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Album Reviews



 
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Jean-Baptiste Baronian
Crescendo (France), March 2017

Dans le texte de présentation de ce CD, Kimmo Korhonen déclare qu’à côté de ses opéras, de son oratorio La Passion de Simone, de ses œuvres pour orchestre et de ses concertos, les « petits formats » de Kaija Saariaho ont leur « propre et riche existence ». L’appréciation est exacte ainsi que le prouvent les huit pièces de chambre pour cordes regroupées ici—huit cristallisations d’un style musical d’une très grande originalité et, somme toute, des plus homogènes, puisque la plus ancienne d’entre elles, Du gick, flög (pour soprano et violoncelle), le titre d’un poème de Gunnar Björling, date de 1982, et la plus récente, Aure (pour violon et alto), écrite pour le quatre-vingt-quinzième anniversaire d’Henri Dutilleux, de 2011. Il y a là, à dire vrai, une seule et même voix étonnamment chatoyante, dont les racines puisent dans l’école spectrale française illustrée par des compositeurs tels que Gérard Grisey ou Tristan Murail.

La plus remarquable de ces huit « petits formats » est peut-être Terra Memoria, qui n’est autre qu’un quatuor à cordes ne comportant qu’un seul mouvement et que Kaija Saariaho a achevée en 2006 (la pièce a été créée par le Quatuor Emerson au Carnegie Hall de New York, en juin 2007). Dédiée à « ceux qui s’en sont allés », elle se déploie durant une vingtaine de minutes et baigne dans un climat feutré et intimiste, mais d’un intimisme tendu à l’extrême et comme sur le point de se rompre à chaque mesure. Une œuvre mystérieuse et très prenante. © 2017 Crescendo (France)



Christine Labroche
ConcertoNet.com, December 2016

Pour son second volume de musique de chambre de Kaija Saariaho, Meta4 propose un programme d’œuvres pour quatuor à cordes ou pour un seul ou pour deux des quatre instruments, trois d’entre elles avec soprano. Conçu dans un même esprit que le premier volume qui met en jeu les instruments du quatuor et le piano, le programme, équilibré entre les exécutants, joue sur les effectifs et inclut une partition avec électronique, technologie non sans importance tout au long du parcours de la compositrice. Plusieurs instrumentistes, dont Meta4, ressentent une forte affinité avec la musique de Saariaho et il arrive qu’elle reprenne certaines œuvres à leur intention en les arrangeant pour leur instrument. C’est le cas de cinq des huit pièces au programme, les reprises datant de 2012 (Aure) et, spécifiquement pour Meta4 et Pia Freund, de 2013.

Inspirée par les théories et travaux fondateurs de la musique spectrale et de l’informatique musicale en général, Kaija Saariaho (née en 1952) accorde une importance majeure aux couleurs, aux timbres et aux sons limpides ou bruités qu’elle obtient, dans son écriture pour cordes, par des techniques de jeu classiques et avancées, par un vibrato aux effets contrôlés et par la précision de la variété d’archet avec recours aux effets sul tasto et sul ponticello. Le flux sonore, enrichi de tremolos, de miroitements, de trilles et de glissandi, avance par transformations progressives entre consonance et dissonance, passant d’un état caractérisé à l’effet contrasté d’un autre. Les deux pièces pour quatuor à cordes en sont l’illustration parfaite que ce soit le bref Fleurs de neige, statiquement dynamique, ou Terra Memoria (2006), beaucoup plus développé, dont le périple affectif émerge du silence pour subir les rages et les orages, les accalmies et les implorations de l’existence humaine de «ceux qui s’en sont allés» à qui la pièce est dédiée.

Fleurs de neige est à l’origine le cinquième volet (du même titre) de Neiges (1998) pour ensemble de violoncelles. Saariaho encourage également l’exécution à part de la troisième séquence, «Doors» du ballet Maa (1991), cette fois sans changer d’instrumentation (violon et électronique) mais avec un titre différent, ...de la Terre. Les lignes du violon fusent, se diversifient et s’enrichissent, grâce à un dispositif électronique agissant en temps réel, l’ensemble créant un espace résonant de bel effet. C’est possible de ressentir le mouvement en termes de phénomènes terrestres, sismiques et lumineux, peuplés à l’occasion, mais son étrange beauté sonore suffit en elle-même.

Les autres œuvres au programme sont de plus courte durée. La version pour alto augmente la fragilité douloureuse des longues lignes de Nocturne, écrite en 1994 pour violon en hommage à Lutoslawski disparu la même année. Composé pour le quatre-vingt-quinzième anniversaire de Dutilleux en 2011, Aure part d’un fragment mélodique du volet «Mémoire des ombres» de The Shadows of Time, ce qui explique le caractère tout aussi élégiaque des traits doux ou conflictuels qui le composent. De sonorité plus proche du violon, l’alto remplace le violoncelle de la version d’origine, ce qui resserre le tissage intime des lignes croisées des deux instruments.

Pia Freund rejoint Meta4 pour Die Aussicht (1996), sur un poème de Friedrich Hölderlin, le quatuor adoptant des techniques de jeu très variées qui remplacent avantageusement l’instrumentation d’origine (flûte, guitare, violon, violoncelle). Entre drame et regrets intériorisés, la partition souligne avec beaucoup de sensibilité la nature éphémère d’une fragile existence humaine. La voix claire et affirmée de la soprano finlandaise orne les cordes d’une ligne mélodique qui frappe par un choix d’intervalles larges ou habilement resserrés. Pour soprano et violon, Changing Light (2002) touche au domaine du spirituel. Ce bref feuillet d’album fait partie d’un projet collectif suscitant une réflexion autour de l’état du monde et d’une possible empathie universelle. Le violoncelle seul (et non le piano de 1982) s’oppose à la voix ou en devient l’ombre lors de Du gick, flög. L’écriture plus ouvertement aventureuse exige du violoncelle jusqu’à des bruitages percussifs et impose à la voix des chutes en glissando et une articulation parfois stylisée.

Hormis les inflexions vitales de Terra Memoria, les thèmes littéraires et les raisons d’être des partitions imposent aux cordes une très apparente unité de ton et de tempo tout juste troublée par la puissance du chant, mais les tempi se multiplient et les contrastes demeurent, au fil d’une même pièce comme sur l’ensemble du programme. Manifestement au fait des subtilités du monde musical de Kaija Saariaho, les cinq Finlandais en livrent des interprétations intenses, ramassées et expressives. © 2016 ConcertoNet.com





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