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Album Reviews



 
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Florent Coudeyrat
ConcertoNet.com, February 2016

SZYMANOWSKI, K.: Król Roger (Royal Opera House, 2015) (NTSC) OA1161D
SZYMANOWSKI, K.: Król Roger (Royal Opera House, 2015) (Blu-ray, HD) OABD7162D

On doit à Charles Dutoit et Simon Rattle le regain d’intérêt, non démenti depuis la fin des années 1990, pour Le Roi Roger (1926), le deuxième et ultime opéra de Karol Szymanowski. En 2009, l’entrée tardive de ce chef-d’œuvre au répertoire de l’Opéra de Paris fera alors débat, tant la mise en scène pour le moins personnelle et originale de Krzysztof Warlikowski en aura déconcerté plus d’un. Repris à Madrid deux ans plus tard, ce spectacle verra à chaque fois le rôle-titre confié à un baryton d’exception, Mariusz Kwiecien, décidément incontournable puisqu’on le retrouve encore en 2015, à Cracovie et à Londres—epour le présent enregistrement. L’achat de ce DVD peut ainsi se justifier pour la seule performance du Polonais, toujours aussi impressionnant par son aisance scénique, sa force de conviction et son engagement vocal. A ses côtés, l’honnête Berger de Saimir Pirgu, au chant bien placé et projeté, déçoit par une interprétation bien pâle en comparaison, tandis que la Roxane de Georgia Jarman, sans convaincre totalement du fait d’un timbre peu séduisant, prend davantage son rôle à cœur. On se félicite aussi de la direction vivante et colorée d’Antonio Pappano, qui exalte les effluves vénéneux de l’orchestration, lorgnant aussi bien vers Schreker que Scriabine. Un régal de chaque instant.

S’agissant d’une entrée au répertoire, Covent Garden se montre cette fois plus prudent que Paris en optant pour une mise en scène consensuelle, mais non moins intéressante. L’idée scénographique initiale du Danois Kasper Holten apparaît d’emblée frappante avec un immense visage qui envahit toute la scène, tout en étant subtilement revisité par les différentes projections vidéo. Seulement surplombé du chœur réparti dans les multiples cavités en arc de cercle, ce visage symbolise le parcours initiatique de Roger, confronté plus encore à la découverte de lui-même que du monde qui l’entoure. Si le II fait logiquement la part belle aux affres du désir par l’adjonction de danseurs mi-nus rampants inéluctablement vers le sommet de la conscience de Roger, le III surprend par un parti pris plus politique en faisant référence aux autodafés intervenus suite à la prise de pouvoir des nazis en 1933. De quoi nous ramener aux temps sinistres qui ont suivi la composition de l’opéra…Une belle production, de surcroît à découvrir dans un confort sonore idéal. © 2016 ConcertoNet.com



Jean-Christophe Le Toquin
ResMusica.com, February 2016

De cette production londonienne du Roi Roger, de bonne facture mais qui n’échappe que partiellement à l’excès de focalisation sur l’homosexualité dont on marque trop souvent cet opéra, l’atout maître est le ténor Saimir Pirgu, qui n’a pas à forcer son talent pour jouer le séduisant perturbateur.

Créé sur scène en 1926 à Varsovie, à Londres en 1975, le Roi Roger reste un opéra rare. Ce n’est qu’en 2009 qu’il sera donné sur scène en France, à Bastille, dans une production de Krzysztof Warlikowski, et en 2015 c’était la première fois à Covent Garden. La version de Paris a été filmée mais jamais éditée en DVD, trop plombée par les obsessions du metteur en scène. La production de Londres sera donc la première représentation scénique de plan international de cette œuvre magnifique, après deux publications plus confidentielles issues des opéras de Wrocław (2007) et Bregenz (2009).

Opéra sur le trouble et le désordre du désir dionysiaque qui s’empare du puissant qui se croyait protégé par le règne de l’équilibre apollinien, sous l’influence d’un mystérieux berger propagateur d’une nouvelle religion, l’œuvre est à nouveau réduite à la question du désir homosexuel (lire notre article de 2003 lors d’une représentation de concert au Châtelet). Ce n’est pas faux, mais la mise en scène de Kasper Holten, qui donne à Saimir Pirgu certaines attitudes équivoques et lance à l’assaut du couple royal des corps nus masculins sans tête aux contorsions lubriques, plombe le propos—la prise de vues à cet égard aurait gagné à davantage recourir aux plans larges, pour retrouver l’expérience du spectateur.

