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Album Reviews



 
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Christian Merlin
Avant Scène Opéra, October 2016

Le joli Enlèvement que voilà ! Une fois admis que David McVicar est un metteur en scène caméléon, dépourvu de style propre mais qui fournit selon le cahier des charges (transposé ou en costumes, premier ou second degré…), on le sait capable du meilleur comme du pire. Quand il livre clé en main des productions déjà vieilles avant l’âge pour tourner dans les théâtres de répertoire, c’est l’opéra à son plus routinier. Quand il a le temps de faire de l’artisanal plutôt que de l’industriel, comme y invite Glyndebourne, on retrouve l’homme de talent. Certes, son Enlèvement évite toute relecture politique. Mais il échappe aussi au kitsch naïf. D’un esthétisme magnifié par le décor enchanteur de Vicky Mortimer et les éclairages rasants de Paule Constable, il nous conduit dans un Orient mauresque très XVIIIe siècle, où le Bosphore se mêle de subtiles influences européennes auxquelles un très occidental Pacha Selim n’a pas renoncé malgré sa conversion à l’Islam. Les images sont autant de tableaux vivants qui ravissent l’œil mais prennent aussi vie grâce à une direction d’acteurs très juste, aussi bien dans la comédie que dans la gravité. Car à défaut de message philosophique, McVicar montre avec énormément de justesse les enjeux humains de cette mise à l’épreuve du couple amoureux comme Mozart y est passé maître. Rarement avait-on montré à ce point le degré de sensualité dans lequel baigne cette fable. Rarement aussi avait-on été aussi loin dans l’ambivalence des sentiments de Constance envers le Pacha, auquel elle n’a jamais été aussi près de céder.

Cette justesse du jeu ne serait rien sans le naturel du timing musical, obtenu par la conjonction de la qualité des voix et de la fluidité de la direction de Robin Ticciati. A la tête des instruments anciens formidablement souples et réactifs de l’Orchestre de l’Age des Lumières, le tout jeune directeur musical du Festival, grand espoir de la direction d’orchestre britannique, propose un Enlèvement plus historiquement informé que celui de Yannick Nézet-Séguin, plus sanguin que celui de Jérémie Rhorer, moins artificiel que celui de René Jacobs : sans doute le meilleur compromis récent, en cette période faste pour une œuvre si belle et trop longtemps négligée. La rapidité des tempi sied aux musiques de janissaires et aux duels verbaux, mais elle ne nuit pas aux ensembles contemplatifs, qui gagnent en allant ce qu’ils perdent en suspension. Malgré la longueur des dialogues, on ne trouve jamais le temps long car le sens du rythme dramatique tombe juste. La distribution est jeune mais sans les faiblesses constatées dans les versions les plus récentes. La révélation sera sans conteste l’Osmin de Tobias Kehrer : alors que l’on se lamentait de voir disparaître les vraies basses noires et puissantes, en voici une qui n’a rien d’un ersatz ! Les deux couples sont parfaitement crédibles et assortis. On aime la Constance de Sally Matthews pour sa voix plus noble et charnue que celle des sopranos plus légers. On aime le ténor direct et lyrique d’Edgaras Montvidas, peut-être peu orthodoxe en termes mozartiens mais très incarné. On aime que son Pedrillo lui tienne la dragée haute en termes d’aplomb et de projection, tant Brenden Gunnell n’a rien d’un tenorino. Et l’on pardonnne à Mari Eriksmoen un suraigu qui casse plus qu’il ne passe, pour préférer retenir la maturité d’une caractérisation qui sort le personnage de Blonde de son statut de soubrette. On admire enfin l’incarnation très émouvante et séduisante du Pacha Selim par l’acteur français Franck Saurel, à ceci près que les germanophones devront accepter un accent allemand rappelant Bourvil ou Louis de Funès parlant anglais dans La Grande Vadrouille. Mais après tout pourquoi pas, si c’est pour marquer le choc des cultures ? Un travail d’équipe où tout tombe juste, ce n’est pas si fréquent. © 2016 Avant-Scène Opéra



Sébastien Foucart
ConcertoNet.com, September 2016

MOZART, W.A.: Entführung aus dem Serail (Die) (Glyndebourne, 2015) (NTSC) OA1215D
MOZART, W.A.: Entführung aus dem Serail (Die) (Glyndebourne, 2015) (Blu-ray, HD) OABD7204D

