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Jean-Charles Hoffelé
ARTAMAG’, January 2016

MAHLER, G.: Symphony No. 6 (Bavarian Radio Symphony, Harding) 900132
MAHLER, G.: Symphony No. 6 (Hamburg Philharmonic, S. Young) OC413

Je me souviens d’une Sixième de Mahler hautaine et rageuse menée grand train Salle Pleyel par Daniel Harding à la tête de l’Orchestre Symphonique de la Radio Suédoise voici quelques années : incontestablement, il avait trouvé son œuvre chez ce compositeur qu’il aborde aussi régulièrement que prudemment.

Il y revint depuis, et notamment en mars de l’année dernière à Munich, concert qui fit grand bruit et provoqua un certain étonnement de la part de la critique. « Danny » avait quitté son image de petit prince de la direction britannique pour atteindre à une dimension nouvelle. Je souriais, pour moi son talent avait éclaté depuis longtemps, et la métamorphose du « wonder boy » en grand chef s’était produite voici une bonne dizaine d’années.

Ce concert munichois, le voilà. Daniel Harding s’y confronte à une phalange de haute tradition mahlérienne, l’Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise, instrument somptueux—le cantabile éperdu des cordes chantant à mille voix dans l’Andante me donne le frisson—capable d’une fureur subtilement réglée dans le Scherzo, éloquent sans peser dans les deux Allegro où Mahler a conduit l’orchestre romantique à sa catharsis.

Oui, mais aussi parfaite que soit la formation bavaroise, je regrette les timbres plus âpres, les cuivres plus noirs des suédois. Bémol mineur car c’est d’abord, malgré tout, Harding qu’on entend ici chanter et rugir, tendre les lignes, exalter sans hystérie le feu d’une partition à l’énergie inextinguible. Son Finale cravaché et ivre est probablement l’un des plus aboutis de la discographie, fournaise venue tout droit de L’Enfer de Dante.

Sortant d’une telle Sixième, je ne m’attendais pas à être cueilli par celle que Simone Young en 2007 avec le Philharmonique de Hambourg, publiée tardivement en 2012, un disque qui avait trompé ma vigilance. Young ne fait rien comme personne. Là où tant de chefs dessinent un paysage noir, sans rémission, elle met dans toute la Sixième Symphonie une lumière et une tendresse déconcertantes, sans jamais un hiatus avec l’œuvre.

Et elle prend son temps pour distiller ce lyrisme qui chante à pleine voix, pas entendue depuis le geste d’ailleurs aussi large qu’y osait Jascha Horenstein à Stockholm. C’est d’ailleurs le même lyrisme inquiet qui parcourt les deux allegros, et la même échappée, nuit de voix lactée simplement bouleversante, qui se dévoile dans l’Andante, ou engloutit le grand decrescendo qui ouvre le Finale. Admirable, tout comme ses Bruckner si snobés par la critique, et déjà abordés (cf. mon papier du 18 novembre 2015). © 2016 ARTAMAG





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