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Album Reviews



 
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Olivier Brunel
ConcertoNet.com, February 2017

GLASS, P.: Einstein on the Beach (Châtelet, 2014) (NTSC) OA1178D
GLASS, P.: Einstein on the Beach (Châtelet, 2014) (Blu-ray, HD) OABD7173D

Pour la première fois paraît l’enregistrement vidéo d’Einstein on the Beach, immense opus de presque cinq heures de Philip Glass, Robert Wilson et Lucinda Childs qui a révolutionné le théâtre et la danse lors de sa retentissante création en 1976 au festival d’Avignon. Il a été filmé lors de sa reprise au Théâtre du Châtelet en 2014, grâce à la pugnacité de son directeur Jean-Luc Choplin, qui a négocié cette reprise exclusive à Paris, quelques mois après une tournée notamment passée par Montpellier, et exigé qu’elle soit filmée et éditée pour l’éternité. Le coffret-livre du DVD luxueusement illustré est curieusement très peu documenté sur l’œuvre elle-même. Hélas! et on regrette une fois de plus l’élitisme de l’éditeur britannique Opus Arte: pas de reproduction, ni de traduction des textes de Christopher Knowles, fils adoptif de Wilson, manque d’autant plus regrettable qu’ils ne sont pas toujours très audibles, noyés parfois par la musique et les bruitages, ni découpage de l’action dans la plaquette, et encore moins de sous-titres avec le film ne viendront en aide aux non anglophones.

Lors de la création du spectacle et de ses reprises, il était donné d’un seul tenant et il était permis au spectateur désirant marquer une pause de s’absenter de la salle à volonté et à n’importe moment. Le film aura, n’en déplaise aux puristes, l’énorme avantage de pouvoir programmer ces pauses, voire de regarder le spectacle par tranches, à petites doses, ce qui n’est évidement pas la proposition des trois concepteurs, tous aujourd’hui septuagénaires et qui ont assuré cette reprise parisienne comme en atteste leur présence à la très enthousiaste séance de saluts finale. La réalisation du film par l’Ecossais Don Kent est admirable de clarté. On peut déplorer aussi l’absence de bonus, les sujets n’auraient pas manqué…

Doit-on parler d’opéra pour Einstein on the Beach? Cet ovni du théâtre musical sorti du cerveau de trois créateurs en réaction à un certain type de show à l’américaine dans les années soixante-dix n’en a ni la forme, ni la prétention. Pas de livret racontant une histoire, Einstein n’étant qu’un prétexte à exposer ce qu’a pu laisser sa trace dans l’inconscient collectif en termes de progrès scientifique, de formalité du temps et de l’espace. Sa présence à l’avant-scène jouant du violon n’en fait pas un personnage d’opéra. Le découpage n’est pas celui non plus celui qui, de Monteverdi à nos jours, règle celui des œuvres lyriques. Tous les ingrédients y sont, chant, parole, danse, mais organisés en cellules appelées «knee plays», «Procès», «Prison», «Danse», «Vaisseau spatial», qui créent une espèce d’unité par leur alternance mais ne racontent rien qui ressemble à une trame dramatique.

C’est vraiment la conjonction des conceptions des trois artistes qui fait opérer une magie tenant par moments de l’hypnose, à d’autres de la dégustation pure de la musique minimaliste qui, ici, convoque beaucoup de formes et de genres (jazz, pop, classique). Si la musique n’a pas varié depuis la création (elle a été publiée au disque), la réalisation visuelle de Wilson a suivi son évolution propre en restant sur son schéma initial. Seules les chorégraphies de Lucinda Childs ont été réécrites à chaque série de reprises du spectacle, toujours dans son style singulier exploitant toutes les possibilités géométriques du temps et de l’espace.

Saluons avec le respect qu’elle mérite la parution de cette archive majeure dont on peut s’étonner qu’elle n’ait existé avant ces représentations parisiennes. © 2017 ConcertoNet.com




