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Album Reviews



 
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Laurent Bury
Forum Opera (France), June 2017

Il ne viendra à personne l’idée de mettre Das Liebesverbot sur le même plan que les chefs-d’œuvre wagnériens. Il s’agit clairement d’un ouvrage de jeunesse, au même titre que Die Feen et infiniment moins personnel que Rienzi. Pourtant, tant qu’à se donner le mal de le monter, ne faudrait-il pas un peu y croire ? Opus Arte publie en DVD une captation de la production madrilène qui, la saison dernière, avait précédé de peu le spectacle monté à Strasbourg : malgré les réserves que celui-ci avait pu susciter, il aurait peut-être été préférable qu’il passe à la postérité plutôt que la mise en scène de Kasper Holten au Teatro Real.

Il est vrai que le livret, signé de Wagner lui-même, accentue certains éléments au point de frôler la caricature. Le couvent palermitain ne semble abriter que des demoiselles à la vocation bien légère, puisqu’elles s’empressent de convoler en justes noces dès que l’occasion s’en présente. Oui, Das Liebesverbot est une pièce comique, mais s’il avait voulu se borner à une farce, Wagner serait-il allé chercher chez Shakespeare la plus ambiguë, la plus sombre de ses comédies ? Hormis dans la plus loufoque des opérettes, il faut bien que quelques personnages conservent un côté humain et attachant, sans quoi l’on se désintéresse irrémédiablement de la situation. Quand tous les personnages sont tournés en dérision, peu importe ce qui leur arrive ; il n’y a plus ni espoir, ni menace. Si les méchants n’ont plus rien de redoutable et que les bons ne suscitent aucune sympathie, que reste-t-il de l’intrigue ? L’œuvre paraît deux fois plus longues qu’elle n’est, ce qui oblige à empiler gag sur gag pour tenter de dissiper l’ennui. Dans les différentes niches de cet univers coloré, où les téléphones portables sont omniprésents, on s’agite beaucoup (la caméra multiplie les regards vers ces actions parallèles) alors que le premier plan reste parfois curieusement statique, ce qui ne suffit pas à éviter les décalages entre le chœur et l’orchestre lors de la première scène, particulièrement mouvementée.

En fosse, Ivor Bolton ne cherche pas à nous faire croire que cette partition contient déjà tout Wagner en germe. A part la préfiguration d’un motif de Tannhaüser que l’on entend au couvent, pratiquement toute cette musique aurait pu être écrite par n’importe quel contemporain de Donizetti. Ce n’est pas en soi un reproche, simplement un fait. Et cela ne devrait pas empêcher que l’on monte l’œuvre avec autant de soin qu’une autre.

Hélas, les solistes eux-mêmes, privés de personnages consistants à défendre, sont plus ou moins contraints de forcer le trait, se refusant les nuances que l’écriture wagnérienne appelle pourtant. Cette partition est tout sauf grossière dans ses moyens, et elle exige une certaine délicatesse d’approche, qu’on ne trouve pas vraiment ici. Christopher Maltman impressionne par des graves qu’on n’aurait pas soupçonnés chez ce beau Don Giovanni, mais la mise en scène lui impose un personnage uniformément ridicule. Manuela Uhl ne manque pas d’abattage, mais son timbre peu agréable fatigue vite les oreilles, et mieux vaut ne pas examiner la virtuosité de trop près. Mariana est littéralement sacrifiée, avec une María Miró insupportablement acide. Des deux ténors, Ilker Arcayürek est le plus convaincant, même s’il semble parfois à la limite de ses possibilités ; Peter Lodahl émet des aigus souvent déplaisants, mais il semble avoir depuis longtemps renoncé à chanter les rôles lui correspondant vraiment. Finalement, le meilleur vient des personnages comiques, qui sont traités comme le livret le demande : Ante Jerkunica est un savoureux chef de la police saisi par la débauche, Maria Hinojosa est une Dorella pulpeuse et Francisco Vas ajoute une nouvelle figure à sa collection de rôles de caractère.

L’existence d’un DVD de Das Liebesverbot est dans l’absolu une bonne nouvelle ; hélas, l’existence de cette version-ci risque de décourage durablement les autres labels d’en proposer d’autres captations qui pourraient néanmoins offrir un contrepoint bienvenu. A présent, A présent, on n’attend plus qu’un DVD pour Die Feen (la version disponible chez Bel Air est en fait une adaptation pour enfants du tout premier opéra de Wagner). © 2017 Forum Opera (France)



Christian Merlin
Avant Scène Opéra, May 2017

On constate ces dernières années un regain d’intérêt pour le Wagner de jeunesse. Ainsi, l’an dernier, l’excellente production de la Défense d’aimer mise en scène par Mariame Clément à Strasbourg avait été précédée de cet autre spectacle monté à Madrid, en co-production avec Covent Garden, dont le metteur en scène Kasper Holten était alors le directeur. Pour cette comédie romantique où les influences d’Auber et Donizetti sont au moins aussi présentes que le Wagner à venir, le metteur en scène danois joue résolument la carte de la farce et du divertissement, en optant pour l’actualisation. Dans un décor et des costumes aux couleurs criardes et pour tout dire assez vulgaires, tout est fait pour accentuer le décalage burlesque : les policiers sont des bobbies londoniens, Marianna noie sa mélancolie en engloutissant un paquet de chips, le décret de Friedrich limitant les libertés publiques est annoncé par un tweet, Brighella se déguise en walkyrie pour le carnaval. C’est divertissant mais un peu facile et pas très léger.

La direction d’Ivor Bolton s’empare avec une belle énergie de cette partition à mi-chemin entre l’opéra-comique français et le romantisme, laisse d’autant moins de temps morts que l’on n’a pas reculé devant d’importantes coupures, et il obtient le meilleur de chœurs extrêmement sollicités. Il est exactement dans le ton, ce qui n’est pas le cas de tous les chanteurs. Manuel Uhl a la voix trop lourde pour Isabella, évoquant les futures héroïnes wagnériennes au détriment de la dimension belcantiste de l’écriture. A l’inverse, Peter Lodahl est un ténor trop léger, mozartien sous-dimensionné pour un emploi non dépourvu de vaillance, ce commentaire s’appliquant aussi au baryton Ilker Alkayürek, tandis que la mezzo Maria Miro n’est pas dépourvue d’acidité. C’est finalement chez les dépositaires de l’autorité que l’on rencontrera le plus de présence, que ce soit le Friedrich impérieux et grotesque de Christopher Maltman, ou le Brighella savoureux d’Ante Jerkunica. Une version d’attente. © 2017 Avant-Scène Opéra





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