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Album Reviews



 
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Ayrton Desimpelaere
Crescendo (France), January 2017

S’attaquer au monstre de difficultés qu’est The Rape of Lucretia était en août 2015 un pari osé, 70 ans après la création, que le couple Leo Hussain/Fiona Shaw sublime au festival de Glyndebourne. Adoptant des décors minimalistes, sombres et dans une ambiance tantôt glaciale, tantôt bestiale (Michael Levine), l’association de climats presque sinistre colle d’une manière remarquable à la musique crue et franche de Britten. Ici, Fiona Shaw ne se contente pas seulement de suivre à la lettre le livret de Ronald Duncan mais se plaît à déstructurer l’œuvre—tout en respectant la trame dramatique—pour en offrir une vision plus actuelle et peut-être plus humaine, preuve d’une compréhension sans failles du texte. Ainsi, les Chœurs masculins et féminins, coups de cœur de cette production, ne sont plus placés en simples observateurs sur le côté mais font partie intégrante de l’œuvre en interagissant, comme archéologues à travers les ruines romaines, avec chacun des protagonistes. Chacun des personnages évoluent ainsi sur un plateau faiblement éclairé, mais toujours dans la justesse dramatique, recouvert de terre noire et d’une « bâche » pouvant à tout moment se transformer en tente ou se retirer d’un simple mouvement. D’un point de vue musical, la baguette de Leo Hussain ne manque pas de précision et de limpidité. Les treize musiciens du London Philharmonic Orchestra font corps avec cette musique acide, parfois d’une violence sans précédent et offrent ainsi une lecture bouillonnante dont l’énergie ne s’estompe jamais. Christine Rice offre une Lucrèce de haut vol, tant dans la construction musicale et esthétique que dans le jeu d’acteur. Sa voix resplendissante et épurée contraste avec le Tarquin de Duncan Rock : voix solide, dynamique et non dénuée d’une certaine sauvagerie. Collatin (Matthew Rose) est tout aussi impressionnant. Doué d’un timbre grave et dominant, il assure une parfaite connexion avec le Junius magistral de Michael Sumuel. Face à ces trois soldats, Bianca et Lucia n’ont pas à rougir. Catherine Wyn-Rogers et Louisa Alder développent un jeu touchant, en totale adéquation avec l’esprit de la mise en scène. Enfin, Allan Clayton (Chœur masculin) et Kate Royal (Chœur féminin) affichent clairement une prise de rôle exceptionnelle tant par la tenue que par l’expressivité qu’ils parviennent à créer. A eux deux, ils donnent une plus-value non négligeable à cette œuvre complexe. Clayton possède un ambitus large, une voix puissante tout en construisant une palette de couleurs et de contrastes saisissante. Dans la même lignée, Kate Royal ne semble à aucun moment déstabilisée par la complexité du rôle et tend au contraire à la sublimer par des répliques réfléchies et intelligemment construites.

Voulant toucher à « l’archéologie de l’esprit », Fiona Shaw est parvenue à construire, sans rentrer dans la facilité ou l’exagération, un spectacle d’une grande qualité grâce à une équipe technique et musicale en parfaite harmonie. © 2017 Crescendo (France)




Diapason, December 2016

Adieux symboles et abstractions. Fiona Shaw rend l’opéra chambriste de Britten à la Rome sanguinaire des Etrusques. © 2016 Diapason



Sébastien Foucart
ConcertoNet.com, November 2016

BRITTEN, B.: Rape of Lucretia (The) (Glyndebourne, 2015) (NTSC) OA1219D
BRITTEN, B.: Rape of Lucretia (The) (Glyndebourne, 2015) (Blu-ray, HD) OABD7206D