Bertrand Dermoncourt
Classica, February 2017

Attentio, document historique ! Si vous n’avez rien compris à Einstein on the Beach à l’écoute des enregistrements publiés jadis chez Sony ou Nonesuch, séance de rattrapage en images avec ce DVD Opus Arte. Le spectacle mythique de Philip Glass, Robert Wilson et Lucinda Childs a été filmé en janvier 2014 au Théâtre du Châtelet de Paris, dans des conditions optimales, à la fin d’une tournée triomphale à travers le monde. Trente-huit ans après la création de l’oeuvre au Festival d’Avignon, on redécouvrait cet ovni de la scène lyrique, évocation abstraite de la figure d’Albert Einstein en différentes scènes chorégraphiées et répétitives, à l’instar de la musique de Philip Glass qui concluait avec Einstein on the Beach sa période « minimaliste ». Selon ses auteurs, l’opéra avait pour thème « la science, la technologie et l’écologie ». Vraiment ? Il semble plutôt présenter un théâtre sans histoire ni intrigue, volontairement artificiel et mécanique, où la fonction narrative s’est complètement déplacée d’une histoire que l’on raconte à une histoire que l’on vit. Autrement dit, c’est la façon dont le spectateur perçoit l’oeuvre qui lui donne son contenu: ce dernier n’existe pas dans l’oeuvre elle-même. D’après Bob Wilson, l’idée d’Einstein on the Beach lui est venue de la célèbre photographie du scientifique dans son bureau de Princeton. « J’ai regardé cette photo et beaucoup d’autres, explique-t-il dans le livret d’accompagnement du DVD. Dans tous les portraits de lui, il a les mains dans la même position: le petit espace entre le pouce et l’index est toujours le même. J’ai commencé l’opéra avec ce geste et j’ai continué. Je pensais à cet espace. » Au gré des scènes ou des humeurs, on jugera le résultat fascinant ou soporifique ; d’une beauté diaphane ou proche du vide. Reste qu’Einstein on the Beach a su inventer une forme inédite de rituel, revenant aux sources mêmes de l'opéra et donnant au genre, que l’on jugeait alors moribond, un nouvel élan. L’oeuvre a été créée en 1976, l’année de la mort de Britten. Par la suite, Glass ne sera jamais en mal de nouveaux sujets, mais ne renouvellera jamais la réussite de cette première tentative. © 2017 Classica



Pierre Rigaudière
Avant Scène Opéra, December 2016

Si l’on a pu à plusieurs reprises dans ces colonnes se montrer circonspect à l’égard des œuvres scéniques de Philip Glass, c’est peut-être parce que le coup de maître d’Einstein on the Beach, indissociable de la collaboration avec Robert Wilson, rendait difficile voire impossible, par sa nature même, une réplique d’une magnitude équivalente. La première de cet opéra en 1976 à Avignon tenait en effet de la secousse sismique : pas d’intrigue, pas de dramaturgie au sens traditionnel du terme, par de livret, pas de personnages clairement identifiables à l’exception d’Einstein, cantonné sur scène à ses interventions au violon, et pas davantage d’airs. Aussi présents que les fragments de texte parlé de Christopher Knowles, Samuel M. Johnson et Lucinda Childs, les longues énumérations de chiffres et le solfiage de gammes et arpèges, initialement destinés à servir de repères avant l’adoption d’un texte définitif qui n’allait jamais advenir, contribuaient également à briser certains codes liés au genre.

Captée au Théâtre du Châtelet, cette luxueuse reprise dont la première française avait eu lieu à Montpellier en 2012 permet d’apprécier, avec cette fois une chorégraphie entièrement confiée à Lucinda Childs, la remarquable pertinence scénique d’une œuvre dont l’attrait ne s’est aucunement fané. À une mise en scène épurée aux airs de pop art chic, qui donne à des personnages baignés le plus souvent de couleurs froides des allures volontiers robotiques inspirées à Wilson par certains troubles des autistes, répond une musique procédant par boucles modifiées par touches successives et par juxtaposition brute de sections. La forte présence d’une pulsation régulière, le flux presque intarissable d’arpèges rapides, les enchaînement d’accords qui affirment un langage hyper-tonal (et très souvent indexé, peut-être sous l’effet du In C de Terry Riley, sur le ton de do majeur) en même temps qu’ils défient en permanence les canons classiques de la tonalité—et notamment le tabou des « quintes parallèles »—tout cela nécessite des interprètes rompus à la musique du compositeur. Le Philip Glass Ensemble n’a pas son égal dans ce domaine et Michael Riesman mène tout son monde, y compris un chœur impeccablement synchrone et homogène, avec une précision redoutable, à l’image de cette production millimétrée dans ses moindres détails. Bien que l’opéra repose plutôt sur une performance collective, il serait injuste de ne pas saluer Helga Davis et Kate Morgan, non seulement pour leur forte présence scénique mais aussi pour leur diction d’un texte parlé qui demande par moments une véritable virtuosité oratoire. Lorsqu’elle se détache du chœur pour son long solo (IV, 2, « Bed »), la mezzo-soprano Hai-Ting Chinn réussit à donner, sans hypothéquer sa maîtrise technique ni la puissance de sa projection, l’illusion d’une certaine candeur vocale, fort pertinente dans cette scène. Dans un registre différent de la prestation violonistique d’Antoine Silverman, le solo de saxophone ténor d’Andrew Sterman dans « Building » (IV, 1), d’abord sobre puis montant graduellement en puissance, prend aux tripes lorsqu’il atteint un paroxysme débridé.

Cette très belle captation vidéo, qui rend justice à la beauté des prestations dansées, des décors et des lumières, fait de ce double DVD le support idéal pour découvrir ou revivre un opéra désormais historique. © 2016 Avant-Scène Opéra




Diapason, December 2016

Le grand-œuvre du minimalisme américain arrive enfin dans notre vidéothèque, toujours aussi vertigineux quarante ans après sa création. © 2016 Diapason





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