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Jean Lacroix
Crescendo (France), September 2020

ADAM, A.: Postillon de Lonjumeau (Le) [Opera] (Opéra Comique, 2019) (NTSC) 2.110662
ADAM, A.: Postillon de Lonjumeau (Le) [Opera] (Opéra Comique, 2019) (Blu-ray, HD)
 NBD0112V

Jubilatoire ! On a beau chercher un autre qualificatif pour définir ces deux bonnes heures de plaisir musical, c’est toujours au même que l’on revient. Jubilatoire, oui, vraiment ! Dans notre société en pleines difficultés sanitaires, économiques et culturelles, voici un irrésistible moyen de mettre de côté toute idée morose pour se plonger dans l’allégresse visuelle et vocale. 

L’opéra-comique Le Postillon de Lonjumeau d’Adolphe Adam est l’un des plus célèbres de ce compositeur prolifique (plus de quarante œuvres pour la scène, quatorze ballets, dont l’indémodable Giselle…) Créé le 13 octobre 1836 à l’Opéra-Comique, sur un livret d’Adolphe de Leuven et Léon-Lévy Brunswick, il remporte un grand succès qui se prolonge en province et bientôt dans toute l’Europe, notamment à Berlin, Vienne, Leipzig, Prague, Londres et même à Riga où Richard Wagner le dirige. A Paris, Le Postillon quitte la scène en 1894, après 560 représentations en soixante ans. Son succès se prolonge en Allemagne, où il est souvent programmé et une adaptation cinématographique voit le jour en 1936, avec le ténor Joseph Schmidt dans le rôle principal. Mais il faut attendre 1985 pour qu’une intégrale discographique soit réalisée pour EMI avec John Aler, June Anderson, François Le Roux, Jean-Philippe Lafont et l’Orchestre Philharmonique de Monte Carlo, sous la direction de Thomas Fulton. Une version en allemand voit le jour en 1992 chez Capriccio. A Paris, il a fallu patienter plus de cent vingt ans pour que Le Postillon soit remis à l’affiche de l’Opéra-Comique, du 30 mars au 9 avril 2019. Avec verve et panache ! C’est cette résurrection, régal pour mélomanes gourmets, qui fait l’objet de ce DVD Naxos filmé les 5 et 7 avril de l’an dernier.

L’argument ? Chapelou, postillon à Lonjumeau, relais de voyageurs entre Paris et Orléans, fête ses noces avec Madeleine, une jeune aubergiste qui a renoncé par amour pour lui à un héritage familial. Mais on a prédit au couple un mariage tumultueux. Ce qui se produit le jour même avec l’arrivée du Marquis de Corcy. Fasciné par la qualité de la voix de Chapelou, il lui promet une brillante carrière. Le postillon ne peut résister aux sirènes de la gloire et abandonne la mariée. Dix ans plus tard, les deux époux se retrouvent à Paris : Madeleine a hérité et est courtisée par le Marquis mais elle séduit Chapelou, devenu un ténor célèbre sous le nom de Saint-Phar. Elle tend un piège à ce mari qui ne l’a pas reconnue mais veut bénéficier de ses faveurs. La suite à l’écran, selon la formule consacrée… Comme on peut s’y attendre, tout se terminera en happy end. Le couple convolera enfin en justes noces. 

La mise en scène de ce pétillant opéra-comique est signée par Michel Fau, né à Agen en 1964, acteur, chanteur et metteur en scène de théâtre. Sur le plan musical, on épinglera son adorable production de Ciboulette de Reynaldo Hahn à l’Opéra-Comique en 2013, avec Julie Fuchs et Jean-François Lapointe et l’Orchestre Symphonique de l’Opéra de Toulon sous la direction de Laurence Equilbey (un DVD Fra Musica). Michel Fau crée dans le Postillon une ambiance pleine de fantaisie, nourrie par une scénographie très animée qui apporte à cette comédie hilarante le grain de folie qui fait mouche. Cette démesure se retrouve à tous les niveaux du spectacle, particulièrement bien filmé par François Roussillon sous des angles astucieux, à tel point que l’on a la sensation d’être dans la salle. Les décors psychédéliques et grisants d’Emmanuel Charles sont un triomphe de la couleur, dans une rutilance qui ne détourne jamais l’attention de l’action, mais la soutient et lui confère une délectation visuelle. D’autant plus que cette orgie colorée est renforcée par des costumes de Christian Lacroix qui, s’inspirant de gravures et de maquettes d’époque, ne lésine pas sur l’abondance des rubans, des plumes, des coiffures montées, des robes bigarrées ou du maquillage outrancier. Le luxe est de sortie ! Michel Fau lui-même participe à la fête en s’octroyant un petit rôle, celui de Rose, avec robe à panier et frou-frou. C’est délirant et cocasse à la fois.

Dans le prologue, on découvre même, en une très brève séquence, le personnage de Louis XV. L’action se situe en effet sous son règne et la magnificence y a bien sa place, en digne héritière de Louis XIV. Le décorum ostentatoire, vrai feu d’artifice pour les yeux (la palette des couleurs, multiples et nuancées, varie avec éclat selon les scènes), ne serait rien sans une partition légère, virevoltante et à l’inspiration bondissante que des grincheux ont trouvée « facile », mais qui charme l’oreille. Et puis, nous sommes à l’opéra, lieu dont l’exigence n’est pas mince en termes de voix. Adolphe Adam a réservé à Chapelou/Saint-Phar de redoutables contre-ré qu’il convient de faire briller. A cet égard, le choix de Michael Spyres, qui nous a déjà éblouis dans maintes productions, est des plus heureux. Il se coule dans son double personnage avec une facilité déconcertante et une éblouissante vitalité ; ses contre-ré sont impeccables. Et ce ténor américain nous gratifie d’une prononciation française à faire rougir certains chanteurs de l’Hexagone, ce qui ajoute à ses hautes qualités. On se rappellera à quel point il transcendait le personnage de Rodolphe dans La Nonne sanglante de Gounod sur la scène du même Opéra-Comique en juin 2018 (à voir sans faute sur un autre DVD Naxos). 

