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Album Reviews



 
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Florent Coudeyrat
ConcertoNet.com, September 2016

VERDI, G.: Due Foscari (I) (Royal Opera House, 2015) (NTSC) OA1207D
VERDI, G.: Due Foscari (I) (Royal Opera House, 2015) (Blu-ray, HD) OABD7197D

Drame de jeunesse composé deux ans après l’immense succès de Nabucco, I due Foscari (1844) est un diamant noir méconnu, paré de l’une des musiques les plus sombres jamais écrites par Verdi, mais rarement monté sur scène du fait de la pauvreté dramatique de son livret par trop redondant. Adaptée du drame éponyme de Byron, l’histoire du calvaire du doge Foscari et de son fils reste donc un défi pour les programmateurs souvent tenté par la version de concert (voir, par exemple, au Théâtre des Champs-Elysées en 2011, à Liège en 2013, ou à Marseille l’an passé) ou par le recours à des metteurs en scène audacieux, notamment Werner Herzog (à Rome en 2013) et Alvis Hermanis (à Milan en 2016).

Un tel ouvrage est aussi l’occasion pour un metteur en scène de se faire un nom: ainsi de l’Américain Thaddeus Strassberger (né en 1976) qui, après une carrière de plus de dix ans menée essentiellement en Amérique du Nord, a percé en Europe avec la production d’I due Foscari créée à Los Angeles en 2012, puis présentée les années suivantes à Valence, Vienne et Londres—à chaque fois avec Plácido Domingo dans le rôle du doge. C’est dans la capitale britannique que cette production a été enregistrée, permettant de retrouver un Domingo toujours aussi impressionnant de présence que touchant dans la fragilité et les nuances. A ses côtés, Francesco Meli impose un Jacopo Foscari impérial techniquement, à la voix puissante et articulé, plus à l’aise dans les aigus que dans l’émotion dramatique. C’est en ce dernier domaine que Maria Agresta (Lucrezia Contarini) convainc pleinement, ainsi que dans ses beaux graves de velours, même si l’aigu menace souvent la stabilité de la ligne de chant.

La mise en scène stylisée, pratiquement sans décors, nous emmène dans une atmosphère irréelle et intemporelle, baignée de nombreux clairs-obscurs et de contre-jours où le noir et la pénombre dominent. Strassberger semble ainsi symboliser les coups bas du pouvoir vénitien ourdis en dehors du regard public, dont seuls les costumes anciens discrètement modernisés rappellent l’origine historique de l’action. Les robes amples en satin très travaillées habillent hommes et femmes d’un luxe admirable, seulement égaillés par la courte scène des réjouissances populaires au début du III, tandis que les éclairages achèvent de faire de cette production une splendide réussite visuelle. Un véritable écrin permettant de concentrer l’intérêt du spectateur sur l’intensité dramatique des destins individuels de nos différents protagonistes, autour de la baguette alerte et agile d’un Antonio Pappano toujours aussi efficace. Une production hautement recommandable qui n’est pas près de se démoder. © 2016 ConcertoNet.com



Jean-Charles Hoffelé
ARTAMAG’, August 2016

Plácido Domingo poursuit inlassablement sa conquête des rôles de baryton. Le voici s’appropriant après Simon Boccanegra, l’autre Doge de Verdi, le vénitien Francesco Foscari. Inspiré par le drame de Byron, le livret de Francesco Maria Piave décrit d’abord les tourments d’un homme prisonnier de son propre pouvoir, incapable d’adoucir le sort de son fils.

L’ouvrage sera conçu pour Rome plutôt que pour Venise : les personnages sont historiques, les familles existaient toujours, l’aristocratie vénitienne aurait risqué de ne pas apprécier. Serait-ce injuste de concéder à Plácido Domingo une incarnation dramatique avec laquelle sa voix ne se trouve que rarement en adéquation ? Car si son timbre s’est assombri, ses phrasés, son style si particulier, la manière dont il galbe la mélodie verdienne font immédiatement entendre le souvenir du ténor.

Je ne boude pourtant pas son incarnation plus d’une fois fulgurante, d’autant qu’il est splendidement entouré. Maria Agresta gourme son chant, Lucrezia magnifique tout comme le Jacopo de Francesco Meli, héroïque, à la voix profuse, au style parfait.

Son « Notte, perpetua notte » au début du deuxième acte est anthologique. Et quel terrible Jacopo Loredano campe Maurizio Muraro ! Les comprimari soignent leur italien, Antonio Pappano met une tension à tout cela, illustrant la mise en scène sans histoire, parfois un rien gore de Thaddeus Strassberger : la puissance dramatique de l’ouvrage suffit en elle-même. © 2016 ARTAMAG’




Chantal Cazaux
Avant Scène Opéra, June 2016

Créée en 2012 au Los Angeles Opera, le fief de Plácido Domingo—qui le dirige et y dirige—cette production marque une nouvelle prise de rôle pour le ténor-désormais-baryton. Avec toute l’admiration que l’on a pour l’artiste et pour son implication expressive dans le personnage, indéniable au vu de cette captation vidéo, on peine à se convaincre de l’adéquation entre son timbre encore si ténorisant et ce personnage de père verdien et chenu, d’autant qu’un vibrato un peu trémulant point ici ou là. Manque la profondeur du baryton verdien, et cette perspective de tessiture qui seule peut donner aux aigus leur mordant sanglant, générateur d’angoisse ou de terreur, au lieu de les situer paradoxalement, comme ici, dans la zone de confort de l’interprète, les privant dès lors de relief dramatique.

Autour de Domingo la famille Foscari tient son rang, d’abord avec une Lucrezia Contarini dignement incarnée par Maria Agresta, qui surveille son chant mais investit son jeu, ensuite et surtout par le remarquable Jacopo de Francesco Meli : italianità souple et fière, style châtié, nuances raffinées, projection éperdue quand il le faut, tout y est. Le reste du plateau est homogène et de qualité, et l’on est heureux d’entendre la rare partition de Verdi servie par l’Orchestre de Covent Garden, sous la direction éloquente de Pappano qui en fait ressortir les moindres détails et lui confère une puissance narrative neuve.

La mise en scène de Thaddeus Strassberger, en revanche, mixe sans pertinence l’académisme (une direction d’acteurs appuyée, alourdie par les monumentaux costumes Renaissance de Mattie Ullrich), la noirceur (décors fermés et sombres de Kevin Night) et une tendance illustrative allant du kitsch (les festivités de la Place Saint-Marc) à l’outrance (les tortures, le meurtre du petit-fils Foscari). Pour Verdi, on reviendra au DVD Brilliant documentant la production de Milan 1988 (Gavazzeni/Pizzi, avec Renato Bruson). Pour Meli—et pour l’incroyable saga « Domingo »—on conservera celui-ci dans sa collection… © 2016 Avant-Scène Opéra





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