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Sébastien Gauthier
ConcertoNet.com, September 2013

Après que Christian Thielemann a remplacé au pied levé Fabio Luisi pour diriger l’Orchestre de la Staatskapelle de Dresde en septembre 2009 dans une excellente Huitième Symphonie d’Anton Bruckner (1824–1896), les liens tissés entre le plus vieil orchestre d’Allemagne—n’oublions pas qu’il fut fondé en 1548!—et le plus grand représentant actuel de la tradition musicale allemande ne pouvaient que se resserrer. Aussi, lorsque Thielemann annonça qu’il ne renouvellerait pas son contrat à la tête des Müncher Philharmoniker, c’est à lui que la Staatskapelle fit appel pour remplacer Luisi qui, de son côté, avait prévu de ne pas renouveler son propre mandat au-delà de 2011, ayant désormais en charge la direction de l’Opéra de Zurich.

Le concert que nous offre le présent DVD est donc historique puisqu’il s’agit du premier de Thielemann à la tête de l’Orchestre de la Staatskapelle de Dresde en sa qualité de directeur musical. Sous les ors du magnifique Semperoper, c’est un concert de très haute tenue auquel chacun peut désormais assister.

La première partie de cette soirée met tout d’abord en valeur la soprano Renée Fleming, qui a déjà eu l’occasion de chanter à de nombreuses reprises sous la baguette de Thielemann, notamment au Festival de Salzbourg (voir ici) ou à Munich, dans les Quatre derniers lieder de Strauss. Même si elle est brève (20 minutes à peine), la partie consacrée aux cinq chants de Hugo Wolf (1860–1903) impose immédiatement la voix de la soprano américaine qui, ne serait-ce que dans le seul Verborgenheit, séduit immédiatement l’auditeur par sa capacité à distiller autant de nostalgie, de tristesse, de mélancolie... Le caractère joyeux de Er ist’s précède ensuite la tonalité franchement espiègle d’Elfenlied: là encore, Fleming trouve immédiatement le ton juste, incarnant au mieux le personnage censé raconter l’histoire. L’accompagnement de Thielemann est au diapason, imposant une finesse tout à fait impressionnante. Mais c’est sans doute dans le dernier lied, Mignon, que l’on éprouve les plus belles sensations qui tiennent là encore tout autant à l’orchestre (l’entrée du cor anglais) qu’à la cantatrice, qui chante avec un dramatisme passionné (notamment ce «Kennst du es wohl?» récurrent) un véritable hymne à la nostalgie.

Même si cet apéritif s’avère excellent, que dire du pourtant bref (un peu plus de 5 minutes) lied de Richard Strauss (1864–1949), Befreit? Sur un texte du poète Richard Dehmel (1863–1920), Strauss a composé en 1898 ce lied, qu’il orchestra par la suite, en septembre 1933, à l’attention de la soprano Viorica Ursuleac. Compte tenu des affinités qu’entretiennent Fleming et Thielemann pour Strauss, le résultat ne pouvait qu’être superbe: il fut, ce soir du 1er septembre 2012, miraculeux. On ne peut employer d’autre mot pour qualifier cette interprétation où la magie du mélodiste qu’était Strauss—l’entrée des clarinettes et de la harpe!—se double d’un sens inouï des climats; à ce jeu-là, Renée Fleming est impériale et justifie, pour ce seul morceau, l’écoute du DVD.

Thielemann avait inauguré son mandat à la tête des Müncher Philharmoniker avec la Cinquième de Bruckner (disponible aussi bien au disque qu’en DVD); au DVD toujours, ils ont par la suite enregistré les Quatrième et Septième Symphonies du compositeur autrichien. Avec Dresde, après une superbe Huitième, c’est donc la Septième qui inaugure officiellement ce mandat en constituant la seconde partie du concert, sachant que la Cinquième figure d’ores et déjà au programme de la saison 2013–2014 de l’orchestre et de son directeur musical.

Les qualités et les défauts du chef allemand sont connus: on les retrouve tous dans une interprétation, ne faisons tout de même pas la fine bouche, du plus haut niveau. L’amplitude du geste, le sens porté à ces phrases qui peuvent parfois (sous d’autres baguettes) traîner en longueur se mêlent ainsi à des ralentis inopportuns, à une pâte parfois un peu lourde et à un statisme qui guette en quelques occasions.

Mais, tout d’abord, quel orchestre! Dresde est une phalange magnifique dont les affinités avec la musique de Bruckner sont anciennes (son chef historique, Ernst von Schuh, a ainsi donné la Troisième dès le mois de décembre 1886, un an après la création de la Septième à Leipzig): cela se sent. Les musiciens se plongent avec une véritable délectation dans ces legatos de la plus haute tenue, les cuivres sont brillants sans être assourdissants, les solistes (notamment les bois) sont parfaits…C’est donc avec d’autant plus de plaisir que l’on profite de la multiplication des plans sur les solistes ou les sections de l’orchestre, nous permettant ainsi de profiter pleinement d’un solo ou d’un regard attentif à l’égard du chef, complice à l’égard de son voisin, heureux tout simplement de jouer une telle musique.

Ensuite, quel chef! On aura beau dire, Thielemann est un excellent straussien et, souvent, un tout aussi convaincant brucknérien. Son magnétisme est indéniable: il suffit de voir comment l’orchestre réagit à la moindre inflexion de sa longue baguette (les Wagner Tuben à 71’32) qui, lorsqu’elle ne suit pas sa gestique toujours aussi mécanique et apparemment figée, impose l’indication la plus précise qui soit en un mouvement presqu’imperceptible du poignet. La main gauche souvent expressive (dans le premier mouvement, à 31’50), Thielemann dirige beaucoup par le regard (très dur, son visage ne s’éclairant que rarement d’un léger sourire à l’attention d’un soliste ou d’un pupitre), la baguette embrassant l’espace avec une emphase qui proscrit néanmoins toute inutilité. Même si l’on a parfois pu la brocarder voire la regretter, la tradition qu’exprimèrent ce soir Thielemann et son orchestre méritent sans nul doute le respect et les applaudissements. © 2013 ConcertoNet.com




Christophe Rodriguez
Le Journal de Montréal, August 2013

Un petit cadeau pour les jours de pluie, soyez-en certain. Filmé en haute définition, tout le talent de la soprano Renée Fleming dirigé par Christian Telemann, avec au programme Wolf (moins connu), Strauss et la Symphonie no7 de Bruckner. Tout en douceur, beaucoup de poésie, une diction presque parfaite, ou quand Renée Fleming donne le «meilleur d’elle-même». © 2013 Journal de Montréal





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