Les dialogues parlés sont par ailleurs toujours très intelligibles, chaque protagoniste sait ce que le mot articulation signifie : le vrai théâtre et le chant se rejoignent dans un bel équilibre. La soprano Florie Valiquette campe une délicieuse et adorable Madeleine/Madame de Latour. Cette jeune québécoise se produit pour la première fois sur la scène de l’Opéra-Comique où elle déploie son charme physique, sa technique vocale assurée et son timbre séduisant. Le baryton français Franck Leguérinel est parfait en manipulateur et précieux Marquis de Corcy. Notre compatriote Laurent Kubla campe un autre double personnage, celui de Biju/Alcindor. Biju, c’est un forgeron éconduit par la jolie Madeleine au premier acte. Il accompagne Chapelou dans son accession à la gloire parisienne, où il est devenu chef de chœur, et il va se déguiser en prêtre pour simuler une cérémonie de mariage. Laurent Kubla, souvent présent à l’Opéra Royal de Wallonie, est un chanteur à la stature impressionnante qui excelle dans les rôles comiques ; sa truculence et ses dons de comédien sont ici très bien utilisés. 

Le chœur Accentus et l’Orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie participent à cette folle joyeuseté avec la juste dose de finesse, de style et d’investissement. A la direction, Sébastien Rouland joue le jeu à fond et rend à cette partition étourdissante les lettres de noblesse qu’elle n’aurait jamais dû perdre. Ce chef français, violoncelliste de formation, a dirigé un grand nombre de productions sur les scènes européennes. Avec Le Postillon de Lonjumeau, petit bijou de finesse, Il fait la démonstration que de nombreux opéras de cette première moitié du XIXe siècle attendent une résurrection comme celle-ci, que nous saluons d’une pierre blanche. Elle le mérite hautement. © 2020 Crescendo (France)




Michel Parouty
Opéra (France), September 2020

ADAM, A.: Postillon de Lonjumeau (Le) [Opera] (Opéra Comique, 2019) (NTSC) 2.110662
ADAM, A.: Postillon de Lonjumeau (Le) [Opera] (Opéra Comique, 2019) (Blu-ray, HD)
NBD0112V

Qu’il est beau, ce Postillon !

Le délicieux « opéra-comique » d’Adolphe Adam, fleuron du genre au XIXe siècle, ne rate pas son entrée au catalogue DVD. Filmé en 2019, à Paris, Salle Favart, il bénéficie d’une direction musicale et d’une mise en scène épatantes, ainsi que d’un ténor à la hauteur des redoutables exigences du rôle de Chapelou : le percutant Michael Spyres.

Le Postillon de Lonjumeau, c’etait l’une des Arlesiennes de l’≪ operacomique ≫ francais : on en parlait, on ne le voyait jamais. Aussi son retour Salle Favart etait-il attendu. Il eut lieu en mars 2019, et ce fut un triomphe (voir O. M. n° 150 p. 58 de mai).

Efficacement filmee par Francois Roussillon, qui varie les angles de prises de vue pour rendre son approche plus vivante, la production ne perd rien de ses charmes.

Le jeu decale (mais pas trop) impose a ses interpretes par Michel Fau, les decors aux couleurs saturees d’Emmanuel Charles et les costumes tres charges de Christian Lacroix (tous deux s’arretant aux limites du bon gout) sont les atouts de ce spectacle, dont l’exuberance bon enfant redonne de la vigueur a un repertoire que certains pensaient desuet.

Sans doute l’intrigue improbable mitonnee par Adolphe de Leuven et Leon-Levy Brunswick ne soumet- elle pas l’auditeur a de penibles efforts cerebraux ; mais la musique d’Adolphe Adam (1803- 1856), pimpante et joyeuse, ravit par sa fraicheur.

L’Orchestre de l’Opera de Rouen Normandie officie dans cette coproduction entre sa maison mere et l’Opera-Comique. Sebastien Rouland le dirige avec l’entrain et la franchise d’accent qui conviennent. Les choristes d’Accentus ont l’air de bien s’amuser, et tout autant la troupe de solistes, jusqu’aux plus petits roles : le Bourdon faux pretre de Julien Clement, le Louis XV sorti d’un dessin anime de Yannis Ezziadi.

Laurent Kubla met sa truculence au service de Biju, le forgeron attire par les planches. Franck Leguerinel, toujours une valeur sure, est un desopilant Marquis de Corcy, le (presque) ≪ mechant ≫ de l’histoire. Florie Valiquette est aussi charmante en paysanne deluree qu’en nouvelle riche ; le timbre est un peu pointu, mais la voix est facile et legere.

Michael Spyres, enfin, confirme sa connaissance et son amour d’un style et d’un genre qui ont encore besoin d’etre defendus, meme si, dans les dialogues, son elocution est encore hesitante. Son aisance vocale, son ardeur a affronter les suraigus n’ont aucune peine a seduire l’auditoire.

Michel Fau, signataire d’une mise en scene ne connaissant pas de temps mort et toujours pret a endosser les travestissements les plus inattendus, n’a pu resister aux clins d’oeil de Rose, la suivante : robe a paniers, perruque gigantesque, plumes, il est impayable.

Tous portent l’art du divertissement a son plus haut degre. © 2020 Opéra (France)





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