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Olivier Rouvière
Avant Scène Opéra, November 2016

La Sorcière d’Endor (chantée par un homme, comme prescrit) sort d’entre les jambes de Saül puis l’allaite de ses seins flapis ; la bouche pleine de lait, Christopher Purves se met alors à dialoguer avec lui-même, puisqu’il chante à la fois le rôle du roi d’Israël et celui de Samuel…Ce n’est que l’une des visions expressionnistes que multiplie la mise en scène de Barrie Kosky. Elle débute dans une cour décadente du XVIIIe siècle (celle de Charles II ?) inspirée du Meurtre dans un jardin anglais de Greenaway puis, à l’acte II, convoque, on ne sait trop pourquoi, des costumes contemporains. Parfois forte (la mer de bougies représentant la chambre nuptiale de David, l’océan de cadavres qui fait suite au combat du Mont Gelboé), souvent obscure (pourquoi le Grand-Prêtre est-il déguisé en Joker aux griffes mauves ?), elle joue habilement des focales, rétrécissements et élargissements de l’espace grâce aux rideaux, ainsi que d’une chorégraphie iconoclaste, mais s’articule sur une direction d’acteurs trop inspirée du soap opera—et que je te pousse, tire, flanque par terre, grimace et m’arrache les cheveux—pour toucher vraiment. L’œuvre s’y prête à moitié. Touffu, résolument expérimental avec son orchestre bariolé, son Ouverture mêlant sinfonia à l’italienne et concerto pour orgue et ses 86 numéros musicaux (dont très peu de récitatifs et d’airs da capo), le cinquième oratorio anglais du Saxon (1739) possède en effet une dimension shakespearienne qui appelle le théâtre. Mais l’action véritable y est expédiée en deux ou trois brèves scènes : à l’acte III, trente secondes suffisent à représenter la bataille tandis qu’on pleure Saül pendant trente minutes…Dans ces conditions, n’importe quel scénographe court le risque du remplissage et Kosky ne l’évite pas. Bolton, pour sa part, et à son habitude, conduit son monde à un train d’enfer—c’est viril, nerveux mais aussi bruyant et peu sensible. Chœur et orchestre y gagnent une tonicité qu’ils n’ont pas toujours eue—tant pis pour les détails (les airs planants de David, par exemple). Tant pis aussi pour le délicieux rôle de Michal, vociféré par Bevan, et pour les vocalises de Saul, savonnées par un Purves efficace mais fruste. Appleby est un Jonathan solide mais sans grâce, Davies un…David concerné et lumineux, Crowe une Merab étincelante malgré quelques sons appuyés, Hulett un superbe Grand-Prêtre en dépit de son accoutrement (et l’on se réjouit de retrouver tous ses airs puisque la partition est donnée intégralement). Pour le chant, tournez-vous donc plutôt vers Mackerras (Archiv) ou Harnoncourt (Teldec). Pour l’image, vous n’avez pas le choix—notons d’ailleurs l’excellence de la réalisation due à François Roussillon, habile à capter les regards et donc à sublimer une scénographie parfois grotesque. © 2016 Avant Scène Opéra



Jean-Charles Hoffelé
ARTAMAG’, August 2016

Haendel est chez lui à Glyndebourne depuis les années 1990 lorsque Peter Sellars proposa sa relecture radicale de Theodora, mais ce Saul selon un Barrie Kosky particulièrement inspiré dépasse tout ce que The Great Bear aura pu voir depuis son paradis sur la scène du festival.

Reprenant le sol de sable noir inauguré pour Castor et Pollux, il laisse sa scène ouverte à une formidable suractivité dramatique : son usage du chœur est étourdissant, les danseurs échevelés qui piquent l’action enthousiasmants. Seule une immense table barre le fond de scène, apprêtée pour un banquet. Cet espace vide et sombre lui permet de créer autant d’images saisissantes pour illustrer le drame de Saul. Sa cour somptueuse en costumes XVIIIe savamment modernisés entoure la folie du roi comme un étau.

Clou du spectacle, la Scène de la visite à la Sorcière d’Endor—John Graham-Hall y est incroyable—monstre aux mamelles hypertrophiées. Saul semble l’accoucher avant de se métamorphoser en prenant l’apparence du spectre de Samuel. Cela vous donne une idée de la force de cette mise en scène stupéfiante.

Remarquable, fulgurant, et chanté comme rarement l’œuvre l’aura été ces dernières années. Triomphateur incontestable de la soirée, le chœur, emmené avec vigueur par Jeremy Bine. Mais toute la distribution se distingue : magnifique de style, le Jonathan si suave de l’américain Paul Appleby, alors que Iestyn Davies émeut, David ardent et inquiet tour à tour. Lucy Crowe campe une Merab dangereuse, virtuose et abrasive, Sophie Bevan met le miel de son timbre à la tendre Michal, Benjamin Hulett dessine dans son habit de bouffon des silhouettes acérées, mais tous cèdent la place au Saul de Christopher Purves, halluciné, magistral. Serait-ce le rôle de sa vie ? La caméra virtuose de François Roussillon saisit tout de ce spectacle prodigieux.

Sur cette production fascinante, Ivor Bolton met un irrépressible théâtre où éclatent les couleurs somptueuses de l’Orchestre du Siècle des Lumières. Indispensable. © 2016 ARTAMAG’





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