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Alfred Caron
Avant Scène Opéra, September 2016

Depuis sa création en 1993 à l’Opéra de Paris, la production de Madame Butterfly de Bob Wilson y a fait une belle carrière, reprise de saison en saison avec des distributions renouvelées et recevant un accueil de plus en plus consensuel. On retrouve dans cette captation réalisée à l’Opéra d’Amsterdam en 2003 ses principales qualités, essentiellement esthétiques, et ce qui en constitue aussi les limites. Si le japonisme stylisé des costumes et du jardin zen qui fait office de décor unique, le raffinement des lumières, la gestuelle et les mouvements chorégraphiés séduisent par leur beauté et leur raffinement, cette épure et son caractère quasiment abstrait, en privant l’œuvre de son arrière-plan historique et d’une partie de son épaisseur humaine, en réduisent singulièrement l’impact émotionnel. Les personnages ici sont devenus des espèces de marionnettes—« übermarionetten » devrait-on dire, à la manière de celles du théâtre symboliste d’un Stanislavski ou d’un Gordon Craig—et ne semblent jamais touchés par les sentiments qu’ils sont censés véhiculer. Cette approche leur laisse pour seul moyen expressif la dimension vocale, ce qui sans doute satisfera les puristes mais se révèle très exigeant pour le plateau et parfois frustrant pour le spectateur. Si elle convient par exemple merveilleusement au Pelléas de Debussy, tout droit venu de l’univers fantomatique de Maeterlinck, elle nous semble moins bien adaptée à une œuvre d’obédience vériste où l’empathie avec les personnages paraît absolument nécessaire. En nous rapprochant des chanteurs, la captation permet parfois de saisir une expression, un détail qui ramènent un peu d’émotion—mais assez furtivement.

Si cela est vrai dans le cas du rôle-titre, où la peu connue Cheryl Barker, très investie, se révèle splendide et réussit le tour de force méritoire de communiquer l’évolution de son personnage—de la petite geisha à la jeune femme consciente de son destin tragique—avec un minimum de moyens théâtraux, cela l’est déjà bien moins des rôles secondaires. Mis à part le Goro plus rapace que nature de Peter Blanchet, ils restent assez peu caractérisés, telle la Suzuki passe-partout de Catherine Keen ou les deux personnages occidentaux (Pinkerton et Sharpless) neutralisés par leur costume générique et une totale absence sur le plan théâtral—n’était une incontestable chaleur vocale chez le vétéran Richard Stilwell. Ceci sans doute est une volonté du metteur en scène que semble seul intéresser le personnage principal. L’ensemble certes possède sa cohérence, offre une alternative radicale au traditionnel japonisme vériste et peut plaire ; mais il faut avouer qu’au delà des performances vocales et de la très belle direction d’Edo de Waart, la production paraît un tantinet glaçante et n’évite pas toujours l’écueil du kitsch à force de maniérisme, par exemple dans son traitement du personnage de l’enfant et de quelques rôles secondaires—comme le Prince Yamadori, particulièrement ridiculisé par son costume et sa gestuelle. © 2016 Avant-Scène Opéra





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