Oui l’opposition éternelle d’Apollon et de Dionysos est brûlante, troublante, oui elle pousse l’homme et la femme dans leurs retranchements, mais elle n’est pas le combat du bien et du mal et elle va plus loin que le cliché chasteté contre débauche. C’est la tension entre deux pôles qui nous fait humain. C’est d’ailleurs pour cela que la reine Roxane est immédiatement favorable au Berger dionysiaque. Ce n’est pas qu’elle soit plus facilement séduite que le roi, c’est qu’il lui apparaît avec évidence qu’on ne peut être soi-même si on n’est pas partagé—et équilibré—entre la connaissance des extrêmes. Et c’est pour ça que l’opéra se termine sur une incantation au soleil de l’aube qui n’est pas sans ambivalence : au terme de l’épreuve initiatrice, le roi est devenu plus fort et plus maître de lui mais avec moins de certitudes univoques. Il est moins mâle mais davantage un homme.

Tout cela, la production londonienne ne permet qu’imparfaitement de le saisir. La Roxane de Georgia Jarman, belle femme blonde au naturel, voit ses traits durcis par une chevelure brune au carré strict qui lui retire de sa sensualité, au profit d’un Saimir Pirgu rayonnant, entre malice et maléfique. Le baryton Mariusz Kwiecień, qui incarnait déjà le roi à Bastille, est vocalement impeccable, mais dramatiquement manque d’un soupçon de caractérisation.

Au fond, cette publication apporte deux bonnes nouvelles : le Roi Roger entre au catalogue des grandes maisons et des labels d’opéra, et il y a de la marge de progression pour lui rendre justice scéniquement. En somme, une bonne version d’attente. © 2016 Resmusica.com



Jean-Charles Hoffelé
ARTAMAG’, January 2016

Le temps du Roi Roger serait-il venu ? Après une très oubliable production à La Bastille, le Festival de Bregenz le révélait en 2009 dans toute sa splendeur sous la direction scénique inspirée de David Pountne : jusque-là, la seule mise en scène filmée de l’opéra de Szymanowski dont on disposait était la production modeste mais inspirée de l’Opéra de Wroclaw, dans la régie précise de Marius Trelinski et avec le Roi Roger charismatique d’Andrzej Dobber.

Finalement, la captation du spectacle réglé le printemps passé par Kasper Holten pour Covent Garden règle la question : un immense visage de pierre occupe la scène tel une énigme, il se retournera à l’Acte II pour faire apparaître un praticable où les ensorcellements du Pâtre, accompagnés d’un ballet lascif, enlèveront Roxane et perdront Roger.

Le geste théâtral est aussi simple qu’efficace, la direction d’acteurs subtile heureusement captée par les caméras de Ian Russel, qui nous font plonger dans le mystère de cette œuvre dont la thématique n’est pas si éloignée que cela de celle du Théorème de Pier Paolo Pasolini : un bel étranger inconnu détruit tout en inspirant le désir autour de lui. Ici, il entraîne même le monde politique et le royaume de Roger comme le montre une scène d’autodafé explicite.

Distribution en or pur : Saimir Porgu a les séductions et la voix du Pâtre corrupteur, Georgia Jarman la voix longue et sensuelle de Roxane, Kim Begley campe un Edrisi froid et inquiétant, alors que Mariusz Kwiecień prête sa jeunesse, ses doutes et ses fureurs à un Roi Roger inoubliable de présence physique comme vocale. De la fosse, Antonio Pappano distille tous les sortilèges de l’orchestre quasiment sexuel dont Szymanowski a revêtu son chef-d’œuvre. Indispensable. © 2016 ARTAMAG’



Jean-Charles Hoffelé
Avant Scène Opéra, December 2015

2009 aura vu deux productions antagonistes du Roi Roger, celle iconoclaste de Krzysztof Warlikowski, un ratage qui défigura le chef-d’œuvre de Szymanowski, médusant le public de Bastille avec sa piscine-salle de shoot à Mickeys, et la régie subtile de David Pountney pour son Festival de Bregenz. Toutes deux avaient été précédées par une proposition modeste mais pertinente de l’Opéra de Wroclaw que le DVD a depuis documentée. Malgré le Roi Roger charismatique d’Andrzej Dobber et la mise en scène au cordeau de Mariusz Treliński, et à l’égal de la tentative de David Pountney, elle s’incline cependant devant le spectacle proposé par Covent Garden au printemps dernier.

