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Bruno Peeters
Crescendo (France), May 2015

Version italienne en quatre actes, avec la coupure habituelle des deux premiers tableaux du troisième acte, dont le ballet. Dès le début, le spectateur est frappé par le luxe de cette production turinoise : tout y est soigné, pour le plus grand plaisir des yeux. L’introduction voit se dérouler les funérailles de Charles-Quint, et les décors, les costumes éblouissent déjà. Cela change des mises en scène misérabilistes des opéras verdiens souvent proposées de nos jours. Certes, ce n’est pas Zeffirelli non plus, et le luxe n’est pas étouffant, mais il collabore parfaitement au caractère « grand opéra » de cette oeuvre grandiose entre toutes. L’autodafé, fête suprême d’une Eglise triomphante, grouille de dignitaires mitrés, Philippe II pleure sur sa solitude dans une immense bibliothèque richement pourvue d’ouvrages anciens ; quant aux robes d’Elisabeth et d’Eboli, elles sont superbes (De Ana est par ailleurs aussi responsable des costumes). La direction d’acteurs n’est pas oubliée, mais non soulignée, et le drame progresse avec toute la gradation tragique voulue par Verdi, jusqu’à l’intervention de la voix sépulcrale de la statue de l’empereur défunt (Roberto Tagliavini). Cette somptuosité se retrouve dans la distribution magistrale réunie par Noseda, au sommet de laquelle trône la reine Elisabeth de Svetlana Kasyan. Sa voix, au timbre splendide, allie tendresse et présence dramatique. La soprano frappe par son intense interprétation de la malheureuse souveraine amoureuse. Roi aux abois malgré sa superbe, Philippe II trouve en Ildar Abdrazakov, au sommet de ses moyens, une incarnation saisissante, tout comme le marquis de Posa de Ludovic Tézier, premier baryton français actuel. Quelle tension dans ses duos avec Carlo ou avec le roi (La pace è dei sepolcri !) Voilà un Rodrigo idéal jusqu’à la mort, extrêmement poignante. La princesse Eboli de Daniela Barcellona affirme aussi une belle violence dramatique et d’admirables graves (O don fatale). Un peu en retrait, face à ces splendeurs vocales, se situent Carlo et l’inquisiteur. Ramon Vargas est un beau chanteur, certes, mais le timbre est ingrat. Le personnage paraît falot, bien dans la lignée de certains héros romantiques incapables de décider de leur vie : en cela, la personnification est réussie. Il rachète sa pâleur par un duo final particulièrement ciselé. Enfin, le grand inquisiteur de Marco Spotti, qui ressemble à Benoit XVI, déçoit fortement : la voix manque de puissance et n’inspire aucune terreur. Gianandrea Noseda emporte son monde dans une spirale grandissante d’exaltation théâtrale, surtout dans les ensembles formés par le tableau de l’autodafé ou par le quatuor de l’acte III, remarquables. Une version décorative donc, très « grand opéra », au premier degré, mais, dans cette option luxueuse, une impeccable réussite. © 2015 Cresendo (France)





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