La vidéographie britténienne s’enrichit avec Le Viol de Lucrèce (1946) à Glyndebourne en 2015, fort recommandable, comme le splendide spectacle à Aldeburgh en 2001, paru chez le même éditeur (OA 1123). Opus Arte a raison de publier aussi la captation de cette production très convaincante. Une des particularités de la mise en scène puissante et imaginative de Fiona Shaw réside dans l’importance du chœur masculin et du chœur féminin. Plus que simples observateurs et commentateurs, ils incarnent, dans les années 1940, deux archéologues qui vivent sur leur chantier de fouilles la tragédie de Lucrèce en s’identifiant aux figures antiques: les voix de l’excellent Allan Clayton et de Kate Royal se complètent parfaitement, malgré le timbre peu amène de la soprano. Christine Rice se montre tout de dignité en Lucrèce, et vocalement digne d’éloges, mais moins saisissante et bouleversante que Sarah Connolly. D’excellents chanteurs à la mâle assurance endossent de manière irréprochable les rôles de Junius (Michael Sumuel), Collatinus (Matthew Rose) et Tarquinius (Duncan Rock, débordant de testostérone), tandis que Catherine Wyn-Rogers exprime avec justesse le caractère maternel de Bianca. Moins analytique que Paul Daniel, Leo Hussain dirige un Orchestre philharmonique de Londres à la fois percutant et subtil. Malgré le travail élaboré sur les lumières, la scénographie très sombre ne passe pas toujours bien à l’écran. L’image de François Roussillon parvient toutefois à restituer la beauté du dispositif et des effets visuels. © 2016 ConcertoNet.com



Chantal Cazaux
Avant Scène Opéra, October 2016

La dernière soirée de ce Rape of Lucretia avait été l’un des moments forts du Festival de Glyndebourne, le 19 août 2015 (lire ici). Voici donc éditée en DVD cette production intense et bouleversante, qui prend d’emblée une place de choix dans la vidéographie ténue mais de haut vol de l’ouvrage, aux côtés—mais fort différemment—du téléfilm documentant la mise en scène de Graham Vick à l’ENO (1987, DVD ArtHaus) et de la version Daniels/McVicar (Aldeburgh 2001, également chez Opus Arte).

La réalisation de François Roussillon permet à la fois d’approcher au plus près les visages et les émotions d’interprètes transcendés par une direction d’acteurs âpre et fouillée, et de rendre compte (pari ô combien difficile !) d’une scénographie à la simplicité périlleuse et dominée par l’obscurité d’une nuit de cauchemar. Les éclairages rasants de Paul Anderson, dorés de chaleur humaine ou refroidis d’instinct criminel, la noirceur dévorante du décor de Michael Levine (du fond de scène jusqu’au sol), la tristesse désolée du dispositif scénique (un champ de fouilles archéologiques) : tout confère à ce Viol de Lucrèce la saveur grave d’un hommage funèbre. Fiona Shaw fait du plateau le point de rencontre du passé et du présent, où se croisent les fantômes antiques de Romains disparus et les commentateurs contemporains de leur tragédie, un Chœur masculin et un Chœur féminin qui semblent errer à la recherche de leurs ancêtres lointains. Lui (Allan Clayton), lyrique et panique, se fond peu à peu dans le Tarquinius rageur et conquérant de Duncan Rock. Elle (Kate Royal) est la sœur en féminité ancestrale et en élégance racée d’une Lucretia saisissante, sans pathos ni effet autre que sa perdition intérieure (Christine Rice) et dont l’époux Collatinus est un Matthew Rose profondément émouvant. Equipe sans faute à laquelle il faut ajouter les deux Servantes complémentaires de Louise Alder, enfantine, et Catherine Wyn-Rogers, maternelle, et le Junius égaré de Michael Sumuel. A chacun, Fiona Shaw offre une vérité de l’être faite de mille riens, petits détails discrets dont la ronde forme sens, un sens que la sémantique des costumes de Nicky Gillibrand, entre guerres romaines et Guerre mondiale (rappelons que The Rape of Lucretia fut créé en 1946), élargit à une humanité souffrante par-delà les siècles, exhumée sous nos yeux du tombeau comme les fondations de la maison de Collatinus se font jour peu à peu sous l’humus.

A la tête des solistes du London Philharmonic Orchestra, Leo Hussain fait le choix d’une direction âcre et engagée, partie prenante du drame, l’intensifiant même dans un vertige terrifiant. On en oublie toute distance—celle que le livret de Ronald Duncan peut parfois instaurer, avec ses commentaires extérieurs au drame -, tout comme l’arrière-fond chrétien qui, trop appuyé, pourrait rendre l’ouvrage édifiant et ne colore ici « que » la dernière et sublime image du spectacle, parachevant un chemin de croix qui est aussi résurrection des morts par le souvenir des vivants. Tous humains, trop humains, aux prises hic et nunc avec la complexité de l’âme où la vertu n’est vertu que confrontée au vice, personnages et spectateurs se confondent alors en une même contemplation muette. © Avant-Scène Opéra





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