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Pierre Rigaudière
Avant Scène Opéra, November 2015

Beaucoup plus léger de ton que sa suite A Quiet Place, bien plus bref aussi (une quarantaine de minutes), Trouble in Tahiti (1952) tient bien davantage du musical que de l’opéra. En proposer une version filmée, c’est à la fois une façon de se rapprocher de la nature de l’œuvre et se donner les moyens d’une efficacité scénique que Bernstein semble même avoir appelée de ses vœux avec ces sept scènes brèves (précédées par un prélude et ponctuées par un interlude) dont l’action se situe dans un lieu chaque fois différent.

Le trio initial du prélude, qui chante le charme de la banlieue, son air sain et ses jolies maisons, le bonheur d’une vie secondée par l’électro-ménager d’une « up to date kitchen », est un régal rien que pour son swing communicatif, d’autant qu’on y lit sans peine une critique tamisée du rêve américain. On le retrouvera quasi identique pour l’interlude, tandis que le thème qui le constitue irriguera d’autres situation, à la façon d’un leitmotiv. Les trois excellents chanteurs qui forment ce trio (Toby Stafford-Allen, rayonnant, Mary Hegarty, l’énergie incarnée, et Tom Randle, dont on avait pu apprécier la brillante prestation dans Brokeback Mountain de Wuorinen) sont aussi très à l’aise devant les caméras, et on a plaisir à les voir resurgir, costumés en employés de bureau, pour chanter, tel un petit chœur grec, les louanges de « marvellous Sam ».

À la musique de Bernstein, admirablement efficace et variée, porteuse de contrastes dramatiques et rendue avec tout son brio par un City of London Sinfonia constamment aiguillonné par Paul Daniel, répond ici une réalisation filmique aux grands moyens. Les décors, les interpolations d’images d’archive, de faux films souvenirs familiaux, de publicités télévisées et de cartoons, tout s’inscrit dans les codes visuels de l’imagerie populaire liée à la promotion de la société de consommation. Mais sur ce fond radieux se détachent nettement les problèmes d’un couple distendu dont la communication est pour le moins défaillante. C’est une des forces du livret conçu par le compositeur lui-même de parvenir à donner à cette situation banale une véritable consistance dramaturgique. Sam invoque la « loi » qui divise l’humanité en deux catégories : les gagnants nés, et les autres. Il se voit évidemment dans la première catégorie, et le baryton Karl Daymond lui donne toute l’assurance et le tonus requis. Plus fine, Dinah doute davantage ; elle bénéficie grâce à la mezzo Stephanie Novacek d’une palette expressive qui colore chacun des affects sur lesquels stationne le synopsis. Parmi les airs, on retiendra une troublante préfiguration (« What did I have to lie ») du « Somewhere » de West Side Story. © 2015 Avant-Scène Opéra





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