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Olivier Brunel
ConcertoNet.com, August 2016

«Magnificathy», c’est ainsi que la surnommait le compositeur italien Luciano Berio, dont elle fut l’épouse et la muse. Cathy Berberian (1925–1983) inspira bien d’autres compositeurs: Igor Stravinsky, John Cage, Sylvano Bussotti, Bruno Maderna, Hans Werner Henze, Henri Pousseur et eut d’autres surnoms, dont celui de «la Callas sérielle» reste le plus célèbre.

Ceux qui n’ont jamais vu Cathy Berberian sur scène ne peuvent avoir idée de l’énergie que dégageait cette femme née américaine de parents arméniens exilés après le génocide de 1915. Son répertoire extrêmement étendu visait toujours à la nouveauté mais elle excellait aussi dans la musique ancienne italienne et c’est elle que Nikolaus Harnoncourt avait choisie pour son premier cycle d’opéras de Monteverdi (elle est Messagiera et Speranza dans Orfeo et Ottavia dans Le Couronnement de Poppée). Pendant des années, elle a défendu les grandes œuvres vocales de Berio et des compositeurs de Darmstadt jusqu’à ce qu’une crise vocale en 1977 ne l’oblige à réduire cette activité. C’est ainsi, comme on l’apprend dans la biographie que Marie-Christine Vila lui a consacrée (Cathy Berberian, Cant’actrice, Fayard, 2003), qu’elle mit au point un certain nombre de récitals, souvent avec la complicité du pianiste Bruno Canino, ayant comme thème la musique américaine, la musique folklorique du monde, la mélodie française, de Monteverdi aux Beatles… Elle renoue alors avec une aventure de la fin des années soixante au Carnegie Hall de New York, quand elle y avait chanté en remplacement d’une œuvre contemporaine annulée trois chansons des Beatles. Le goût de la provocation était né (douce provocation qui consistait à «réintroduire le rire dans les salles de concert») et n’a jamais quitté cette chanteuse inclassable, qui a même fait ensuite harmoniser dans le plus pur style opératique douze chansons du groupe anglais par le compositeur néerlandais Louis Andriessen. Ce n’est malheureusement pas ses arrangements (il refusait de payer des droits aux Beatles) qui figurent dans l’enregistrement qu’elle en fit pour Philips, un grand succès en 1966, mais un arrangement anonyme dont la rumeur a longtemps circulé qu’il était de Berio... Longtemps introuvable car inexplicablement jamais réédité par Philips, cet album, qui a aujourd’hui une valeur considérable, paru sous les titres successifs de «Revolution» puis «Beatles Arias» (respectivement sous les labels Mercury et Fontana) a été récupéré sur CD en 2004 par l’éditeur français Discograph, agrémenté d’une croustillante interview.

Le récital «Folk Songs of the World» enregistré en 1978 à Stuttgart par la radio allemande SWR reparaît remastérisé avec le même bonheur après des années de disparition, et avec une passionnante notice bilingue. Cathy Berberian y interprète avec une voix un peu diminuée et un talent caméléonesque un choix de chansons d’origine populaire ou religieuse presque toutes arrangées avec soin par des compositeurs ou arrangeurs célèbres. Elle avait dès 1964 créé des arrangements par son mari de dix chansons du folklore mondial, les célèbres Folk Songs qui sont aujourd’hui au répertoire de nombreux sopranos. Le pianiste anglais Harold Lester, qui avait été de la première partie de la carrière de la chanteuse, l’accompagne avec une extraordinaire versatilité dans un répertoire qui comporte des mélodies hongroises arrangées par Bartók, de désopilantes chansons américaines arrangées par Aaron Copland, des chansons en yiddish, du folklore suisse allemand, du folklore russe-gitan, du folklore vénitien arrangé par Beethoven. Cette polyglotte excelle dans toutes les langues (seize en tout) y compris le finnois, le croate, le bulgare, l’espagnol, le chinois…

Cet enregistrement est un trésor dont on se réjouit de la réédition en espérant voir réapparaître bientôt ses merveilleuses «Second Hand Songs» ainsi que les récitals de musique américaine («Cathy canta l’America»), arménienne et française («A la recherche de la musique française») depuis longtemps indisponibles. © 2016 ConcertoNet.com



Jean-Charles Hoffelé
ARTAMAG’, June 2016

Dans les années soixante-dix, Cathy Berberian tournait ce récital magique où elle mêlait avec sa fantaisie coutumière vraies et fausses musiques populaires. Jamais elle n’aura mieux mérité le surnom affectueux dont la gratifiait ses aficionados, « Madame Many Voices ».

Son grand mezzo-soprano—plus par l’étendue du timbre que par le volume de sa voix qui portait pourtant étonnement grâce à son placement parfait—offre ici tout l’éventail d’une technique vocale éblouissante capable de saisir tous les styles—il faut l’entendre contrefaire une voix chinoise ou chanter en fond de gorge—et de rendre l’émotion ou la fantaisie des textes, avec cet art du mot qui ne fut qu’à elle, tranchant et évocateur à la fois.

De Szymanowski à Villa-Lobos, en yiddish ou en arménien, de Chine en Bulgarie, ce petit tour du Vieux Monde est aussi émouvant que merveilleux, et la montre au sommet de son art, très bien accompagné par Harold Lester qui aux côtés de Bruno Canino fut l’un de ses collaborateurs favoris. Ce récital magique, parfaitement capté par les ingénieurs de la SWR vous sera indispensable. © 2016 ARTAMAG’





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