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Album Reviews



 
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Louis Bilodeau
Avant Scène Opéra, August 2019

Emmerich Kálmán fait partie de ces rares compositeurs dont le coup d’essai leur assura la gloire. En 1908, à l’âge de 26 ans, cet ancien élève de Bartók et de Kodály remportait en effet un immense succès à Budapest avec Tatárjárás(Invasion tatare), sa toute première opérette. Traduit en allemand sous le titre Ein Herbstmanöver (Manœuvres d’automne), l’ouvrage triomphait dès l’année suivante au Theater an der Wien, avec notamment le grand acteur et chanteur comique Max Pallenberg (1877-1934). Puis ce furent bientôt Broadway et Londres qui emboîtèrent le pas avec The Gay Hussars (1909) et Autumn Maneuvers(1912). Si la version anglaise (dans une nouvelle traduction de Steven Daigle) a été enregistrée en 2002 par le Ohio Light Opera, il semble bien que ce disque-ci—réalisé dans la foulée d’une série de représentations données à Giessen en 2017 et 2018—constitue la première intégrale en langue allemande. Pour laisser presque toute la place à la musique de Kálmán, on n’a conservé que de très brefs dialogues entre les différents numéros de la partition.

À ceux que la photo de la pochette pourrait rendre perplexes, précisons qu’elle ne reflète guère l’atmosphère générale de l’œuvre et risque de desservir un enregistrement fort attachant. Car ce que l’on retient d’abord ici, ce ne sont pas tant les frasques du sergent Wallerstein, devenu manifestement gay dans cette mise en scène, que la profonde nostalgie de deux amoureux (la baronne Riza et le lieutenant Lörenthy) qui se retrouvent après une longue séparation. Dès l’ouverture, les rythmes militaires nous prennent certes d’assaut de la manière la plus percutante, mais ils alternent constamment avec l’expression d’une tendresse et d’une sensibilité à fleur de peau. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter le chant d’une délicatesse infinie de Lörenthy (« Seh’ ich dich strahlen »), repris dans le magnifique duo avec Riza à la fin du premier acte. À défaut de réunir une distribution prestigieuse, cet album fait entendre des artistes qui, conscients de leurs limites, ne forcent jamais leur instrument et savent au contraire composer avec leurs relatives faiblesses. Ainsi en est-il du baryton Grga Peroš qui, en plus de donner des pianissimi de rêve, offre un portrait extrêmement touchant du lieutenant habité par le spleen. Christiane Boesiger est tout autant convaincante dans son rôle de Riza, richissime veuve n’ayant jamais oublié son amour de jeunesse. Du reste de la distribution, on remarque surtout les fringants militaires Marosi et Wallerstein de Clemens Kerschbaumer et Tomi Wendt. Sous la direction de Michael Hofstetter, les Chœurs et l’Orchestre philharmonique du Stadttheater de Giessen se hissent à un niveau remarquable, justifiant amplement cette heureuse résurrection. © 2019 Avant Scène Opéra




Jean-Philippe Grosperrin
Diapason, June 2019

KÁLMÁN, E.: Faschingsfee (Die) [Operetta] (Schnoor, D. Prohaska, Zeintl, Gärtnerplatz State Theater Chorus and Orchestra, Brandstätter) 555147-2
KÁLMÁN, E.: Herbstmanöver (Ein) [Operetta] (Seidler, Boesiger, Peroš, Wendt, Kerschbaumer, Giessen State Theatre Chorus and Philharmonic, Hofstetter) OC977

Créée à Vienne en 1917, juste après Prinzessin Czardas du même Kalman, Die Faschingsfee reprend le scénario éprouvé de la rencontre entre une aristocrate incognito (ladite « fée du Carnaval ») et un jeune artiste (Viktor, forcément ténor) avec dénouement heureux sur fond de bohème munichoise. Mais l’intrigue à vingt-cinq personnages est par trop prétexte à des numéros disjoints de l’action : une kyrielle de valses, assez peu de piquant en contraste, mais des moments fugitifs de cette mélancolie propre au compositeur hongrois.

L’interprétation des chanteurs-acteurs de la troupe du Gärtnerplatz à Munich est sans faille, sous la conduite distinguée de Michael Brandstätter. En tête, la classe de Camille Schnoor, sensuelle autant que stylée, le grain d’un Daniel Prohaska en émoi, et partout le soin des caractères – bravo au comte Hubert très smart de Simon Schnorr comme à Gisela Ehrensperger croquant les couplets de Leopoldine. Mais l’oeuvre est ce qu’elle est, où la référence aux restrictions de la guerre s’efface vite.

Au contraire de l’opérette Manoeuvres d’automne, bien qu’antérieure au conflit mondial (création à Budapest en 1908, adaptation allemande pour Vienne en 1909 quelques mois avant Le Comte de Luxembourg de Lehar). Dès l’Ouverture s’y exhale un climat fin de siècle, ou fin de partie, très prenant. « Ma vie est derrière moi », dit la protagoniste fascinée par la lune alors qu’un régiment de hussars séjourne dans son château au milieu de la puszta. Même la séquence obligée mais musicalement diverse du bal (ce sont ici deux ténors qui assument le versant jouisseur, avec un remarquable Clemens Kerschbaumer) est troublée par le sentiment ambigu du temps qui passe, incarné par la mémoire du vieux serviteur Bence – à lui le violon solo pour finir.

Sur ce fond très vivant, où les inflexions magyares ne manquent pas, se découpe la blessure partagée de la soprane et d’un baryton élégiaque. Le Serbe Grga Peros s’y emploie fort bien, tandis que la nostalgie, la tristesse même, siéent à Christiane Boesiger, dont la manière très sensible rappelle les cantatrices d’autrefois. L’excellence de l’équipe en dit long sur le niveau d’une maison apparemment modeste comme le Théâtre de Giessen près de Francfort – à quoi s’ajoute le juste raffinement de la direction de Michael Hofstetter, plus connu pour ses interprétations vigoureuses de l’opéra baroque.

Dommage que la présentation de l’oeuvre soit peu précise (dès le sommaire des plages) et qu’on ne sache pas bien si l’ordre des numéros, modifiant celui de l’édition de 1909, renoue avec l’état primitif de la version hongroise. Au moins, les enchaînements, incluant deux interpolations tirées du Guter Kamerad (1911), sont parfaitement heureux. Une réussite précieuse. © 2019 Diapason





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