La thématique de cet opéra où Szymanowski mis beaucoup de son être le plus secret—comment ne pas lire dans l’étrange fascination qu’éprouve Roger envers le Pâtre l’aveu d’une attirance homo-érotique que la musique commente d’abondance—trouve des échos surprenants aujourd’hui : la destruction d’une civilisation par la seule apparition d’un manipulateur d’une irrésistible beauté venu d’orient. On songe plus d’une fois à l’engrenage implacable du Théorème de Pasolini : le Pâtre pourrait être joué par Terence Stamp, entraînant Roxane, le peuple et son Roi dans cette danse de sexe et de mort dont l’opéra est empli. Kasper Holten y a certainement pensé, profitant de la prestance de Saimir Pirgu, l’habillant d’un long manteau d’or et lui prêtant, dès son lynchage évité, un ascendant érotique évident sur Roger : à l’acte II il ira jusqu’à lui infliger une caresse dominatrice sur le visage, en faisant sa créature. C’est bien vu et surtout bien entendu, car la musique de Szymanowski est pétrie de cet érotisme névrotique qui fait imploser l’orchestre et torture les chanteurs, une catharsis qui conduira Roger face au soleil levant, revenu de tout, trouvant enfin la vérité de son être. Il faut pouvoir produire cette révélation ultime, accompagner le Roi de la cathédrale byzantine de Palerme aux ruines du théâtre antique, du monde de la raison chrétienne aux tentations sensuelles des anciens dieux en passant par le palais arabe où se déroulent les perversions érotiques de l’acte II. Kasper Holten choisit une unité de lieu pour réunir ces trois univers : une immense tête de pierre aux yeux aveugles, symbole de cette obscure psyché qui va entraîner la chute du Roi de Sicile. A ses pieds, l’action de l’acte I—messe, sauvetage du Pâtre, première séduction puis révolte de Roger qui le bannit avant de se parjurer, départ du Pâtre libre—se voit et se comprend parfaitement, portée par une direction d’acteurs sobre et tranchante à la fois. Au deuxième acte, l’envers de la statue montre un grand praticable où la corruption de Roxane et de Roger par le Pâtre va se dérouler sur plusieurs niveaux—idée habile qui frappait au théâtre où des jeux de lumières l’animaient, ce que les caméras de Ian Russell ne saisissent que partiellement, tout comme d’ailleurs les ténèbres puis l’aube du troisième acte. Mais c’est bien le seul bémol qu’on apportera à la captation d’un spectacle déjà historique. Si Kasper Holten scrute les âmes et les désirs des trois protagonistes, il double ce théâtre de l’intime d’une mise en abyme où paraît une lecture politique : l’action est transposée à l’époque de la création de l’ouvrage (1926) et les traces du sacrifice que découvrent Roger et Edrisi dans les ruines du théâtre antique sont en fait les cendres d’un autodafé qui évoque la Nuit de Cristal.

Pour porter un tel spectacle, Covent Garden a réuni une distribution immaculée : Saimir Pirgu a toutes les séductions vocales du Pâtre corrupteur, Georgia Jarman la voix longue et sensuelle de Roxane, Kim Begley campe un Edrisi froid et inquiétant, alors que Mariusz Kwiecien prête sa jeunesse, ses doutes et ses fureurs à un Roi Roger inoubliable de présence physique comme vocale. En quelques années il aura pleinement assuré la succession de celui qui fut le plus grand tenant du rôle depuis Andrzej Hiolski : Wojtek Drabowicz, disparu le 27 mars 2007 au sommet de son art dans des circonstances tragiques. De la fosse, Antonio Pappano distille tous les sortilèges de l’orchestre sexuel dont Szymanowski a revêtu son chef-d’œuvre, retrouvant presque la lecture orante qu’officia Mieczysław Mierzejewski lors de la recréation du Roi Roger à l’occasion de l’inauguration du nouveau Théâtre Wielki de Varsovie en septembre 1965 : comme pour Roger, une renaissance. © 2015 Avant-Scène Opéra





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