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Album Reviews



 
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Agnès Simon
ResMusica.com, September 2016

Du répertoire pour piano seul de Brahms, le pianiste italien Gabriele Carcano retient trois pièces des années 1853-54, que nous hésitons à qualifier « de jeunesse » tant elles sont abouties. Un enregistrement de haut niveau, au jeu profond et varié.

Comment ne pas être saisi par l’entrée magistrale dans la troisième sonate, dont la dimension symphonique, en son temps déjà soulignée par Robert Schumann, est ici évidente ? Mais aussi par la suavité et la délicatesse de l’Andante qui le suit, puis l’énergie qui mène le Scherzo, comme leScherzo op. 4 qui clôt le disque, sans toutefois correspondre à l’indication de « rasch und feurig ». Aussi dans l’ensemble, le pianiste semble contenir la fougue et la passion propres à ces œuvres dans un tempo ample qui lui permet de soigner ses couleurs et son jeu, sans pour autant perdre en énergie ni en légèreté. Il sait conduire la musique à son climax : les accords finaux de la sonate apparaissent comme l’aboutissement lumineux et naturel d’une brillante coda.

Avec les Variations op. 5, le pianiste fait entendre un aspect peut-être plus inattendu de l’œuvre de Brahms, et fortement empreint de l’influence musicale de Schumann et probablement de sa liaison personnelle avec la famille de son aîné. Dédiées à Clara, elles s’appuient sur un thème des Bunte Blätter, dont il cite d’autres pièces (la variation 9 faisant par exemple allusion à la pièce n° 5). Les pièces rêveuses et contemplatives alternent avec les pièces passionnées et vives, à l’image des êtres schumaniens Eusebius et Florestan. Le pianiste est convaincant dans ces différents registres.

Gabriele Carcano, trentenaire italien qui a travaillé un temps avec Aldo Ciccolini et son disciple Nicholas Angelich (parfois réunis sur scène) est un pianiste actif sur les scènes italiennes, allemandes, et dans une moindre mesure françaises. Il mène un travail soigné et mûri dans ce répertoire allemand qui semble fait pour lui. © 2016 ResMusica.com



Jean-Charles Hoffelé
ARTAMAG’, September 2016

Je ne savais rien de Gabriele Carcano , sinon qu’à l’égal de son compatriote Giulio Biddau , il avait étudié avec Aldo Ciccolini , avant que ne tonnent les premières mesures de « sa » Sonate en fa mineur de Brahms. Vraiment sa « Sonate », orchestrale, de tempo ample, de sonorité grondeuse, avec cet art de tendre le discours par la nuance piano que je n’y avais pas surpris depuis Claudio Arrau .

Car ce qui le dispute aux doigts, et aux simples moyens physiques—proprement admirables—chez ce jeune pianiste turinois tout juste entré dans sa trentaine, c’est la clarté de la conception, l’évidence des phrasés, la logique interne d’une construction osée qui alterne forme sonate et esprit rapsodique pour produire ce ton épique de ballade si caractéristique au piano du jeune Brahms . Toucher plein qui ne claque jamais, incroyables capacités de retrait du son qui creusent les paysages pour mieux en faire sourdre une prégnante poésie, art de la pédalisation qui rend clair le sombre le plus sombre, conception très libre et pourtant rigoureuse du temps musical—pas de rubato mais des suspensions : voilà un pianiste destiné à Brahms.

La Sonate vous transportera vers ses secrets comme rarement, mais le Scherzo Op. 4, plus alerte que rageur, d’un giocoso un peu fantasque dévoile toute l’imagination dont ce toucher volatile et pourtant orchestral est capable : il ya des trompettes et des fifres ici, comme il y avait dans la Sonate des altos et des cors anglais.

Au centre du disque, quelle que soit l’excellence de réalisation des deux opus qui l’encadrent, se love l’un des plus beaux et des plus secrets opus du piano de Brahms, l’un de ses plus émus et émouvants, les Variations sur un thème de Robert Schumann dont Brahms porta une après l’autre chaque variation à Clara Schumann à mesure qu’il les avait achevées.

Elles jalonnèrent une grande part de l’année 1854 alors que le compositeur de Kreisleriana était interné, Brahms dans une économie de moyens sidérante y imagine déjà la lyrique automnale de ses ultimes opus. N’entre pas ici qui veut, le pianiste y est mis au défi de comprendre le plus intime des pensées du compositeur qui ne le lui laisse guère d’espace pour briller, mais au contraire le champ ouvert à sa poésie.

En aède, Gabriele Carcano a tout compris de ce cycle fragile et profond, qu’il ourle d’un sentiment tragique à peine esquissé. Merveille tapie au sein d’un album somptueux, enregistré avec art par Christiane Voitz , un nouvel opus du très beau catalogue pianistique que construit avec patience et ténacité Dieter Oehms. Il a l’oreille absolue pour le piano : après Michael Endres , après Herbert Schuch , espérons qu’il accompagnera longtemps et avec constance Gabriele Carcano : quelque chose me dit que Schumann et Beethoven lui iraient tout aussi bien. © 2016 ARTAMAG’





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