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Album Reviews



 
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Jean-Luc Clairet
ResMusica.com, February 2019

Confiée à un des meilleurs metteurs en scène du moment, à un chef passionné, à une distribution judicieusement choisie, cette version anglaise du chef-d’œuvre de Puccini peut séduire les tenants de la tradition comme les amateurs de vision.

Ni perdue dans l’espace, ni terre à terre, la nouvelle Bohème de Richard Jones (après Bregenz en 2002) séduit par l’originalité de son dispositif. Un spectacle de Richard Jones est toujours une affaire de décor. Et même de décors, Jones en offrant pas moins de quatre au seul bref deuxième acte (20 minutes) d’un des opéras les plus courts (1h50) du répertoire : une rue sous la neige, trois galeries marchandes, l’intérieur de Momus, une allée de réverbères. Malgré la précision décorative et costumière, le metteur en scène britannique ne vise jamais la reconstitution in extenso. Sa vision, de type radiographique, ne garde que l’essentiel d’un XIXe siècle qui découvrait les Grands Magasins et l’Électricité. La mansarde de Jones (un entrelacs de madriers nus) cite un unique meuble : un poêle à la tuyauterie démesurée (comme chez Carsen) blotti sous une charpente glaciale. Invitée de marque en terme esthétique, la neige tombe sur les trois premiers actes, d’abord une simple coulée dès l’accueil du spectateur, puis une chute en continu, frêle derrière les baies vitrées de Momus, conséquente sur la Barrière d’Enfer : Jones fait ainsi souffler sur le luxe de sa vision le froid qui consumera Mimi.

La direction de Pappano voit grand. En amoureux de la partition, le directeur musical de la ROH en sculpte chaque mélodie, chaque détail orchestral, avec une attention particulière pour la harpe et les sonorités graves des moments intimistes. Le Marcello de Marius Kwieceń est exceptionnel. La Mimi ample et naturelle de Nicole Car, loin de toute minauderie, sourire et regard d’une grande bonté, emporte la sympathie. Michael Fabiano, Rodolphe séduisant vocalement, évite prudemment de jouer les Pavarotti en fin de I, mais convoque les sanglots de Di Stefano pour un finale bouleversant qui n’est pas sans évoquer les frissons de son José fracassé à Aix. Luca Tittoto et Florian Sempey sont des colocataires que l’on aurait volontiers intervertis. Simona Mihai convainc avec une Musetta à l’aise dans l’abattage comme dans l’empathie. Le Chœur, aussi bien croqué que les solistes par Jones, fait montre de précision et d’énergie au cours de la périlleuse mission du II.

Le filmage de Rhodri Huw nous vaut notre unique motif d’agacement. Déjà aveugle face au changement de décor à vue entre les Actes I et II, le vidéaste récidive entre le III et le IV : s’il donne à voir la spectaculaire translation de la Barrière d’Enfer entre jardin et cour, il nous prive de celle de la mansarde du fond de scène vers la rampe, au moyen d’un plan de coupe aussi inutile qu’assassin quant à la fluidité rêvée du spectacle.

Souhaitons à La Bohème de Richard Jones un avenir aussi pérenne que le passé de la mise en scène de John Copley, sur laquelle le rideau de Covent Garden s’est levé 40 années durant ! © 2019 ResMusica.com




Emmanuel Dupuy
Diapason, February 2019

PUCCINI, G.: Bohème (La) [Opera] (Royal Opera House, 2017) (NTSC) OA1272D
PUCCINI, G.: Bohème (La) [Opera] (Royal Opera House, 2017) (Blu-ray, HD) OABD7248D

PUCCINI, G.: Madama Butterfly [Opera] (Royal Opera House, 2017) (NTSC) OA1268D
PUCCINI, G.: Madama Butterfly [Opera] (Royal Opera House, 2017) (Blu-ray, HD) OABD7244D

Brexit ou pas, nos amis anglais cultivent, en matière de mise en scène, une voie singulière par rapport au continent. En témoigne cette Bohème ultralittérale filmée en 2017 à Covent Garden, où une mansarde est une mansarde, un café est un café… Ce spectacle qui fleure bon la tradition, avec un souci esthétique évitant la surcharge, n’empêche pas que s’épanouisse une direction d’acteurs mobile, autant dans les mouvements de foule que dans l’intimité. Aucune mièvrerie, mais une inutile vulgarité, quand Musetta balance sa petite culotte au visage de Marcello…

Même année, même lieu : Madama Butterfly vue par Caurier & Leiser semble avoir pris un sérieux coup de vieux (il s’agit de la reprise d’une cloisons de papier, ses kimonos colorés, et ses coiffures en chignon, l’ensemble véhicule l’image d’un Japon de carte postale qui n’aurait pas effarouché le lyricomane des années 1950.

Les deux distributions témoignent hélas ! de la décrépitude actuelle du chant italien. Comme à Paris il y a quelques mois, Nicole Car se révèle une musicienne scrupuleuse, doublée d’une actrice sensible, cependant assez commune de timbre, pas toujours très souple dans ses phrasés. Cette Mimi n’émeut pas plus que la Cio-Cio-San d’Ermonela Jaho, qui affronte certes avec courage un des rôles les plus longs du répertoire, mais sans le moelleux ni l’ampleur dont se prévalent les plus illustres geishas – avec même une pointe d’aigreur et quelques minauderies assez rédhibitoires.

Côté ténors, ce n’est pas la fête non plus. Fabiano donne de la voix en mode stentor et Puente, s’il montre plus de délicatesses, accuse quelques fragilités dans l’aigu et le contrôle du vibrato. Parmi les seconds rôles, se distingue surtout Kwiecien dans La Bohème, à la fois enjôleur et carnassier.

Le grand héros de ces deux soirées est aussi leur dénominateur commun : le geste généreux de Pappano fait régner dans la fosse une animation de chaque instant, créant les conditions d’un dialogue inlassablement relancé entre tous les pupitres d’un orchestre somptueux – on n’en dira pas autant du choeur, aux dames loin d’être irréprochables. © 2019 Diapason





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