Le Festival de Glyndebourne a réuni une équipe de rêve : chacun chante dans un style impeccable et excelle dans la comédie. Le savoureux Pedrillo de Brenden Gunnell et le grandiose Osmin de Tobias Kehrer, basse d’immense classe, dominent la distribution masculine d’un cran, malgré le talent et les mérites d’Edgaras Montvidas en Belmonte, et à l’exception du Selim d’anthologie de Franck Saurel. Impressionnant, le comédien français révèle l’humanité et la sensibilité du pacha derrière une autorité de façade. Les dames se montrent tout aussi épanouies. Soprano séduisant et au beau tempérament dramatique, Sally Matthews compose sa Constance avec force et raffinement tandis que Mari Eriksmoen s’impose avec le plus parfait naturel en Blonde, exquise et affirmée.

Ce beau et grand spectacle prouve la place que David McVicar occupe parmi les meilleurs. Il apporte un démenti à ceux qui proclament à tort et à travers que les metteurs en scène d’opéra, de nos jours, projettent leurs fantasmes, ne respectent pas les œuvres et ne connaissent rien à la musique. L’action se déroule à l’époque de la composition, dans un Orient à la fois réaliste et conforme à l’imaginaire. La clarté des intentions, la précision de la direction d’acteur et l’étroite identification des interprètes à leur personnage apportent de la profondeur à ce spectacle drôle et rythmé et lui confèrent un aspect à la fois classique et moderne ; l’importance des dialogues en explique la durée, un peu moins de trois heures.

Nous aurions voulu être dans la salle également pour les lumières, les décors et les costumes, de bon goût, et pour l’Orchestre de l’Age des Lumières, d’une conduite impeccable sous la direction acérée de Robin Ticciati. Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore L’Enlèvement au sérail, ce DVD offre une occasion idéale de le découvrir, mais les autres en tireront aussi beaucoup de plaisir. © 2016 ConcertoNet.com



Jean-Charles Hoffelé
ARTAMAG’, August 2016

L’Enlèvement au Sérail, cet opéra de tous les possibles écrit par un Mozart de vingt-six ans, n’en finit pas de titiller les metteurs en scène. Le décor de l’intrigue—la Turquie du XVIIe siècle—les autorise un peu vite à y transporter les scories de l’actualité, djihad compris.

Pour l’édition 2015 du Festival de Glyndebourne, David McVicar s’est bien gardé de polluer le propos de Mozart ni d’ailleurs d’en déformer la musique comme l’a hélas fait Wajdi Mouawad tout récemment à l’Opéra de Lyon, seul bémol d’une production dont l’esprit d’ailleurs n’est pas si loin que cela de celui de McVicar.

Le metteur en scène écossais transpose l’action d’un siècle : on est à l’époque de Mozart, est bien dans un sérail ottoman, les décors sont prodigieux, la direction d’acteurs, d’une finesse dans la fantaisie comme dans la farce, dans la sensualité comme dans la terreur, est portée par une fluidité de l’action scénique permise par tout un ensemble de portes, de panneaux et de moucharabiés amovibles. Les éclairages sont magiques, le spectacle envoûtant de bout en bout.

Comme chez tant de ses confrères, McVicar concentre son attention sur celui « qui ne chante pas » : le Pacha Selim, génialement joué par Franck Saurel, est un enfant du Siècle des Lumières : il entre sur une des musiques les plus magiques jamais écrites par Mozart, l’Adagio de la Gran Partita. Lorsque Konstanze se prépare aux tortures promises en chantant « Marten alle Arten », c’est lui qui souffre et tremble.

Fascinant, tout comme la distribution assemblée ici à commencer par l’Osmin irrésistible de Tobias Kehrer ou Edgaras Montvidas mettant tant de passion et de caractère à son Belmonte qu’il en oublie parfois toute grâce mozartienne, mais quelle voix, quel élan ! Fabuleuse, la Blonde de Mari Eriksmoen, quasiment princier le Pedrillo de Brenden Gunnell ; mais je n’ai d’yeux et d’oreilles que pour la Konstanze de Sally Matthews, ses trilles blonds, ses vocalise liquides, ses mots défaits, sa terreur rayonnante, ses coloratures incendiaires.

Robin Ticciati, la coqueluche de Glyndebourne, mène sa troupe avec panache, mais c’est David McVicar qui a le dernier mot : au final, il nous montre Selim entouré par la tendresse de ses enfants, sauvé de lui-même. Magnifique Enlèvement. © 2016 ARTAMAG’





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