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Simon Corley
ConcertoNet.com, March 2013

BRAUNFELS, W: Concerto / Toccata, Adagio and Fugue / Symphonic Variations (Apkalna, H. Albrecht, Munich Symphony) OC411
BRAUNFELS, W.: String Quintet in F major, Op. 63 / STRAUSS, R.: Metamorphosen (Gringolts Quartet) PH12053

Après des études dans sa ville natale (Francfort), Walter Braunfels (1882–1954), fils d’une petite-nièce de Louis Spohr qui fréquenta Liszt et Clara Schumann, se perfectionne à Vienne avec Leschetitzky et Nawratil, puis à Munich avec Thuille. Membre de l’Académie prussienne de musique, il est avec Abendroth, en 1925, le premier codirecteur de la Hochschule für Musik de Cologne, alors érigée en institution publique à l’initiative de l’Oberbürgermeister, Konrad Adenauer. Au prétexte des origines juives de son père, il est démis de l’ensemble de ses fonctions dès le 2 mars 1933 par le nouveau régime et doit renoncer à toute activité publique jusqu’en 1945. Il retrouve alors son poste de directeur du conservatoire, dont il devient président en 1948.

Deux publications récentes apportent un éclairage passionnant sur son catalogue, riche de soixante-douze opus, en faisant voir le compositeur sous un jour assez différent de celui du brillant wagnérien ou straussien, redécouvert en 1996 avec l’enregistrement de son opéra Les Oiseaux (d’après Aristophane), dont Bruno Walter dirigea en 1920 la première à Munich, et encore épisodiquement présent au répertoire des orchestres grâce à ses Apparitions fantastiques sur un thème d’Hector Berlioz.

A l’appui de sa publication monographique, Oehms revendique trois premiers enregistrements mondiaux: une véritable aubaine! Le disque est dévolu pour moitié à l’imposant—plus de 35 minutes—Concerto pour orgue et chœur d’enfants (1927), dédié à Günther Ramin, qui le créa avec le Chœur de Saint-Thomas et le Gewandhaus dirigés par Furtwängler. Comme le laisse supposer cette association de forces musicales, véritable condensé de la tradition musicale germanique, le style et la forme—une Fantaisie, puis un Choral et une Fugue enchaînés par un interlude pour orgue seul—est tributaire de la vague néobaroque qui déferle en ces temps-là. Mais la démarche n’en conserve pas moins une grande originalité, ne serait-ce que par l’effectif orchestral—cuivres (trois trompettes, un trombone basse) et percussions (timbales, grosse caisse) se joignent aux cordes—et par la participation, dans les deuxième et troisième mouvements, d’un chœur d’enfants, qui, comme le fera la trompette dans la Deuxième Symphonie de Honegger, «surligne» la mélodie de deux chorals. Les musiciens s’impliquent de façon convaincante, parvenant à faire oublier que ces pages sont parfois un peu bavardes: l’Orchestre symphonique de Munich—à ne pas confondre avec le Philharmonique de Kempe, Celibidache, Levine, Thielemann, Maazel et, bientôt, Gergiev—est placé sous la baguette de l’organiste Hansjörg Albrecht (né en 1972), directeur artistique du Chœur Bach de Munich, mais c’est la Lettone Iveta Apkalna (née en 1976) qui tient la partie solo tandis que la maîtrise n’est autre que le célèbre Tölzer Knabenchor.

Le discours, qui se situe entre Hindemith et Poulenc dans le Concerto, se fait encore plus puissant et sans concession, plus ramassé aussi, dans le triptyque Toccata, Adagio et Fugue (1933–1942) pour orgue seul. La sévérité du premier volet laisse place à la belle éclaircie de l’Adagio, la conclusion consistant en un imposant travail contrapuntique et chromatique sur l’incontournable motif B-A-C-H. Datant de l’exil intérieur que Braunfels dut endurer sous le Troisième Reich, la partition, si l’on en croit la notice (en allemand et en anglais), est ici donnée dans une version réalisée par le fils du compositeur, Michael, à partir des «esquisses de la première mondiale» et achevée par Albrecht, qui l’interprète lui-même sur le Cavaillé-Coll de Saint-Nicolas de Kiel.

Protestant converti à la religion catholique, après avoir été blessé sur le front en 1917, Braunfels, bien que seulement âgé de neuf ans de moins que Reger, disparu en 1916, apparaît ainsi en quelque sorte comme l’un des héritiers de ce catholique excommunié en raison de son mariage avec une protestante divorcée. Créées par Abendroth, puis reprises par Hausegger et Pfitzner, les Variations symphoniques sur une vieille chanson enfantine française (1909), l’un de ses premiers succès, datant l’année de son mariage avec... l’ex-fiancée de Furtwängler, sont certes plus conformes à l’image qu’on se fait de lui. Mais la parenté avec Reger n’en revient pas moins à l’esprit: s’il ne construit pas sur la chanson guillerette En passant dans un petit bois (Coucou) l’un de ces immenses cycles que son aîné éleva sur des thèmes de Hiller, Beethoven ou Mozart, immanquablement conclus par une fugue, l’inspiration n’en est cependant pas très éloignée, les variations cultivant de subtiles oppositions de caractère en même temps qu’une certaine nostalgie de l’âge classique, dans une instrumentation qui n’atteint pas encore le raffinement et l’éclat des Apparitions fantastiques.

Comme ses trois Quatuors et d’ailleurs conçu à l’origine comme un quatuor, ainsi que le rappelle la notice (en allemand et en anglais), le Quintette à cordes (1945), à deux violoncelles tel celui de Schubert, date de la fin de la vie de Braunfels. Il surprend encore, certes toujours fidèle au postromantisme, mais désormais moins à la luxuriance conquérante d’un Schmidt qu’aux ombres désabusées d’un Pfitzner: un fa dièse mineur d’une mélancolie toute brahmsienne, une grande forme en quatre mouvements (près de 40 minutes), mais aussi un parfum viennois et Mitteleuropa du tournant du siècle, celui de Dohnányi ou du premier Zemlinsky. L’œuvre, qui s’achève de façon plus légère sur un Rondo au thème principal d’allure populaire et modale, est parue en 2010 chez RCA sous les archets des Artistes du Conservatoire royal du Canada, mais il ne faut en rien regretter le choix éditorial de Profil, car l’interprétation du quatuor constitué en 2008 par Ilya Gringolts, avec notamment deux anciens du Quatuor Amati, et renforcé pour l’occasion par l’excellent David Geringas, est tout sauf superflue.

Qu’écrire en Allemagne en cette «année zéro»? Il y a quelque chose ici du bouleversant regard sur le passé de la Deuxième Symphonie de Furtwängler, exactement contemporaine, ou, bien sûr, des Métamorphoses (1945) de Strauss, un compositeur qui s’était, quant à lui, beaucoup mieux accommodé de la décennie précédente. Ce sont justement ces Métamorphoses qui complètent très opportunément cet album, dans un arrangement pour sextuor à cordes et contrebasse réalisé par Rudolf Leopold (né en 1954), ancien soliste du Concentus musicus de Vienne—même si les vingt-trois parties réelles de la version originale ne jouent que rarement ensemble, le violoncelliste autrichien n’en a pas moins réalisé un tour de force. Les musiciens abordent cette déploration de manière plus vive (25 minutes) et passionnée qu’à l’habitude: davantage que la plume pensive du vieillard, on entend ici le souvenir d’un jeune homme fougueux. © 2013 ConcertoNet.com





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