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S├ębastien Gauthier
ConcertoNet.com, October 2015

Agostino Steffani (1654–1728) a eu une vie plutôt riche: qu’on en juge! Musicien prolifique, ayant notamment influencé de façon décisive Händel, il fut également prélat et diplomate. Laissant derrière lui de nombreux opéras, voici donc Niobé, Reine de Thèbes, opéra commandé par le prince Maximilien II Emmanuel de Bavière et créé à Munich le 5 janvier 1688 dont on a déjà pu rendre compte lorsqu’il fut représenté il y a quelques mois à l’Opéra royal de Versailles. Le présent enregistrement, jusqu’alors seulement concurrencé par celui dirigé par Paul O’Dette et Stephen Stubbs chez Erato (avec Karina Gauvin et Philippe Jaroussky dans les rôles de Niobé et d’Amphion), revêt une importance particulière puisqu’il s’agit du premier enregistrement existant de cet opéra, qui plus est pris sur le vif.

Comme souvent pour l’époque, l’histoire de Niobé est tirée des Métamorphoses d’Ovide. Niobé, reine de Thèbes, est l’épouse du roi Amphion, fils de Jupiter. Connue pour sa fierté, Niobé développa un orgueil sans limite au point de se prendre pour une déesse. Après diverses péripéties, elle vit ses enfants tués par les dieux Apollon et Diane, qui se vengeaient ainsi des ordres de la Reine de détruire les autels qui leur étaient consacrés. Persistant dans sa fierté et son arrogance, elle meurt en étant transformée en statue de pierre.

Ces trois disques relatent donc avec une belle prise de son l’histoire tragique de cette reine au caractère si affirmé: comment alors ne pas avoir aussitôt à l’esprit l’image de Véronique Gens? Car c’est elle qui, dans cet enregistrement, domine largement l’équipe tant elle irradie de charisme dans un rôle qui, du point de vue scénique, devait lui convenir comme un gant. Bénéficiant d’une voix chaude et pleine, elle déploie toute l’arrogance de son personnage dans l’air magnifique «Vorrei sempre vagheggiarti» (acte I, scène 14), faisant par ailleurs preuve d’une virtuosité à couper le souffle quand la partition le requiert (l’air «Qui la Dea cieca volante» à la scène 3 de l’acte II). Si elle l’emporte haut la main, c’est également faute de combattant, car la déception est grande à l’écoute de Jacek Laszczkowski dans le rôle d’Amphion, personnage auquel sont pourtant dévolus parmi les plus beaux airs de l’opéra. Le souffle est court en maintes occasions, le conduisant bien souvent à forcer ses aigus (l’air «Come padre, e come Dio» à la scène 21 de l’acte I ou l’air «Tra bellici carmi» à la fin de l’acte II), la voix est hésitante et fréquemment voilée (l’air «Ascendo alle stelle» à la scène 4 de l’acte II), le chanteur ne convainquant l’auditeur à aucun moment. Quand on se souvient de ce qu’avait pu nous donner Philippe Jaroussky à Versailles, que de frustrations ici!

Au contraire, si son personnage nous avait alors paru sans consistance il y a quelques mois, le chant de Lothar Odinius réhabilite ici totalement Tiberinus et ce dès son premier air «Alba esulti, e il Lazio goda». Ses diverses interventions font toutes partie des meilleurs moments de l’opéra, soutenu il est vrai par un très bel orchestre dans l’air très champêtre «Quanto sospirerai» (acte I, scène 26) ou par un enthousiasme qui gagne l’auditeur dans l’air «Il tuo sguardo» à la scène 7 de l’acte II. En revanche, comme quoi selon les interprétations tout peut s’avérer fort différent, Delphine Galou ne nous enthousiasme pas autant que l’avait fait José Lemos dans le rôle de Nerea; si la voix n’est évidemment pas en cause, c’est la spontanéité et la distanciation qui font ici défaut, le jeune contre-ténor brésilien José Lemos ayant su davantage jouer sur la comédie et le naturel. Pour autant, on a bien du mal à ne pas être séduit par l’air «Questi giovani moderni», qui conclut le deuxième acte.

Bénéficiant d’une voix très souple et possédant un vrai sens de l’articulation, Iestyn Davies campe un excellent Créon – l’air «Dove, sciolti a volo i vanni» à l’acte I! – tandis que le très professionnel Alastair Miles fait de nouveau un sans faute dans l’incarnation du personnage de Poliferno, les trois autres voix solistes tenant égalent leur rang sans difficulté majeure.

Thomas Hengelbrock conduit le Balthasar-Neumann-Ensemble avec un peu trop de prudence là où Paul O’Dette et Stephen Stubbs savaient mettre davantage de vie et de spontanéité. Les interventions solistes (violon, flûtes, cuivres en de rares occasions) sont néanmoins impeccables et font de cet enregistrement une belle version mais qui cède le pas à celle publiée chez Erato. Un coffret à acquérir donc avant tout pour Véronique Gens! © 2015 ConcertoNet.com





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