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Christophe Steyne
Crescendo (France), August 2020

Son : 8
Livret : 10
Répertoire : 10
Interprétation : 5-8

Ce triple-album réédite des sessions captées entre novembre 2006 et juin 2009, envers lesquelles l’accueil critique se montra mitigé. Avec le recul, cette compilation permet de mesurer les constantes stylistiques. Et aussi, pour l’enregistrement le plus récent, de constater une certaine évolution qui semble moins discutable.

Le savant livret signé de Hans-Werner Küthen, d’un grand intérêt, rappelle la dette mozartienne endossée par ces concertos. Si le no.3 évoque Wolfgang, ce serait la théâtralité et le sens tragique des K. 466 et 491. Or cette interprétation précieuse voire maniérée renvoie à des gracieusetés bien falotes, dont l’impact dramatique se borne aux tentures du salon. Sur le même SACD se trouvait la transcription Op. 61a du Violinkonzert, qui en soi rivalise difficilement avec l’original pour archet. Est-ce bien ce disque qui plaiderait pour la cause ? Olli Mustonen s’en était déjà fait l’avocat en juin 1993 avec Jukka-Pekka Saraste (Decca). Entre autres déceptions, dans l’Allegro ma non troppo, la sublime partie soliste du développement en mineur apparaît déphasée, du moins ne produit pas la magie attendue. Ailleurs, on ne se sent guère touché par ce qui demeure pourtant une des œuvres les plus émouvantes de Beethoven.

Les deux premiers concertos peinent ici à passer la rampe. Influx justement dosé, veinure subtilement irriguée. Capillarisée, même. Pupitres délicats voire effacés. Là où on attend du nerf, on trouve du linéament, là où on attend la couleur on trouve du pastel, là où on attend la force on trouve la gracilité. Là où l’on souhaiterait de l’esprit, on trouve la cérébralité. Le clavier interroge la partition au risque de menacer la fluidité et la continuité des lignes, sans avérer la nécessité de cet alambiquage. Plutôt que de raffiner la pureté des phrases, la cohobation trouble un breuvage surinvesti d’intentions. On hésite à démêler la part d’inspiration et de dissection. À trop sonder le texte, l’éventail de sollicitations risque d’égarer l’auditeur.

Certes parfois le résultat subjugue : ainsi pour L’Empereur, l’autonomie des mains dans le passage « à 3 pour 2 » avec les gammes chromatiques de triolets (7’01), incroyablement décortiqué. Rien de trituré ou miniaturisé toutefois, la vision reste large et majestueuse. Ce même traitement anguleux géométrise le no.4 au sein d’une approche soupesée qui allège le matériau, mais hélas aussi la densité des échanges, malgré une prise de son plus étoffée. Le Tapiola Sinfonietta, quoique précis, délinéé et vif, affirme-t-il un tempérament ou un lyrisme qui contrebalancerait cette lecture objective ?

Plafonner à 8/10, on pourra estimer l’évaluation sévère pour un artiste aussi talentueux qu’Olli Mustonen dont la carrière parle pour lui, et pour une probe réalisation qui ose se démarquer de la tradition romantique en questionnant les habitudes. Cet héritage a cependant encore de fort beaux épigones à nous offrir : ainsi le témoignage de Richard Goode et Ivan Fischer avec l’Orchestre du Festival de Budapest (Nonesuch) qui, en conciliant intelligence et spontanéité, la clarté et le fruité, nous tend la plus enviable intégrale depuis les années 2000.

Quant aux options défendues par le pianiste finlandais, si nos lecteurs espèrent en discriminer l’attrait au sein d’une discographie qui, depuis Arthur Schnabel, est saturée de références, on craint qu’elles soulèvent davantage le débat que le consensus. Et qu’en définitive la place de cette expérimentation peu convaincante reste assez marginale. © 2020 Crescendo (France)





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