit garçon, première victime de la déchéance des adultes. Dans le vaste décor de Malgorzata Szczesniak, aussi glacial que les lumières de Felice Ross, on assiste à une impitoyable auscultation des âmes. Celle de Wozzeck, ado attardé aux épaisses lunettes et aux cheveux jaunis, est manifestement atteinte par quelques désordres psychiques que soulignent les mimiques perverses de Maltman. En voix somptueuse, le baryton semble transfiguré par les pouvoirs sorciers du metteur en scène : ce que ce dernier obtient des chanteurs en terme de jeu théâtral tient du miracle. La Marie de Westbroeck, soprano torrentiel et dardée, actrice consumée, en offre la plus éclatante confirmation. Il suffisait d’y penser : achevant sa lecture de la Bible, elle invoque « Mon Sauveur ! » et ouvre les bras pour accueillir Wozzeck qui, bientôt, l’assassinera. Alentour, tous sont sur les cimes, en particulier le Docteur brutal de White, effrayante réincarnation de la statue du Commandeur.

Bien sûr, les marqueurs de l’univers interlope de Warlikowski (figurants en costume de Mickey, chanteurs de cabaret, travesti…) ne seront pas du goût de tout le monde, brouillant par instant la pureté du geste. A la fin, indifférent au sort de ses parents, le fils de Marie jette un à un les organes en plastique d’un mannequin d’anatomie dans l’aquarium où Wozzeck s’est ouvert les veines. Ce qu’on lit alors dans son regard n’est guère rassurant : le déterminisme que dénonce la pièce de Büchner est de nouveau à l’oeuvre.

La direction d’Albrecht est en phase avec le spectacle : drue, acérée, fuyant les effusions lyriques, avec des accélérations foudroyantes, mais aussi quelques baisses de tension. Pas de quoi atténuer l’intérêt de cette vision, évidemment très personnelle, mais toujours stimulante. © 2019 Diapason





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