Classical Music Home

Welcome to Naxos Records

Email Password  
Not a subscriber yet?  
Keyword Search
 in   
 Classical Music Home > Naxos Album Reviews

Album Reviews



 
See latest reviews of other albums...

Jean-Charles Hoffelé
ARTAMAG’, January 2016

DVORÁK, A. / LALO, E.: Cello Concertos (Moser, Prague Philharmonia, Hruša) PTC5186488
DVORÁK, A.: Cello Concerto / Piano Trio No. 4, "Dumky" (Klinger, Batiashvili, Chernyavska, Gaudenz) OC1828
ANJA THAUER PLAYS DVORAK, REGER & FRANCAIX 028948221813

Johannes Moser, trente-six printemps en mai dernier, est l’un des tous grands violoncellistes de sa génération, dont la discographie souvent aventureuse aura réservé jusque là bien des surprises. Changeant d’éditeur, il se confronte aujourd’hui au concerto assoluto des violoncellistes, l’injouable poème en trois tableaux que Dvořák destinait à son ami Hanus Wihan. Finalement, des bisbilles au sujet d’une cadence ayant distendu leur amitié, Leo Stern en sera le créateur à Londres le 19 mars 1896 sous la direction du compositeur.

On l’oublie trop, mais Dvořák en reçut l’inspiration lors de son séjour à New York après avoir entendu le Second Concerto de Victor Herbert. Peu de violoncellistes ont l’idée d’enregistrer les deux œuvres en regard, alors même que cette confrontation s’avérerait passionnante. Mais Gautier Capuçon (somptueux) (Virgin/Erato) et plus anciennement James Kreger (chez la Guild) l’ont toutefois osé. Johannes Moser aura préféré lui opposer le brillant Concerto de Lalo, où son archet joue les danseuses avec une virtuosité étourdissante.

Mais dans le Dvořák je reconnais à peine son jeu habituellement flamboyant. Dès l’entrée de l’orchestre, le ton est donné par la direction introspective, sombre et à vrai dire un peu éteinte voulue par Jakub Hrůša. L’entrée du soliste se fait sans élan, comme si Moser avait choisi de ne pas forcer le trait. Et de fait son violoncelle se fait classique comme jamais il ne le fut, chantant modestement, jouant au fond assez petit son, ne variant guère les phrasés. Mais ce chant tenu, cherchant l’intimité plutôt que l’expression, dévoile la part lyrique de l’œuvre. Sans complexe, il ose des portamenti, des changements de registrations très subtils dont les colorations surprennent, et peu à peu j’entre dans sa ballade secrète, caressé d’un archet étrangement léger. Quel dommage que son orchestre reste sans paysage, quasiment de pure routine, je peine à croire que Jakub Hrůša le dirige.

Sebastian Klinger, son aîné de deux ans, a lui aussi décidé de graver son Dvořák. Et il a bien eu raison. Ne se limitant pas à la veine lyrique, il ose y incarner ce conteur subtil et un rien angoissant qu’y avait inventé Pablo Casals. Sans avoir la virtuosité absolue de Moser, il passe outre, accepte tous les risques et chante avec un emportement émouvant. La générosité de cet archet, ses phrasés si tendres ou si déchirants me renvoient à ceux que Piatigorsky y osait jadis, impérieux, intenses.

L’Adagio se pare d’une rêverie amère que je n’y avais jamais trouvée et le concertino avec les bois est simplement magique, d’une tendresse effusive. Évitant tout effet dans le Finale, Klinger le danse littéralement. Son violoncelle au médium et à l’aigu si naturellement chantant – un somptueux Camillius Camilli de 1736 – n’est pas pour peu dans cette réussite. Malgré un orchestre modeste mais dirigé avec art, il offre une lecture qui me semble plus aboutie et pourtant moins parfaite que celle de son cadet. Le couplage achève de faire son disque vainqueur, qui offre une splendide lecture automnale du Trio Dumky où le rejoignent le violon de Lisa Batiashvili et le piano de Milana Chernyavska.

Pourtant, ces deux nouveaux apôtres du chef-d’œuvre de Dvořák doivent s’incliner devant une exhumation. Eloquence Australie republie en un CD les deux microsillons qu’Anja Thauer enregistra en 1964 et 1968 pour la Deutsche Grammophon.

Cette magnifique jeune femme qui se suicida après la fin d’une liaison amoureuse à l’âge de 28 ans, n’eut le temps que de graver ces deux albums, une version étonnante du Concerto de D’Albert, avec Maria Bergman une Arpeggione désarmante de lyrisme et le Rondeau de Jean Françaix ayant paru précédemment chez un autre éditeur. Depuis, un label allemand indépendant a heureusement publié trois CD dévoilant ce premier disque et quelques enregistrements radiophoniques de cette violoncelliste géniale.

Dès son entrée dans le Dvořák, on entend ce tempérament de feu qui plie la phrase, la fait parler. Thauer n’aura jamais disposé d’un aussi bel instrument que ceux joués aujourd’hui par Johannes Moser ou Sebastian Klinger, mais elle fait littéralement le grand son de son violoncelle, le projette à force de technique et d’art, et quel art ! Accompagnée avec ferveur par Zdeněk Mácal, alors tout jeune trentenaire, et à la veille de son exil dicté par l’invasion soviétique qui allait survenir cinq mois après cet enregistrement, la violoncelliste allemande délivre ici son grand œuvre, porté par un Orchestre Philharmonique Tchèque conquis par son jeu épique.

Anja Thauer avait enregistré sur son premier microsillon le Rondeau de Jean Françaix. Celui-ci la tenait pour un génie et fut trop heureux d’enregistrer avec elle la Fantaisie qu’il avait écrite à l’intention de son partenaire attitré, Maurice Gendron. Cet archet plein d’esprit, ce piano aux timbres si subtils font un mariage détonant. Et entendre Anja Thauer seule animant la si profonde, si sentie Troisième Suite de Reger nous fait pleurer ces Suites de Bach qu’elle n’eut pas le temps d’envisager. Si vous aimez Jacqueline Du Pré, découvrez sans tarder sa petite sœur de l’autre coté du Rhin. © 2016 ARTAMAG’





Naxos Records, a member of the Naxos Music Group